‹ Magasin théâtralChapitre 1012 sur 1377 · MONTALÈGRE, JULIE · texte numérisé non relu

MONTALÈGRE, JULIE

JULIE

Mon père m'envoie vers vous, monsieur le comte... Quoique bien souffrant encore, il désire vous voir.

MONTALÈGRE

Qu-'est-il donc arrivé?

JULIE

Un grant^ bonheur pour lui, à cause de nous, et pour nous, « cause de lui!... Le procès...

MONTALÈGRE

Il est gagné?

JULIE

Oh! mieux que cela... Notre adversaire s'est

désisté... M. Dupré, l'avoué de mon père, est venu tout-à-1'heure...

MONTALÈGRE

Je l'ai vu.

Vous le connaissez?

MONTALÈGRE

Non, mais... on l'a nommé devant moi.

JULIE

Quel digne homme ! comme il paraissait content d'avoir une si bonne nouvelle à nous apporter!... M. de Fontbrune a donc signé son désistement, j'ai vu l'écrit; et, en outre, il a payé vingt mille francs, à titre de restitution, dommages et intérêts, frais d'appel... et d'autres mots encore que je n'ai pas retenus ; car il a fallu beaucoup d'explications à mon père : il est si peu habitué au bonheur maintenant!... Va trouver M. le comte, m'a-t-il dit, qu'il vienne; nous lui devons bien les prémices de notre joie... Et je suis accourue, et j'ai trop parlé... Bon père! il n'aura plus le plaisir de vous rien apprendre: vous savez tout.

MONTALÈGRE

Oui; mais pour ne rien retrancher de sa joie, je puis oublier.

JULIE

Ah! c'est bien, celai... Ne tardez donc plus à le rejoindre.

MONTALÈGRE

Avant d'aller trouver monsieur votre père, mademoiselle... je voulais vous prier de m'écouter un instant.

JULIE

Je suis à vos ordres, monsieur le comte.

A mes ordres!... Ne voulez-vous donc pas redevenir pour moi ce que vous étiez encore, il y a quelques jours, quitter enfin ce ton cérémonieux et glacial?

JULIE

Vraiment, je ne demanderais pas mieux ; mais...

MONTALÈGRE

Si je reviens moi-même aux seuls sentimens que vous me supposiez alors ; si, désespéré, mais bien résolu pourtant, je l'annonce dès aujourd'hui à votre père...

JULIE

Eh quoi! monsieur le comte?...

MONTALÈGRE

Oui, mademoiselle, j'ai reconnu, trop tard pour mon repos sans doute, mais j'ai reconnu enfin que les vœux que j'osais former ne pourraient jamais se réaliser que par la contrainte et aux dépens de votre bonheur... J'ai compris combien un aveu, que je voudrais pour tout au monde n'avoir pas fait, avait rendu notre position visà-vis l'un de l'autre fausse et embarrassée... Les obligations que vous croyez m'avoir ajoutaient encore à cet embarras... Et moi-même, je le sentais, mes prétentions donnaient au peu que j'a-

DEUX JEUNES FEMMES

vais pu faire une apparence de calcul qui blessait la délicatesse, et devait m'enlevcr votre estime.

Oh ! jamais !

MONTALEGRE.

Le parti que j'ai pris pouvait donc seul me relever à mes propres yeux et m'absoudre aux vôtres... Me serai-je encore trompé, mademoiselle?... Maintenant que je ne vous demande plus d'amour, ne me rendrez-vous pas votre amitié?

jolie, avec émotion et lui tendant la main.

Monsieur le comte...

montalègre, prenant sa main.

Julie I...

JULIE

Pas d'amour; mais tout ce qu'il peut y avoir dans un cœur d'estime, d'amitié, de reconnaissance... oh! tout cela est à vous!

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