‹ Magasin théâtralChapitre 1211 sur 1377 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

CLARA, à l'écart; ROBIN, entrant par la gauche, le long du rivage.

ROBIN, secouant son chapeau.

Quelle bourrasque!... du tapage partout!... là-haut.... ici-bas!... on se dispute dans les nuages tout aussi bien que dans notre malheureuse Angleterre !

CLARA , à part.

Quel est cet homme?

ROBIN

Hé bien, tant mieux! je donnerais mon troupeau, pour que le tonnerre lit écrouler le château, puisqu'il va nous être volé par messieurs du Parlement et ces brigands de têtesrondes !

CLARA, à part.

Ah! c'est un des nôtres!

ROBIN, se relournant.

Hein?... peste soit de mon bavardage! voilà une femme qui peut me dénoncer, et les soldats de Cromwel connaissent déjà mes épaules!

CLARA, s'approchant.

Il m'a vue.

ROBIN

Qui êtes-vous, jeune fille? et pourquoi restez-vous là à écouter les passants ?

CLARA

J'allais au village ici proche, et, surprise par l'orage , je me suis mise à l'abri.

ROBIN

Il valait mieux venir dans ma chaumière... I montrant à gauche.) tenez, là-bas , au coin du bois. Je vous offre du pain, du lait, et un bon feu pour sécher votre mante. Depuis que nous n'avons plus de seigneur au château pour donner l'hospitalité, cela nous regarde.

I i IRA , avec sensibilité.

Vous étei un brave homme!

roiiin , naïvement.

Ah ! vous me connais»! / '

CLARA

Je crois nue oui... vos traits reviennent .1 mon souvenir... IN'étes-vous pas l'honnête et fidèle Robin, gardien des troupeaux de la geigheurie de Linsdor .'

ROBIM.

Gomme vous dites : Patrice Robin, enfanl

de ce domaine , venu au monde pour y garder d'abord les oies et le> canards, plus tard les mouton^, ensuite une centaine de belli ches!... et quitter tout cela ! pourquoi? parcequ'il y a des guerres où je ne comprends rien, et que le vieux lord est mort le mois derniei dans un accès de rage contre un mauvais garnement qu'on appelle Cromwel '... lu il a bien fait de trépasser, notre pauvre seigneur! car, depuis la bataille de Worcestei on a confisqué tous ses biens; et me voila dans la bagarre, moi qui n'y peux mais. Le château va se vendre! et où irai-je? bois de mes pâturages je ne puis pas vivre deux jours! et quand ces idées me prennent je suis comme un fou! je m'attendris, je me désole sur mon sort;parceque, voyez-vous, je ne sais pas pourquoi , mais je sens pour ma sotte personne une affection particulière ; j'ai de l'amitié pour moi comme si j'étais quelque chose.

CLARA

Ainsi donc, la famille et la fortune de vos maîtres?...

ROBIN

Tout est perdu, vous dis-je.. il n'y a plus dans la maison que dame Thérèse, la gouvernante. Le vieux lord était richissime, il n'avait qu'un fils et une nièce, deux jolis enfants qui auraient grandi bel et bien dans le château et qui devaient ensuite se marier ensemble. Mais non : milord voulut les faire élever en France; ils partirent à peine âgés de six ou sept ans ; depuis on ne les a pas revus : le Parlement a bouleversé l'Angleterre ; mon jeune maître s'est fait soldat du roi Charles II, pour venir se battre ici près, à Worcester ; l'armée royale a été exterminée , et voilà mon pauvre jeune homme proscrit , fugitif, dépouillé de son héritage ; on a publié dans le pays la sentence qui a mis sa tête à prix, et un commissaire de Cromwel, avec une douzaine de soldats, vient chaque jour tenir séance dans la grande salle , pour vendre jusqu'au dernier arpent de cette superbe seigneurie !

CLARA , vivement.

Oh! ciel!... des agents de Cromwel!... des soldats en ces lieux?...

ROBIN

Chaque jour, vous dis-je; et voici bientô* moment de leur visite.

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