‹ Magasin théâtralChapitre 1097 sur 1377 · SCENE VII · texte numérisé non relu

SCENE VII

Les Mêmes, MARTIAL.

MARTIAL, paraissant.

Grand Dieu! Léonard Asthon!

LÉONARD

Léonard Asthon, qui vient d'épargner un crime à votre père.

martial, voulant ramasser l'êpêe.

Alors, c'est moi qui le commettrai.

Léonard, menant le pied sur l'êpêe.

Laissez cette épée, enfant... elle vous serait inutile pour m'assassiner, comme elle l'a été à vos frères pour me combattre...

M. de chivri, prenant son fils et l'entraînant loin de Léonard.

Mon fils , oh ! n'approche pas cet homme!

LÉONARD

Osez m'écouter, monsieur le comte, et peut-être me plaindrez-vous autant que je vous plains.

M. DE CHIVRI.

Infamie !

LÉONARD

Mais si je n'étais pas coupable...

M. DE CHIVRI.

Lâcheté!... Oh! Léonard! j'ignore le mensonge que tu vas me dire; mais je sais d'avance que c'est celui d'un lâche et d'un infâme I

MARTIAL

Oh! oui ! d'un lâche et d'un infâme !...

LÉONARD

Vous pouvez m'insulter tous les deux... Vieillard, tu me cracherais au visage... enfant, tu me souffletterais comme tes frères, que vous ne m'arracheriez pas une parole ni un geste de colère...

M. DE CHIVRI.

T'insulter?... oh! non... c'est te perdre, c'est te déshonorer que je veux.

LÉONARD

Monsieur le comte, votre douleur vous égare... vous oubliez votre fille.

Oui, tu as raison... la honte de ma fille sera connue... car il faudra que je t'en accuse; mais je t'en accuserai...

LÉONARD

Ah!... prenez garde qu'elle ne tombe que sur vous.

M. DE CHIVRI.

Tu es venu trop tard; car je t'en ai accusé.

LÉONARD

Qu'avcz-vous fait?... ô ciel!

M. DE CHIVRI.

Ah!... tu as peur, maintenant... car l'on saura

que le vertueux Asthon , le brave soldat, dont tout un parti s'honorait, a été mendier un asile chez des femmes, dans le même château où son aïeul est mort en héros; on saura que tu t'y es lâchement caché, et que tu as payé l'hospitalité par l'infamie, et arraché l'honneur à qui te donnait la vie...

LÉONARD

Pauvre Diane!... ils ne lui épargneront pas une douleur...

Il ose la plaindre...

LÉONARD

Oht oui... la malheureuse! noble et innocente victime, à qui vous demanderez peut-être compte du sang de ses frères , que vous avez fait verser, vous ! et qui a voulu se sacrifier pour eux! misérable enfant, que vous traînerez au pied du tribunal pour y raconter son déshonneur, afin de consommer le mien, et que vous seuls aurez perdue!... car on saura sa honte, et le coupable vous échappera.

M. DE CHIVRI, courant à In porte.

M'échapper, dis-tu?... tu voudrais fuir! Non. Les magistrats sont avertis... Ils vont venir... Tu ne sortiras pas d'ici... tu ne sortiras pas...

LÉONARD

Vous l'avez voulu ! je les attendrai. Accusé de-

vant vous seul, j'étais venu pour me défendre do. v.int vous seul ; accusé devant les magistrat!, ce n'est plus que devant les magistrats que je me défendrai... et peut-être vaul-il mieux qu'il en soit ainsi... On eût cherché la cause de ce combat fatal, on eût pu la découvrir... et je ne veux pas même qu'il reste un soupçon sur ce nom d'Asthon , que vous voulez flétrir.

M. DE C1IIVRI.

Ah! misérable! tu crois à la pitié et à l'amour de ta victime!... non... elle t'accusera !

LÉONARD

Je le sais.

Elle te méprise !

LÉONARD

Je le sais.

M. DE CUIVRI.

Elle te déshonorera !

LÉONARD

Nous verrons... Dites-lui, cependant, que Léonard Asthon est venu pour tenir le serment qu'un ami lui avait fait en son nom; dites-lui qu'il a souffert l'injure et l'outrage pour sauver son honneur d'une honte publique, et que si elle doit subir cette dernière misère , c'est encore vous qui l'aurez voulu.

La toile tombe

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