‹ Magasin théâtralChapitre 1001 sur 1377 · JULIE, HENRI · texte numérisé non relu

JULIE, HENRI

HENRI

Vous m'avez demandé, mademoiselle?

Oui, monsieur Henri; quelqu'un a réclamé de moi un service que j'ai promis de rendre avec plaisir, puisqu'en obligeant cette personne j'avais la certitude de travailler aussi à votre bonheur.

HENRI

Mon bonheur ?

JULIE, s' efforçant de sourire.

Je dois l'espérer du moins... Monsieur Henri, pouvez-vous prendre l'engagement de me répondre avec confiance et abandon... comme parlerait un frère à une sœur ?

HENRI

Moi, un frère ?

JULIE

Ma mère n'a-t-elle pas dit elle-même tout-àl'heure que la vôtre avait droit de me nommer son enfant? ne m'a-t-elle pas engagée à ne jamais l'oublier?... mais pour que je ne l'oublie pas avec vous, il faut bien que vous vous le rappeliez aussi un peu avec moi... Cela vous coûtera-t-il trop?

henri, d'un ton froid et respectueux.

Votre bonté, mademoiselle, celle de madame la marquise, me pénètrent d'une reconnaissance qui ne finira qu'avec ma vie !

JULIE , avec grâce et redevenue plus maîtresse d'elle.

H faudrait vous rappeler au moins que ce n'est pas à votre reconnaissance que j'ai fait appel, mais à votre confiance... Vous aimez, monsieur

henri, la regardant avec étonnement.

Mademoiselle...

julie , se troublant de nouveau.

On me l'a dit... et... je l'ai cru.

HENRI

On vous l'a dit?... Eh bien, mademoiselle, on vous a dit vrai... Oui, j'aime !... j'aime de toutes les forces de mon ame, avec idolâtrie!... mais cet amour, je dois le taire.

JULIE

Comment!... même à celle qui en est l'objet? i

HENRI

Oui, oui, à elle surtout... Plus tard peut-être, aurai-je le droit de me déclarer... mais maintenant, c'est impossible.

JULIE

Et cependant, si son bonheur dépendait de cet aveu ?

HENRI

Qu'entends-je?... (Apart, voyant l'air calme que Julie est parvenue à prendre.) Ah! i'étais fou ! . 4

JULIE

Pourquoi ne pas faire cesser une incertitude qui vous est également cruelle à tous deux? Pourquoi ne pas demander franchement sa main ?

Sa main?

Julie, avec effort.

Sans doute. Cette union est tout-à-fait convenable; et ma famille s'y intéressera comme moi.

HENRI

Votre famille; vous?... de qui me parliez-vous donc, mademoiselle ?

julie, se troublant de nouveau.

Mais de celle que vous aimez, monsieur Henri, de votre cousine.

HENRI

Ma cousine?... ah ! oui, sans doute, ma cousine... Je disais bien que j'étais fou!

JULIE

Que signifie?

HENRI

Oui, certes, j'étais fou... Vous avez raison, mademoiselle, c'est ma cousine que j'aime... il n'y a qu'elle, en effet, que je puisse, que je doive aimer!... Je m'ignorais moi-même, voyez-vous : pauvre insensé, j'avais donné mon cœur, et j'oubliais à qui!... Merci, mademoiselle, merci de me l'avoir rappelé !

JULIE

En vérité , monsieur Henri , je ne puis comprendre...

HENRI

Oh! je comprends bien, moi! je rêvais, vous m'avez éveillé, voilà tout ! l'illusion est détruite maintenant pour toujours; ma vie la suivra peutêtre.. .Mais est-ce votre faute? n'êtes-vous donc pas encore pour moi ce que vous avez toujours été? bonne, affectueuse, compatissante... que pouvaisje prétendre de plus, moi, Henri Lubert, de MIIe Julie de Roubigné?

JULIE

Je vois que j'ai eu tort, monsieur Henri, de me charger...

Elle veut s'éloigner.

HENRI

Je vous ai offensée, mademoiselle?... Ah ! pardon, mille fois pardon ! Rassurez-vous, cette folie, dont malgré moi j'ai laissé échapper le secret, ne vous blessera bientôt plus, je vais m'en punir et bien cruellement! je pars, je m'expatrie. JULIE, revenant.

Vous partez ?

HENRI

Aujourd'hui môme.

jui-ie, avec attendrissement.

Vous partez I

HENRI

Avant cet entretien, le voyage que je dois entreprendre avait un but bien précieux pour moi: à présent, c'est un voyage sans retour et sans autre but que l'oubli, si le ciel me l'accorde, et la mort, si je n'oublie pas.

Que dites-vous?

HENRI

C'était pourtant une noble pensée que celle qui m'animait! je rêvais encore... « Tu as porté loin et bien haut, me disais-je, tes vœux et ton espoir; ch bien, distingue-toi, élève-toi par tes travaux, ton industrie, ton courage, et ce qui est démence aujourd'hui pourra ne pas l'être toujours.» J'allais partir avec cette idée qui me grandissait l'ame, et je partais fort de toute la force que donne l'espoir; mais maintenant... ah! maintenant!... mademoiselle, n'emporterai-je pas au moins l'assurance de votre pardon?

ji'LlE, liùs-émue.

Henri !

HENRI

Qu'entends-je ?

Julie, cherchant à se remettre.

Monsieur Henri !

HENRI

Mon Dieu, votre voix est émue !

JULIE

Oui; j'en conviens; l'annonce si inattendue devotredépart... Cette ambition d'une belle ame, ee projet si noble et si digne de vous!... n'y renoncez pas, monsieur Henri; et si pour y persister, il vous faut la certitude que vous ne serez pas seul à faire des vœux pour son succès, eh bien... cette certitude, emportez-la !

henri, avec explosion.

Est-il possible?..; je serais donc aimé... aimé de vous!

JULIE

Henri, prenez garde... songez à ma famille!

HENRI

Oui, oui, soyez sans crainte. {Mettant la main sur son cœur.) Là! là! ce secret de bonheur, entre Dieu, vous et moi.' [La regardant avec extase.) Vous m'aimez! vous, fille noble, si belle et si parfaite, bonne comme les anges, vous descendez jusqu'à moi pour me sauver du désespoir... Que pourrai-je donc faire jamais pour payer le bienfait de votre amour?

JULIE

Y croire et me donner le droit de l'avouer à tous comme à vous.

HENRI

Vous l'aurez, ce droit, vous l'aurez, mademoiselle, je le jure sur ma vie et par toute la joie qu'un seul mot de vous peut donner. Vous m'aimez!... ah! je ne rêve donc plus maintenant, je

ru- suis plus un fou! ce n'est plus un Voyage s,ms retour et sans but que je vais entreprendre !... je reviendrai, Julie, je re\ tendrai digne de vous , Ohl oui, oui, cette fois j'en suis sûr, l'avenir esl Il sn is 1 1 s.i main êl la poi JULIE, retirant vivement sa main.

Quelqu'un!

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