GIROT, NICETTE
GIROT
Ah! reposons-nous, ma gentille Nicette; respirons un instant s'il est possible! pour vous faire honneur je me suis fait habiller. comme nos élégants du Louvre, et ces vêtements sont étroits comme le fourreau d'une rapière. Ma fraise empesée me pique les oreilles, mon pourpoint m'étouffe, et mes pieds sont au supplice dans mes bottines neuves. Ah! par la mort- Dieu! que de courses! que de visites!... Eh! la fatigante chose que des fiançailles dans votre petite bourgade d'Étampes !
NICETTE
Ecoutez donc, monsieur Girot, il faut être poli; je ne me serais jamais consolée de mon mariage si nous n'étions pas allés faire la révérence à tous les chapeaux noirs de la ville.
GIROT
Ils sont aimables, vos chapeaux noirs! et leurs compliments sont fort récréatifs !... Mon-
LE PR.Ë-AUX-CLERCS
sieur le municipal m'a dit qu'il était amoureux de vous, et qu'il viendrait souvent manger ma soupe à Paris; M. le marguillier m'a porte une antienne <|ni m'a coûté trois écus d'or pour recouvrir son banc en velours de Lyon ; le prieur «les capucins vous a tape sur les doux joues en me disant qu'il n'y a rien de plus bête que le mariage; et, M- le lieutenant-civil a prétendu que vous étiez trop jeune et trop jolie pour moi.
KICETTE.
Oli! il a beaucoup d'esprit, M. le lieutenant-
r.inoT.
Grand merci! mais je ne suis pas un sot non plus; et je le lui prouverai quand il voudra, mort-non-du-diable!
KICETTE.
Encore!... Ali çà , mais, monsieur Girot , je m'aperçois que vous jurez à chaque instant.
GIROT
Vertu-Dieu ! je le crois bien ! c'est une habitude du beau inonde. Je ne recois à Paris, dans mon noble cabaret , que des officiers de la cour, et j'en ai pris le ton et les manières {filantes. Quand on demeure au Pré-aux-Clercs, en face du Louvre, on est quasi de la maison du roi; et c'est ce que m'a dit un chevau-léger à qui je tais crédit depuis deux ou trois mois.
KICETTE.
Il paraît que vous êtes vaniteux; et vous devez bien vous glorifier de me savoir filleule de madame Marguerite de Valois , sœur du roi de France, et mariée au roi de Navarre!
GIROT
Oui , pardieu ! cela m'enchante ! Mais comment cet honneur vous est-il advenu? Quel singulier hasard ! car enfin la reine de Navarre est presque aussi jeune que vous.
KICETTE.
Oui. La cour vint chasser dans les environs; la reine-mère s'arrêta dans notre hôtellerie le jour même de mon baptême ; la petite Marguerite regarda dans mon berceau , joua avec moi comme avec sa poupée , voulut me suivie à la paroisse , et on la pria d'être ma marraine.
GIKOT.
Voyez-vous les profits du voisinage de la couv!
KICETTE.
Oh! les profits!... je n'en ai guère entendu parler; il est vrai que le roi de Navarre n'est pas riche; et, depuis qu'il s'est sauvé deParis, on dit qu'il tient la campagne avec un pourpoint tout percé.
GIROT
C'est possible ; il me doit encore le dernier souper qu'il fit chez moi avec Biron , Duplessis, Daubigné, et une douzaine de ses amis et des miens. Mais enfin votre marraine vous visite quelquefois?
MCI; ru < )m , quand la chasse vient jusqu'ici ; el peut être aujourd'hui, .le viens d'apercevoir sur la route de Paris un piquet de < In \ au-légei -.
Cl ROT.
Attendons, ma chère, attendons; et vous entendrez 1rs courtisans : Ah ! ah! voilà maître Girot, l'hôtelier «lu Pré-aux-Clercs!... connaissez-vous sa pàtisseï ie el -on caveau? Allons au Pré-aux-Clercs! Vive le Pré-aux-Clercs!. . V.i ils mil raison ! ils ont pardi! -h raison !
KICETTE.
Vraiment?
GIROT
Le Pré-aux-Clercs! ah! ah!
DUO
CIROT.
Les rendez-vous de noble compagnie Se donnent tous dans ce rli.il m. mi séjour ; Et doucement on y passe la vie A célébrer le champagne et l'amour.
KICETTE.
Et du pays je serai la maîtresse?
GIBOT.
Vous en aurez l'honneur et le plaisii