ACTE li, SCENE V
ne me déplaise aujourd'hui!... et je oe sais pas -i toi-même...
CAMAUEL1.I.
COMMINGE
Oui. Tu as déjeuné avec ce cavalier de la Navarre, le baron de Mergy, je crois, et tu dois savoir ce qui l'attire ici?
CANTARELLI , à part, et chancelant.
OIi ! si j'avais un fauteuil!
COMMINGE
Ecoute: j'étais chez la reine-mère; on a annoncé ce jeune ambassadeur. Qu'il entre, a dit le roi , mais il n'aura qu'une seule audience. Et Catherine, avec son sourire diabolique, a tout de suite ajouté : Sans doute, qu'il reparte ; nous avons assez de galants cavaliers à notre cour; les soupirants du Béarn sont inutiles ici. Et, soit par hasard, soit à dessein , son œil perçant s'est dirigé vers moi.
CANTARELLI, à part.
Cette femme il est sorcière en fait d'amourettes !
COMMINGE
Aussitôt cette hôtellerie d'Étampes m'est revenue dans l'esprit; l'embarras de ces dames, le trouble de Mergy... Il est du même pays qu'Isabelle!... il peut l'avoir connue!... (Saisissant le bras de Cantaielli.) Ah ! s'il e'tait vrai ! si je découvrais quelque ruse autour de moi !... toute la cour, mort-dieu! viendrait au bout de ma rapière !
CANTARELLI, à part.
Qu'est-ce que vous voulez faire avec un chrétien pareil?... Oh! quelle idée sublime!
Que dis-tu?
CANTASRELLI, souriant.
Moi? rien du tout; je t'écoute en silence; je t'ai laissé parler tout à ton aise, et en me détournant seulement pour te cacher mon envie de rire; j'étais dans une hilarité qui m'étranglait.
COMMINGE , se fâchant.
Quoi ! ventre-dieu !...
CANTARELLI
Doucement!.. (Doucereusement.) Et maintenant dis-moi , tendre ami de mon cœur, si tu n'es pas un peu fou... toi, des rivaux!... je suis humilié de ta modestie ! tu nie fais de la peine!... Il s'agit bien d'Isabelle, ma foi! (En confidence. )La reine de Navarre ne serait pas de cet avis.
COMMINGE
Qu'est-ce à dire?
CANTARELLI
Te souvient-il pas du séjour dernier que fit Marguerite en Gascogne?... c'est là que le tendre Mergy, séduit, enivré par le rang et la coquetterie de la princesse..
GOMMINGf
Quoi ! aurait-il osé ?...
CANTARELLI
Oui, il a osé, et je crois même qu'il a bien fait. Apprends donc un secret dont je suis confident , je le sacrifie à ta tranquillité. Vois si je t'aime! si je te suis fidèle!...
COMMINGE
Oh! tu m'impatientes!
CANTARELLI
Silence!... Ce soir, la compatissante Marguerite se débarrasse d'Isabelle en l'envoyant au bal, et elle reste ici pour y recevoir secrètement le jeune fou qu'elle a ensorcelé.
COMMINGE, gaîment.
Est-il possible!
CANTARELLI
Et c'est moi qui suis chargé de l'introduire par la petite porte du parterre.
COMMINGE, désignant la porte.
Par-là ?
CANTARELLI
Précisément.
COMMINGE, riant.
Oh! tout s'explique, alors !
CANTARELLI, de mêrce.
Tu vois bien?
COM5I15GE
Oui, le propos de Catherine...
CANTARELLI
Sur les galants de la Navarre...
Ah! c'était pour sa fille!
CANTARELLI
C'est amusant, pas vrai?
COMMINGE
Oui, pardieu!
CANTARELLI
Et ce pauvre roi de Navarre!...
COMMINGE
Qui envoie pour ambassadeur!...
CANTARELLI
Justement!
COMMINGE
C'est toujours ainsi !
CANTARELLI
Toujours!
( Ils rient tous deux aux éclats. )
COMMINGE
Taisons-nous, voici ta mascarade, et je vais chercher Isabelle.
( 11 entre chez la reine. )
CANTARELLI , à part.
Ouf!... à chaque pas je m'enfonce un peu plus!
LE PRÉ-AUX-CLERCS
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