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LE DUC, JEJNNY, EFFIE

LE DUC, à Effie.

Approchez, et ne tremblez pas si vous êtes innocente.

JKNNY.

Son malheur l'accable, milord ! C'est à moi d'avoir de la force, et de vous implorer au nom de mon père. Il m'a dit que vous ne repousseriez pas ies enfants de votre vieux soldat Philippe Jackins.

le duc.

Que dites-vous?... ce brave sous-officier qui fut blessé en me secourant, et à qui j'ai donné une petite ferme dans les montagnes ?

JENNY

Oui, milord, rappelez-vous vos bontés! On dit que les bienfaits attachent le bienfaiteur, et vous nous protégerez encore.

Eh ! que puis-je pour vous? je ne suis pas son juge, le tribunal s'assemble; la loi est terrible contre le forfait dont on accuse votre sœur. (A Effie, que Jenny fait passer près du duc.) Mais vous, malheureuse fille, n'avez-vous rien à me confier? qu'allez-vous leur dire pour vous détendre ?

EFFIE

Me défendre ! et pourquoi ?

ROMANCE

PREMIER COUPLET

Ah '. milord ! le nom de mère N'est-il pas mon défengeuj ' Votre loi , djns sa colère , Se fonda sur une erreur.

Si mon juge est insensible, C'est lui seul (jni doit fréni r.

Quand le crime eit impossible,

i 'est nu crime de punir!

DEUXIEME COUPLET

li malheur fat mou partage:

terminons mon triste sort.

Viens , ma sœur, j'ai du courage, Car mon cœur est sans remord.

Si mon jujje est insensible , C'est lui seul qui doit frémir.

Quand le crime est impossible C'est un crime de punir !

LE DUC

Mais étes-vous donc abandonnée du malheureux qui a porté le trouble et le déshonneur dans une honnête famille?

EFFIE , vivement.

Milord, n'injuriez ni mon époux ni moi ! et si Dieu seul a reçu nos serments, en sont-ils moins sacrés et moins solennels?

LE DUC

Voilà l'exaltation de toute jeune fille trompée.

EFFIE

Non, milord, non, vous ne connaissez pas celui que j'aime! Il ne peut être ici, il ignore mon malheur; mais, s'il le connaissait, il viendrait me défendre ou mourir avec moi !

LE HCC.

Et quel est-il? parlez; peut-être son témoignage...

EFFIE, pleurant.

Je ne puis rien vous dire !

JENNY, étonnée.

Ma sœur !...

EFFIE

Oui... tout est contre moi... je suis bien malheureuse !

le nie.

Eh quoi ! vous ne ferez pas d'autre réponse à vos juges?

EFFIE

Je leur dirai la vérité comme je puis la dire à vous-même. Oui , milord , je suis coupable envers mon père et ma sœur; je leur ai caché mon amour. C'est dans les montagnes, chez une vieille femme étrangère que j'ai donné le jour à mon enfant ; elle me tenait cachée à tous les yeux; mais avant-hier matin j'entendis des gémissements , je sors de ma retraite , et je trouve cette femme à terre, tenant encore un flacon de genièvre et expirant dans les plus hideuses convulsions!... Je posai mon enfant, je courus dans la campagne pour chercher du secours! mais personne!... un désert! Je reviens... Jugez de ma surprise... la femme morte avait disparu!... j'eus peur, je perdis la tête, j'emportai mon enfant! je passai la nuit à cherchera travers champs la maison de mon père : j'y arrive : tout dort encore ; je cache mo:i fils dans un pavillon dont j'avais la clef; je m'éloigne un instant !... O malheureuse !... cet enfant , mon seul bien , je ne l'ai plus trouvé; on me l'a dérobé!...

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