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ACTE II, SCÈNE XII

et là, dans celle chambre, sur une table, je viens de voir une épée dont la poignée porte les armoiries d'une illustre famille anglaise de cette province, avec ces mots gravés : Donnée par le roiCharles Ier à un sujet vaillant et fidèle.

HENRI , à part.

Imprudent !

THÉRÈSE , à part.

Il se trouble!

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Rassurez-vous, madame : je ne viens point conspirer en Angleterre, je vais même quitter ce pays et m'embarquer dans quelques heures; et cette épée, qui me rend suspect à vos yeux, m'a été confiée par un jeune Anglais exilé que j'ai connu à la tour de France.

THÉRÈSE

Et son nom?

HENRI

Henri de Liosdor... L'avez-vous connu?

THÉRÈSE

Oui... son père surtout. Ce vieillard montrait souvent à ses amis l'épée que je viens de reconnaître, et, plus tard, il la donna sans doute à son fils.

HENRI

Oui, madame; et ce fils, inutile au prince qu'il avait suivi en France, est allé servir audelà des mers; il a quitté l'Europe en soldat obscur, sous un déguisement que ses périls rendaient nécessaire, et que l'épée de son père aurait pu trahir. J'étais son ami, il me l'a confiée, et je dois la garder s'il ne revient jamais.

11 a quitté l'Europe?... Et quand il vous parlait de l'Angleterre... vous pardonnez ma curiosité ?

HENRI

Elle est naturelle puisque vous avez connu sa famille.

THÉRÈSE

Oui... Que vous disait-il de son pays?

HENRI , s animant.

Son pays!... il voudrait l'oublier pour oublier aussi qu'il y fut victime d'une odieuse trahison et de la plus basse ingratitude!

THÉRÈSE

Quel est l'homme de son parti qui n'ait pas à se plaindre du sort et des hommes?

HENRI

Oh ! il a du courage pour supporter ses malheurs politiques ; c'est le destin commun aux serviteurs du roi; mais il versait des larmes amères quand il nous racontait une autre infortune dont le souvenir, disait-il , sera toujours le plus douloureux de sa vie.

THÉRÈSE

Et quoi donc?

HENRI, à part

Oui!... c'est une vengeance!

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THERESE

Eh bien, il vous disait!...

HENRI

Hélas ! madame, c'était quelques jours après la bataille de Worcester. Poursuivi , condamné, risquant sa vie à chaque pas, Henri parvint un soir à se glisser dans les bruyères jusqu'à la porte de son château. Son père était mort. Une femme, une gouvernante qui avait soigné son enfance , qu'il appelait sa seconde mère , était restée dépositaire d'un trésor considérable; il venait demander ce dernier débris de sa fortune; mais cette femme infidèle, trahissant ses bienfaiteurs, faisait déjà cause commune avec les soldats du Parlement : et son malheureux maître, caché dans le feuillage, fut témoin de sa perfidie! Il vit un homme, conduit par elle, aller chercher dans le creux d'un arbre le trésor de son père, et tous deux, à l'instant, coururent acheter pour eux les domaines de l'orphelin !... Et lui, désespéré, regagna le rivage et partit-pour la France !

THÉRÈSE, fort troublée, et s'appuyant à un siège.

Ah ! mon soupçon redouble !... voyons !

HENRI

Que pensez-vous d'un trait aussi noir?... Mais vous souffrez, madame, et votre émotion...

THÉRÈSE, avec effort, et froidement.

Moi ?... en aucune façon. Pourquoi serais-je émue d'un récit que je ne puis croire véritable?

Eh quoi?...

THÉRÈSE

Non, monsieur; jamais dans le pays on n'a parlé de cette aventure ; c'est un conte fait à plaisir. Non, ce jeune lord est la seule cause de son malheur, et sa folie a désolé son père. HENRI , se contraignant à peine.

Que dites-vous, madame?..

THÉRÈSE , l'observant toujours.

La vérité. Le vieux comte de Linsdor était un homme sage, qui s'inquiétait fort peu du Roi ou du Parlement pourvu qu'on le laissât riche et paisible dans ses terres : ce n'est pas lui qui aurait imité son fils et qui serait allé se battre à Worcester: sa politique était plus adroite; et voyant la partie perdue pour la maison régnante, il se fût arrangé sans peine et tout doucement avec Cromwel.

HENRI, s' emportant.

O ciel!... calomnier un vieillard dans la

tombe !...

THÉRÈSE, vivement , à part.

C'est lui!...

HENRI, prenant sur lui avec effort.

Pardon , madame !.. je vois que nous ne pouvons nous entendre... la suite de cet entretien serait, au moins, inutile: permettez-moi de vous quitter et de vous dire adieu : car le jour paraîtra bientôt et je vais partir. (Bas en entrant dans la chambre .) Oh ! quelle indignité !

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