‹ Magasin théâtralChapitre 1003 sur 1377 · SCENE X · texte numérisé non relu

SCENE X

Les Mêmes , LA MARQUISE , MARIANNE , puis JEANNETTE.

La Marquise et .Marianne entrent par la porte à droite. LA MARQUISE.

Nous vous retrouvons donc enfin, monsieur le déserteur! C'est mal à vous de nous fuir ainsi pour échapper à nos éloges.

HENRI

Madame...

LA MARQUISE

C'est bien, c'est bien ! nous savons que vous 1 êtes modeste.

El le remonte la scène en continuanl'a causer avec lui Jeannette ouvre à ce moment la porte du fond, et l'on voit ( la table dressée dans le verger.

DEUX JEUNES FEMMES

Julie, à part.

Jeannette! que lui dire?

JEANNETTE

Tout est prêt, ma tante.

Voyons ça !

Elle va voir si rien ne manque sur la table.

jeannette, bas à Julie.

Eh ben, mamzclle, a-t-il avoué enfin?

JULIE

Mais...

JEANNETTE

Hein?

JULIE

M. Biroteau est arrivé.. .

JEANNETTE

Et ça l'a empêché de s'expliquer?... Maudit homme, va! Dieu sait maintenant quand nous retrouvions une si belle occasion t Tenez, r'gardez, le v'ià qui r'soupire de plus belle!... Eh! mon Dieu! qu'il parle donc vite! Ah! si j'étais aussi bien 1' garçon!...

MARIANNE

Quand madame la marquise voudra...

LA MARQUISE

Mais tout de suite; c'est votre heure, je crois, bonne Marianne.

Tout le monde remonte la scène pour aller se mettre à table, et s'arrête au fond, à l'entrée de Gros-Jacques.

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Les Mêmes, GROS-JACQUES.

GROS-JACQUES

M'sieur Henri, m'sieur Henri! la diligence vient d'arriver au relais,- vous n'avez plus beaucoup de temps à vous.

JEANNETTE

Que dit-il?

HENRI, à part.

Maladroit!

GROS-JACQUES

Où qu'est vot' valise.

JEANNETTE

Comment! vous partez donc?

julie, à pan.

Déjà!

jeannette, à Marianne.

II part?... oh! ce n'est pas vrai, n'est-ce pas?

Marianne, dominant son émotion.

Si, mon enfant... il le faut... c'est un voyage indispensable.

jeannette.

Indispensable!... Mon Dieu! voilà donc le malheur que yous me cachiez? ( Regardant ceux qui l'entourent. ) Et tout 1' monde le savait ici , et personne ne m' l'a dit !

biroteau.

Moi, d'abord, j' le savais pas.

JEANNETTE

Qui vous parle à vous ?

Vous avez dit tout 1' monde... Après ça, si c'est pour ses affaires...

jeannette.

Ses affaires! Oh! vous avez tout dit, vous, quand vous avez dit c' mot-là... Mais je n' veux pas qu'il parle, moi, entendez-vous, Henri, je n' le veux pas.

iienri, avec effort.

Voyons, ma petite Jeannette, soyez raisonnable.

jeannette.

Raisonnable!... et vous l'êtes bien, vous, n'estil pas vrai, d' nous quitter ainsi, et un jour de fête encore!... Et où allez-vous, monsieur?... Quand reviendrez-vous?

HENRI

Dieu le sait!

JEANNETTE

Dieu le sait!... Vous l'entendez, ma tante, et vous l' laissez partir !

MARIANNE

Ne t'ai-je pas dit que son voyage était indispensable?

JEANNETTE

Indispensable!... indispensable d'abandonner sa bonne vieille mère , de nous laisser tous ici la mort dans l'ame!... Ah! ah! c'est affreux!... ah !...

la marquise , s'en emparant.

Calme-toi , mon enfant. Cette séparation est déjà assez pénible pour Marianne et son fils. Tous deux ont besoin de toutleur courage... Ne le leur ôte donc pas.

henri, prenant la main de sa mère.

Ma mère, s'il est vrai que je fus toujours un fils affectueux et soumis , que je n'ai rien négligé pour continuer à mériter votre tendresse, à ce moment solennel, à cette séparation, la première entre nous , priez le ciel de bénir mes projets, et de me ramener bientôt près de vous !

Il s'incline^

Marianne, lui ouvrant ses bras.

Viens là, mon enfant, sur mon cœur!... Là sont pour toi toutes les bénédictions , tous les vœux d'une mère!... Et Dieu les exaucera... Oui, mon fils, oui, je ter' verrai pour te bénir encore. .. comme je te bénis maintenant!...

Ils se tiennent embrassés et pleurent.

JEANNETTE, pleurant.

Ah! mou Dieu! (A Biroteau.) Et vous ne pleurez pas, vous!... vous n'avez donc pas d' cœur?

biroteau.

Si fait, si fait... mais c'pendant, en affaires...

jeannette.

Oh! taisez-vous, c'est indigne!

gros-JACQUES , reparaissant à la porte.

Les chevaux sont attelés, m'sieur Henri.

iïf.nri, se dégageant des bras de sa mère. J'y vais... du courage... ndicu, ma mèroî mahianisb, affectant de la fermeté, et s'appuyant sur le dos d'une chaise.

Adieu, mon ami.

HENRI , portant la main de la marquise à ses lèvres.

Madame la marquise..

LA MARQUISE

Vous réussirez, Henri... Le ciel est juste, et nos vœux vous suivront comme ceux de votre famille.

iikisri, prenant également la main de Julie.

Mademoiselle...

julie, s' efforçant de comprimer son émotion.

Monsieur Henri , vous avez entendu ma mère.

Henri s'arrête il La regarde un moment en extase. JEANNETTE.

Eh benl et moi donc?

Elle se jette dans ses bras.

biroteau , lut secouant la main.

Bon voyage, cousin, bonne chance!

A ce moment, Marianne s'est laissée aller sur sa chaise, et se couvre la figure de son mouchoir;

HENRI

Ma mère!...

Il va s'élancer Je nouveau vers elle, quand Gros-Jacques reparaît.

GROS-JACQUES

Mais v'ncz donc, m'sieur Henri!

HENRI

Adieu! adieu 1... [Montrant sa mère.) Consolez-la!

Jeannette le suit jusqu'à la porte. T.a Marquise et Julie vont à Marianne. Biroteau , seul dans son coin, a l'aie de ne rien comprendre à toute celte douleur. On entend des coups de fouet. A te ]>ruit, Marianne se i< comme pour voir la voiture de loin, et retombe aussitôt sans force.

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