SCÈNE IV
Les Mêmes, CANTARELLI, pâle, fort triste et
couvert d'un grand manteau brun.
CANTARELLI , entrant.
Ah ! les voilà , mes barbares persécuteurs !
MARGUERITE, le voyant.
Cantarelli!... Enfin il arrive pourtant.
CANTARELLI , tristement.
Oui, madame, voici votre victime infortunée.
MARGUERITE, gaîment.
Eh ! mon Dieu! qu'est-ce donc? quelle figure triste et pâle !... Et ce grand manteau brun qui vous donne l'air d'un moine espagnol?
CANTARELLI
Je grelotte la fièvre ; je suis anéanti ! Oh ! dans quel travail m'a lancé votre gracieuse majesté!... Je n'ai pas respiré depuis vingt-quatre heures, et pour m'achever il m'a fallu chanter jusqu'à minuit, au chevet de la reine-mère , des menuets et des barcarolles.
Pourquoi?
CANTARELLI
Pour attendrir son oreille et son cœur, et en obtenir cette carte de passe à la porte de Nesle.
( Il remet une carte à Marguerite. ) MARGUERITE.
Ah! donnez! voyons vite!
CANTARELLI
Oh! rien n'y manque : un cavalier et son page. J'ai fait une histoire : j'ai dit que c'était pour moi... un rendez-vous galant hors des remparts. Et jamais je n'ai si bien menti, car je ne suis guère en train de conter fleurettes ce soir !
MARGUERITE, à Mergy.
A merveille. Tenez , gardez bien cette carte. (A Cantarelli.) Maintenant, les chevaux et les habits de page?
CANTARELLI
A huit heures précises au bout de cette allée.
MARGUERITE
Les relais?
CANTARELLI
Ordonnés jusqu'au bord de la Loire. Point d'obstacle à leur fuite. Et plût au ciel que mon sort fût assuré comme celui de ces bons amis !
Eh! mon Dieu! ne cesserez-vous vos lamentations !
CANTARELLI
Impossible! vous ne savez pas que tout
LE PRÉ-AUX-CLERCS
m'accable à-la-fois, el qu'après inutile fatigue et de tribulations je suis encore forcé, tout-àl'Ireure, de tirer ma rapière au service de ce pauvre Comminge!
MERGY, à part, et vivement.
O ciel ! que va-t-il dire '
MARGUERITE, vivement.
Comminge !
ISABELLE, de même.
Il est ici?
CANTARELLI
Pas encore, mais bientôt.
MARGUERITE
Pour se battre?
CANTARELLI
Sans doute. Il s'ennuyait depuis hier malin «■t , pour que je m'amuse aussi, il m'a nommé son second.
Et quel est son adversaire?
CANTARELLI
Je l'ignore.
MERGT, à part.
Je respire.
CANTARELLI
Il n'a pu me dire que deux mots à l'oreille. Le roi était là qui partait pour Saint-Cloud.
MARGUERITE
Je croyais que Comminge y soupait avec lui?
CA>'TARELLI.
Oui ; il ne s'arrêtera que le temps d'expédier son homme. Oh! tranquillisez-vous : cinq ou six minutes , et il partira.
ISABELLE
Et s'il nous aperçoit !
CANTARELLI
Que Dieu nous en préserve! Voici son rendez-vous, il faut quitter la place.
MERGT, à Marguerite.
Il a raison , madame. La noce qui se fait ici a servi de prétexte à votre sortie du Louvre , et, en attendant la nuit, il serait prudent de paraître chez ces bonnes gens.
ISABELLE
Et vous , mon ami ?
Lui? oh ! je vais l'enfermer ici proche, chez un baigneur de mes amis. Et quand l'horloge du Louvre il sonnera huit heures...
MARGUERITE, à Mergy.
Vous reviendrez ici; je la mets dans vos brus...
CANTARELLI
Et puis, vite, à cheval.
MARGUERITE, à Isabelle.
Oui, venez, mon enfant, évitons les soupc uns et les regards jaloux.
MERGY, pressant Iciii dépari
Adieu.
I \M \ 1,1.1. Il, .1 li i,i,i,
N'oubliez pas...
M un.i ERITE.
Non : l'horloge du Louvre...
CANTARELLI
Sur le coup de huit heui es
MARGUERITE
Ici même; il suffit.
ISABELLE, à Mcrgy.
Adieu!
( Elles disparais:>< m
\li! que le ciel daigne veiller sur elle! — ... .j