SCENE XII
NÉHIS, ÉLISE.
NÉRIS, à part. Etre méconnu de sa fille! Ah ! je n'ai de reproche à faire qu'à moimême ! et l'incertitude de cette enfant n'est que mon juste châtiment !
élise. Mou père!
NÉUIS. Ma fille !
élise. Permettez que je vous embrasse î NÉUIS. Viens! ah î viens, mon enfant!.. 121 ise , vous m'avez délivré «l'un tourment affreux. Je le vois, voue mère vous a prévenue contre moi! élise. Oh monsieur !
NÉius. Ma fille, vous m'appelez monsieur !
élise. Mon père! mon père! je vous jure que ma mère ne m'a fait que votre éloge. Mon père, ayez confiance en moi. Oh ! que je serais heureuse si mes paroles avaient sur vous la puissance que je voudrais leur donner!
iméuis , à purt. Allons , elle n'a point élevé sa fille dans la haine de son père!... c'est bien ! c'est bien ! [Haut.') Ma fille , j'aurai toute confiance en vous, je vous le promets.
Élise. Merci ! que vous êtes bon ! Dites-moi, ce matin, pendant notre promenade , saviez-vous qui j'étais ?...
NÉms. Oui, mon enfant !
Élise. C'est donc cela que votre regard annonçait tant de bienveillance ! que votre voix était si tendre et si touchante !
NÉms. Ma fille, j'ai de grands torts envers vous.
Élise. Mon père !
Néuis. J'ai de grands torts ; je veux vous le dire. Mais je ne vous avais pas vue , Élise, si gracieuse, si jolie !... J'ignorais tous les talens que vous avez ! hier au soir, Elise, j'en ai été témoin ! vous jugez avec quel sentiment de joie et d'orgueil !..
élise. Eh quoi! vous avez entendu ma mère ?
NÉuiS. Oui , ma fille, j'ai eu le plaisir de vous entendre, départager vos succès. Ce matin, j'ai pu apprécier toutes vos connaissances, toute votre instruction !..
Élise. C'est à ma mère que je les dois, c'est ma mère qui m'a tout enseigné!..
NÉuiS, à part. Sa mère! toujours sa mère! (Haut.) Et maintenant, Elise, j'acquiers de nouvelles preuves de votre ame noble et généreuse. Rien ne m'échappe, mon enfuit. Elise, vous l'a-t-on dit? un niarin;;.' inespéré se. présente pour vous... élise. Oh! pour toi, mon père! dites pour toi !
NÉms. 1 n bien beau parti se présente pour loi, ma chère enfant ! Ouvre-moi ton cœur; parle, parle avec toute franchise ; tant que ton père vivra, tes inclinations ront jamais contrariées ; et, sans 1 inclination, nia fille, il n'y a point de bon- ! 1 1 1 1 1 dans f- mariage! Je ne te demande pas si M. le duc de Théyaî a de l'amour
pour toi; mais toi, mon enfant, aimes-tu M. de Theyal?... Que ma question ne te cause aucun embarras: c'est pour toi, entends-tu bien, c'est pour toi seule que je veux que lu te maries. Ne prononce pas légèrement : de ta réponse dépend ton existence tout entière, dépend l'avenir du ton père. Si tu l'aimes, mon sort est irrévocablement fixé. Des projets conçus loin de loi, des projets nuisibles à ton bonheur, sont à l'instant même abandonnés. Dans une heure, je pars , j'- quitte la France!
Ei.isE. Eh quoi! vous voulez déjà vous éloigner?
M uis. Je reviendrai!... je sens que désormais il faut que je vive près de toi. Ta famille deviendra la mienne. Dès ce jour, tout ce que je possède est à toi; tu peux en informer ta mère. Réponds donc avec sincérité : aimes-tu M. de Theyal? as-tu la certitude de trouver le bonheur avec lui?
élise. Mon père, je ne sais plus si j'aime M. de Theyal; je neveux plus le savoir; ce n'est pas aujourd'hui que j'interrogerai mon cœur. Depuis ce matin les choses ont bien changé ! bien des réflexions viennent de naître dans mon esprit ! A ous me demandez si j'ai la certitude de trouver le bonheur dans l'hymen qui m'est proposé?
Comment vous répondre! comment me flatter moi-même de pouvoir faire le bonheur de M. de Theyal.. quand ma mère... que je n'égalerai jamais...
NÉuis. Ma fille, vos intentions sont louables ; mais vous cherchez à pénétrer ce que vous ne devez pas savoir.
élise. Eh quoi! mon père, vous voulez séparer mes intérêts des vôtres, d intérêts qui me sont si chers!.. Ah ! quel égo'isme, quels sentiinens étroits me supposez-vous? Songez-y donc, mon père! le jour où j'irais à l'autel, quel exemple sous mes yeux!
quel sujet de réflexions et de douleurs!.... ma mère toute seule!., une fille privée de son père .'... de son père absent volontairement!.. Oh! non, mille fois non ! mon père, je n'aime pas M. de Theyal! je ne me marierai pas, pour jamais je renonce à me marier.
NÉUIS. Mon enfant, ta tendresse, ta piété filiale t' égarait. Ton père, il faut bien te le dire, n'est pas heureux : n'aggrave pas ses chagrins. Ta réponse est faite; je n'ai plus rien à apprendre. Mon sort est décidé. Adieu, Elise, adieu!., il le faut. Crois qu'il m'en coûte. J'arrive à l'âge où l'on a besoin d'amis, de famille; il est si doux, si consolaut de se savoir , de se sentir aimé!
ÉLISE. Mon père, combien je vous aime !
NÉRIS. Puisque Mmc de Néris n'a pas daigné tne recevoir... une lettre lui fera connaître mes résolutions.
ÉLISE. Comment! vous aviez demandé une entrevue à ma mère ?
néris. J'avais chargé M. Préval de lui exprimer mes désirs : il vient de m'annoncer un refus.
Élise. Eh bien! une seule grâce . une seule, mon père ! c'est la première que je vous ai demandée; que je l'obtienne de vous! Cette lettre, ne l'écrivez pas! ne partez pas! ne partez pas aujourd'hui, du moins? Cette entrevue, je vais la demander, moi. Ce n'était pas son dernier mot, j'en suis sûre. Oh ! je réussirai! Vous ne savez pas tout ce qu'une fille peut sur le cœur d'une mère!... Si un entretien convenu, préparé d'avance, vous cause quelque embarras... le hasard vous amènera près d'elle... Je serai là !... je me charge
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de tout... Vous êtes ici sous un nom supposé : gardez-le jusqu'à demain. Ce soir il y a bal, il y a concert; vous entendrez encore ma mère — et regardez-la, regardez-la bien!.. .. Hier avec quel bonheur j'entendais chacun s'écrier autour de moi : Qu'elle est belle!... quel talent!.... Oh! convenez-en, convenez que vous ne l'aviez pas connue telle qu'elle est aujourd'hui?
néris. Ma fdle!
ÉLISE. Oh ! ne m'arrachez pas cette espérance!... Que voulez-vous! l'idée de ma mère dédaignée me révolte et me désespère! et si vous voulez.... oh! je vais vous aimer.... tant et si bien.... que ma
mère elle-même en sera jalouse! Elle
m'attend... et avec anxiété, sans doute. Je ne vous quitte pas entièrement : je lui parlerai de vous... et c'est moi qui vais préparer sa toilette. O mon père, qu'elle sera belle! Adieu ! adieu!...
NÉuiS. Adieu, mon enfant!...
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