JUANA, LUCRECIA
JUAKAf'vivement à Lucrécia aussitôt que les Courtisans sont sortis.
0 Lucrécia! comment d'un esprit agité Te peindre les tourmens, la triste anxiété?
LUCRÉCIA.
Madame....
JUANA
Conçoit-on qu'en aussi peu d'espace Tant de trouble en un cœur se succède et se passe?
LUCRÉCIA.
Calmez-vous.
Eh! le puis-je, alors que, de concert, Tout me confond, m'accable ! Oh! ma tête se perd! Dans tant de faits divers que croire, que résoudre? Que penser de Strozzi ? le condamner? l'absoudre? Le supposer fidèle ou traître à ses amis, Et partant digne encor d'estime ou de mépris? Comment est-il ici? que fait-il dans Florence ? Pourquoi ne m'a-t-il point annoncé sa présence? Quoi! c'est par d'autres voix que j'apprends son
[retour !
Ali ! si tel est le prix qu'il garde à mon amour, Si ce sont là les soins dont son ingrate flamme Compte en secret payer tous les vœux démon ame, Pourquoi faut-il encor que, trop faible aujourd'hui, Au lieu de l'oublier, je m'intéresse à lui ?...
LUCRÉCIA.
N'anticipez sur rien, madame: ici peut-être De ses actes Strozzi n'a point été le maître.
Avant de le juger, voyez, rappelez-vous, Si libres, en tout temps nous dépendons de nous? Je sais qu'il court partout une rumeur confuse : Qu'on loue ici Strozzi, que plus loin on l'accuse... Qu'on parle vaguement de traîtres, decomplots... Mais sont-ce donc des faits, madame, que ces
[mots, Et devez vous, doutant de l'homme qui vous aime, Le condamner avant de l'entendre lui-même?
JUANA
Qu'ingénieuse, hélas! à tromper mon ennui, Ton amitié me prête un sccourahle appui , Lucrécia! que tu sais, attentive à mes plaintes, Alléger avec art mes soupçons et mes craintes! Oh! je te remercie! Eloquente en ce jour, Par tes tendres conseils rassure mon amour : Dis-moi qu'il m'aime encor, qu'à ses yeux toujours chère, Je ne me repais point d'une vaine chimère; Qu'un motif tout-puissant l'enchaîne loin de moi, Mais qu'il m'a su garder une constante foi... Enfin, pour l'excuser, vois, parle, cherche, in-
[vente ; Et que l'amie au moins console ici l'amante : Engagée à Strozzi dès mes plus jeunes ans, Tu sais comment le sort traversa tous nos plans. .. Par un décret banni, lui suivit sa famille : Et moi, des Capponi, l'héritière et la fille, Sacrifiée alors par un père inhumain, Au marquis de Leva, je dus livrer ma main. Malheureuse union, triste et sombre journée, Où comme une victime à l'autel entraînée, Des lèvres, ô mon Dieu ! j'acceptai pour époux Un vieillard... que moncœurreniaitdevantvous!... Bientôt je vis la cour, ambition funeste, Qui de tous mes malheurs devait causer le reste. Je parus chez ces grands qu'au fond je détestais, Monde si différent du monde où je vivais , Et dans le sein duquel, veuve avant une année, Je restai tout-à-coup perdue, abandonnée, Seule à me préserver des embûches d'autrui, D'hommages entourée, et ne songeant qu'à lui! A lui pauvre exilé ! qui, loin de sa patrie, Traînait une existence injustement flétrie ; Qui, doublement puni, puisque de tous les siens Il partageait l'exil, dépouillé de ses biens, Sans soutien, sans appui, sans espérance aucune, Plus grand que son malheur, défiait la fortune, Et n'avait conservé, dans ces jours d'abandon, Que l'amour d'une femme, irrévocable don !
LUCRÉCIA.
Et vous supposeriez que d'une ardeur si belle Celui qui fait l'objet vous pût être infidèle! Que lorsque après cinq ans d'épreuves, de tour-
[ment, Le ciel trop long-temps sourd vous ramène un
[amant, Le perfide vous fuit, à dessein vous élude! Oh ! non, ne croyez point à tant d'ingratitude : Cela ne se peut pas, madame, et si Strozzi... Mais je l'excuse en vain, lui-même le Yoici.
\\\v\\\\\v\\\\\vv\\\\v\\\\\\vw\\\w\\vi\\v\\.%\\v\\\\\\i\\w»