‹ Magasin théâtralChapitre 1005 sur 1377 · JULIE, LA MARQUISE · texte numérisé non relu

JULIE, LA MARQUISE

Au lever du rideau, la Marquise est assise dans le grand ail; Julie est assise près d'elle et occupée à écrire ; la Marquise est pâle, et paraît très-faible.

LA MARQUISE

As-tu fini, mon enfant?

JULIE

Oui, ma mère.

Eh bien! lis-moi cette lettre.

julie, lisant.

« Ma chère tante, grâce au ciel, la santé de ma » mère est rétablie; elle n'a pas encore assez de » force cependant pour vous écrire elle-même, et » elle m'a chargée de ce soin. C'est maintenant » le tour de mon père : son accès l'a pris hier, et » il garde la chambre. Cet accès arrive bien mal » au milieu de tous les chagrins dont il est ac- » câblé : complètement ruiné par les procès qu'il » a successivement perdus depuis deux ans, il ne » lui reste plus que la petite maison que nous ha- » bitons aujourdhui; et ce modeste asile, il n'a » pas même la certitude de nous le conserver, un » dernier procès peut nous le ravir. Vous, quicon- » naissez la belle ame de votre frère, jugez com- » bien il doit souffrir, non pour lui, mais pour » ma mère et moi, qu'il aime à l'idolâtrie. Malgré

» tous nos efforts pour le calmer, son désespoir » est parfois si violent qu'il nous effraie.»

LA MARQUISE

Oh! oui, car Dieu sait où il pourrait le pousser!

julie, commuant.

« Vous avez adressé à ma mère plusieurs ques- » tions auxquelles je vais répondre dans l'ordre » où vous les avez faites.

» Jeannette Lubert a enfin consenti à épouser » son cousin, l'épicier; ils sont allés s'établir à » Paris. Marianne dit qu'ils font bon ménage, et » espère qu'ils réussiront; nous ne les avons pas » revus depuis leur mariage. [Avec émotion.) Le » voyageur... dontvous nous parlez, n'a pasdonné » de ses nouvelles depuis plus de six mois ; un si- » lence aussi prolongé inquiète et désole samère, » Nous n'avons maintenant d'autre société que » celle d'un voisin, M.deMontalègre, noble Esp t- » gnol réfugié; mon père l'a pris en grande affec » tion, et il mérite en effet qu'on l'estime et qu'oi » s'attache à lui. »

LA MARQUISE

Bien, ma fille; je suis charmée que cette justice lui soit rendue par toi.

JULIE

« Tout le monde l'aime ici ; moi, je l'aime » comme tout le monde. Il paraît désirer plus, et » c'est là le seul défaut sérieux que je lui con-

» naisse. »

DEUX JEUNES FEMMES

LA MARQUISE

Comment ?

JULIE

Je suis franche avec ma tante comme avec vous, ma mère. Je puis estimer beaucoup M. de Montalègre, partager pour lui l'affection et la reconnaissance de ma famille, mais l'aimer d'amour, jamais.

LA MARQUISE

Tu sais pourtant quelle joie tu causerais à ton père en répondant à ses vœux.

JULIE

11 me l'a dit, oui, ma mère; mais j'espère qu'il ne m'ordonnera pas...

LA MARQUISE

T'ordonner ! non, sans doute : ni lui ni moi ne voudrions te faire violence sur un pareil sujet... nous attendrons. Ta lettre est-elle finie?

JULIE

Je l'ai terminée par quelques mots sur le neveu de M. de Montalègre.

LA MARQUISE

Le beau, l'élégant Fernand; et qu'en dis-tu?

JULIE

Ce que vous en dites là vous-même.

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