SCÈNE II
NICETTE; GIROT arrive avec une physionomie sérieuse, arrête Nicèttc qui allait suivre la foule, et la
conduit en silence au bord du théâtre.
NICET i E.
Eh bien ! pourquoi donc me retenu '.' je <n^ curieuse comme si j'étais Parisienne de naissauce, voyez-vous. Laissez-moi donc les suivre pour me divertir avec eux.
GIROT, sérieusement.
Madame Girot , nous venons de prononcer le serment conjugal; mais je n'aurais jamais cru qu'on fût de si mauvaise humeur le premier jour de ses noces.
NICETTE , le regardant sous le nez.
Ah!...
GIROT
Je suis très mécontent, madame Girot.
MCETTE , le contrefaisant.
Et pourquoi donc , monsieur Girot?
girot.
Vous le savez fort bien. Hier au soir, en sortant du Louvre, vous m'avez délaissé pour vous suspendre au bras de M. de Mergy: il est venu loger dans mon hôtellerie ; pendant tout le souper vous avez échangé des regards et <!es mines qui m'ont fait faire la grimace; je n'ai rien mangé, j'ai boudé constamment , et vous ne m'avez pas demandé pourquoi.
NICETTE, sur le même ton.
Je n'ai pris garde à rien de tout cela , monsieur Girot.
GIROT, se fâchant.
Voilà précisément ce qui est très malhonnête ! Quand les amoureux sont maussades, ils veulent qu'on s'en aperçoive!... Et pour en finir, sachez que j'ai passé la plus mauvaise nuit, que je vous guette depuis ce matin, et que je veux savoir pourquoi, au point du jour, ce seigneur béarnais vous attendait auprès de la chapelle, pourquoi vous y êtes entrés ensemble, et pourquoi, quand j'y suis accouru moimême, je n'ai trouvé que vous seule, les yeux fixés sur un tableau , pour déguiser votre embarras?
MCETTE.
Eh bien! oui, indiscret que vous êtes! oui , j'ai fait cacher M. de Mergy.
GIROT
Ah!... il y a donc du mystère?
NICETTE
Beaucoup ! Que vous importe?
GIROT
Comment, que m'importe!... Apprenez, madame, que les Girot, quand ils se marient, ont l'habitude de prendre une femme pour eux, et non pas pour les ambassadeurs de Navarre !
NICETTE
Apprenez, monsieur, que quand lesGirol se
tlonni ni li aii d'épouseï la Hlleule d une reine, li in femme i bien autre chose à fairi
qui d" imii-i i avec un mari.
GIROT
Ah ! oui vraiment! vantez-vous-en de votre marraine ' Comme elle est de parole! commi elle est venue à ina noce! je n'ai \u que gon chapelain.
Mi l l II . en confidence. Entêté !... Et ces deux dames voilée, et sous de simples habits , pendant que nous étions à l'autel?
GIROT
Dans la tribune grillée?...
NTCET TE.
Et qui sont restées avec le chapelain quand
nous sommes sortis et qu'un a refermé les
l^iites ?
GIROT
Quoi! la reine est ici?
Mi l i JE , lui jetant une bourse.
Vous me faites pitié!... Tenez, voilà ma dot, innocent !
GIROT
Mais comment se fait-il?...
MCETTE , regardant.
Silence! on sort de la chapelle.
GIROT
On vient ici.
MCETTE.
Fermez les yeux. Partons.
GIROT
Pourquoi?
NICETTE
Venez, vous dis-je, apprenti courtisan !
GIROT
Quel secret !...
MCETTE, l'entraînant.
Paix donc!.., Oli ! la pitoyable chose que la
bourgeoisie!
(Ils sortent.)