‹ Magasin théâtralChapitre 1071 sur 1377 · SCENE XI · texte numérisé non relu

SCENE XI

DIANE, Mmc DE KERMIC, GEORGES, M. DE CHIVRI, PHILIPPE, UN DOMESTIQUE.

le domestique , annonçant.

Messieurs de Chivri !

Ils entrent, la porte se referme.

DIANE, avec un cri.

Mon père! ( // entra elle tombe à genoux. ) Mon père !

M. de CHIVRI s'arrête soudainement , puis avec sévérité.

J'ai reçu votre lettre, ma mère: à la manière dont vous me pressez de venir ici, je craignais qu'il ne fût arrivé quelque accident cruel à ceux que j'aime ; je suis venu, me voilà ; mais à l'accueil que je reçois, je tremble de n'avoir pas prévu tout le malheur qui m'y attend.

diane, à genoux.

Ah ! mon père ! .

Mme de kermic, vivement. Monsieur le comte, mes enfans, je vous attendais; mais je vous attendais seule!... Diane ne devait pas assister à cet entretien; mais Dieu, sans doute, en renversant toutes les précautions que j'avais prises pour l'éloigner, a voulu que je n'eusse pas à rougir seulement devant vous du fatal secret que j'ai à vous dire et du malheur que mon imprévoyance seule a causé.

M. de chivri.

Et ma fille, n'a-t-elle rien à me dire, elle?

diane, se traînant à genoux.

Mon père !

Mme de kermic, l'arrêtant et se plaçant entre elle et son père.

Rien! rien!... jusqu'à ce que je vous aie tout dit, moi!

M. de chivri.

Ah ! malheur à la fille qui, après de longues années de séparation, ne peut tendre les bras à son père, et reste tremblante et confuse à ses pieds !

Mme DE KERMIC.

Gardez vos malédictions pour les coupables; car, de tous les complices de ce crime, elle seule en est victime, et elle seule en est innocente.

M. DE CHIVRI.

Innocente!... les innocens sont debout!

Mme r)E KERMIC, relevant Diane.

Debout donc, Diane ; il ne faut baisser la tête que sous les remords , mais non pas sous le mal- '

heur; et maintenant, écoutez-moi tous les trois.

GEORGES

De l'indulgence, mon père!

Et de la pitié ; regardez-la!

M. DE CHIVRI.

Ah! malheureux! que vais-je apprendre? *

M™ <le Kcrmic s'assied, M. de Cliivri de même ; ses deux lils restent debout de chaque côte' de son fauteuil, Diane est près de sa grand'mère.

Mme de kermic, assise.

Il y a quinze mois, un homme, proscrit et menacé de mort, errait dans les environs de ce i hàtcau. Quelle que soit l'opinion politique que vous professiez, s'il était venu vous demander un asile, vous ne le lui auriez pas refusé. C'était un homme du parti auquel mon mari et mes frères avaient donné leur sang, et auquel, moi, j'ai voué toute mon existence. Je lui fis offrir cet asile ; il l'accepta. Quand je vous l'aurai nommé, car je vous le nommerai , vous reconnaîtrez comme moi qu'il méritait alors ce que je fis pour lui!... Son courage, ses vertus, son nom... tout le recommandait à mon hospitalité; cependant, je fus assez imprudente , moi , pour laisser souvent (très de lui, et dans le secret d'une retraite que je ne partageais pas toujours, une jeune fille, belle, confiante aussi... mais que je devais croire protégée par le malheur qui l'a frappée en naissant.

GEORGES

Et l'infâme a répondu par une séduction ?

Mme DE KERMIC.

Oh ! non ! ce n'est pas par une séduction, non, mes fils... Or, écoutez-moi bien, pour que votre colère ne s'adresse qu'à celui qui l'a véritablement méritée, et pour que lui seul soit puni... lui seul, n'est-ce pas ?

GEORGES et PHILIPPE.

Lui seul !

Mme DE KERMIC.

Eh bien donc , il était depuis deux mois enfermé dans un pavillon de ce château, lorsqu'une nuit...

DIANE, avec un cri.

Ah! pas devant moi, ma mère, pas devant moi!

Elle tombe à genoux devant Mme de Kermic, et lui ferme la bouche avec la main.

M. DE CHIVRY.

Elle a raison, madame ; nous en savons assez !

Mme DE KERMIC

Pas assez pour lui pardonner.

M. DE CHIVRI.

Assez pour la venger du moins ; c'est tout ce qu'elle peut attendre de nous.

Diane, debout, M"c de Kcrmic, assise, faisant groupe de l'autre côté, M. de Ghivry, Georges et Philippe.

DIANE DE CHIVRI: 17^

diane, se traînant vers son père.

Mon père ! mon père !

Georges et Philippe s'avançant vers elle , et lui prenant les mains qu'elle tend vers son père. Diane!... ma sœur!... Diane!...

Ah! ce sont mes frères!... mes frères!... (elle se relève et les embrasse) mais mon père!... mon père !

M. DE CHIVRI , se reculant tandis qu'elle avance vers lui.

Il vous demande le nom du coupable... ce nom qu'on lui a caché bien long-temps, madame!

Mme DE KERMIC

C'est que j'avais espéré en son honneur... depuis cette fatale nuit, cet homme proscrit s'est réfugié en Angleterre... je voulais lui écrire, je lui écrivis...

M. DE CHIVRI.

Et il n'a jamais répondu, n'est-ce pas ?

Mme DE KERMIC

Jamais; enfin, aujourd'hui même, sachant qu'il était près d'ici, je lui envoyai cette lettre.

M. DE CHIVRI.

Et il a refusé de la recevoir î

Mme DE KERMIC.

D'où le savez-vous ?

M. DE CHIVRI.

C'est que c'est ainsi que ces misérables traitent les mères insensées qui leur livrent l'honneur de leur nom ; c'est ainsi qu'ils traitent les filles perdues.

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