ACTE II, SCÈNE lli
MARGUERITE
Qu est-ce donc?
CANTARELLI
La petite INicctte, (jue la mascarade fait sautiller avec son fiancé Girot; votre majesté leur a donné rendez-vous?
MARGUERITE
Tout-à-1'heure. C'est maintenant vous seul ijue je veux recevoir.
CANTARELLI
A vos ordres, madame. Je n'ai pris que le temps de quitter mon habit de masque. Je l'avais endossé pour la répétition du ballet.
Fort bien. Or, écoutez, seigneur Canlarelli. Toute la cour parle de vos talents; votre réputation est admirable : vous êtes l'intrigant le plus habile qui nous soit jamais arrivé des pays ultram on tains, et l'astrologue de ma mère a juré toutes les étoiles du firmament que vous serez un jour cardinal.
CANTARELLI
Eh!... voilà une astrologie qui n'est pas tant sotte !
MARGUERITE
Soit. Mais, en attendant que vous alliez bouleverser le cabinet du saint-père, je veux essayer votre diplomatie dans une intrigue d'amour.
ISABELLE, à pari.
Que va-t-elle lui dire?
CANTARELLI, à paît.
Une confidence amoureuse ! Ma faveur il est au comble!
.marguerite.
Avant d'aller plus loin, sachez qu'il vous est impossible de me refuser votre ministère; que je vous tiens, que vous êtes à moi comme un hérétique est au diable, et qu'enfin je n'aurais qu'un mot à dire pour faire pendre sans délai votre éminence future.
CANTARELLI, étonné.
Voilà une préface un peu lujjubre pour eni rer en matière de galanterie !
.MARGUERITE, tirant un papier de son corset.
Ah! illustre virtuose! vous êtes donc un agent secret de la maison de Lorraine? Au lieu de soupirer des romances, vous transmettez à M. de Guise une lettre du pape , et vous faites la sottise d'ajouter en marge quelques lignes de votre main?
CANTARELLI
Oh! quelle calomnie scélérate'!
MARGUERUE, lui montrant le papiei
Voyez.
CANTARELLI , confondu.
Je vais m'évanouir !
MARGUERITE, malicieusement Par malheur, mon beau cousin <le (iuisc mené de front les affaires d'état avec des occupations plus douces; les héros amoureux
ont leurs moments d'etourderic; et un de mes pages a trouvé ce papier bénit sur une ottomane de la marquise de Sauve. ( l'liant avec malice le billet et le remettant dans son corset.) Le voila! il m'appartient; j'en puis donner lecture au roi pour le divertir, ou bien en conférer avec M. le lieutenant-criminel... Mais je le garderai là, comme une relique , si vous obéissez à mes ordres suprêmes.
CANTARELLI , se prosternant.
Ah! je vous proteste, par tous les saint* d'Italie...
MARGUERUE, vivement.
Il suffit. Le temps presse. Vous allez tout savoir. Isabelle , parlez.
Je n'oserai jamais.
MARGUERITE
Il le faut. Hâtez-vous.
c\>tarelli, surpris.
Comment! il s'agit de mon élève innocente'
TRIO
LSAUELLE, à Cantarelli.
Vous me disiez sans cesse :
Pourquoi fuir les amours ?
Il faut à la tendresse Donner tous ses beaux jours
CANTARELLI
Oui , tel est mon langage , Et ma morale est sage.
I3ADELLE, timidement.
Eh bien?...
CANTARELLI
Eh bien! objet churuiaiit ' ISABELLE.
Eh bien !... eh bien ! soyez conteni MARGUERITE , à Cantarell i Sou cœur était déjà docile; Votre peine était inutile.
CANTARELLI
Ah ! je suis charmé de cela ; Il faut toujours eu venir là.
Quel honneur va me faire
Ma charmante écolière !
MARGDERITE.
Quel honneur va vous faire Votre douce écolière !
CANTARELLI, content, à Isabelle J'avais devine votre cœur ; Comminge il est toujours vainqueur '
ISABELLE , vivement.
Comminge ! ô ciel! ah! quelle erreui
MARGUERITE, à Cantarelli < l'est une erreur.
CANTARELLI, surpris.
C'est une erreui ISABELLE.
.Non , non , ce u est pas lui que | aimi
LE l'HK-Al \ <;u;ncs.
CANU AIlKLI.l.
O ciel ! in» surprise est extrême
MARGUERITE
Cç n'est pas lui
CANTARELLI
Que dites-vous ?
ISABELLE
Plutôt mourir !
CANTARELLI
Expliquons-nous.
(A part.)
Ali ! la frayeur il me commence.
C'est Mergy (jui depuis l'enfance...
CANTARELLI
L'ambassadeur?
MARGUERITE
Précisément.
CANTARELLI
C'est lui qu'elle aime?
MARGUERITE-
Eperdument.
CANTARELLI, tremblant.
Et pour un tel amour, de grâce, Que voulez-vous donc que je fasse ?
MARGUERITE
31 faut tromper Coraminge.
CANTARELLI
Moi!...
Je suis perdu ! je meurs d'effroi !
MARGUERITE
Obéissez, écoutez-moi.
( Vite, à demi-voix.)
Prévenons avec zèle
Les soupçons d'un jaloux ;
A la fête, Isabelle
Va se rendre avec vous.
Sur un mot en colère
Que m'a lancé le roi,
J'ai dit devant ma mère
Que je restais chez moi.
11 faut, pendant la danse,
( Lui montrant la petite porte du parterre.)
A cette porte- ci,
M'amener en silence
Notre tendre Mergy.
Dans ces jours de folie
Vous commandez à tout ;
Et votre seigneurie
Peut se glisser par-tout.
Ce soir la mascarade
Peut encor vous servir :
- Voilà votre ambassade,
Et courez obéir.
CANTARELLI, désolé.
O Comminge terrible !
ISABELLE
Hélas ! soyez sensible !
MAIII.lll.il h.
Vous m H\r/. entendu ?