‹ Magasin théâtralChapitre 1256 sur 1377 · JOHN, YORICK · texte numérisé non relu

JOHN, YORICK

Eh bien, mon vieil ami, nous sommes seuls?

YORICK

John... j'ai un chagrin.

JOHN

Sara n'est pas heureuse depuis que tu Pas mariée à ce William.

YORICK

Tu Pavais bien prévu, John.

JOHN

Ou plutôt pressenti; car je ne le connaissais alors que par ce que tu m'en disais.

YORICK

Et depuis son mariage, tu n'as rien découvert, rien appris sur lui?

joiin.

Rien

YORICK

Pourtant c'est depuis lors que tu as surtout paru mécontent.

JOHN

Parce que le jour de son mariage je l'ai bien vu, bien examiné pour la première et dernière fois, car je ne l'ai jamais rencontré depuis; oui, ce jour-là j'étais dans un coin obscur de la chapelle d'où je pouvais le voir tout à mon aise... je lai regardé bien long-temps... eh bien, Yorick,

m\<;asin tiieathal.

j'ai trouvé son regard faux , son visage d'une beauté qui allait mal avec ses habits... enfin ce n'était pas là la tête de nos francs Écossais ; et comme je n'aime pas ces visages qui ne ressemblent pas aux autres , j'ai secrètement tremblé pour Sara.. . Mais toi, Yorick, que crains-tu ? que sais-tu ?

yorick.

Rien de positif... encore, mais j'ai d'affreux pressentimens 1 Oh! que n'ai-je réfléchi plus longtemps! mais Sara l'aimait tant!... puisWilliam redoutait ces actes du parlement qui appelaient au service les jeunes hommes non mariés. Enfin j'ai peut-être par trop de précipitation permis le malheur de ma fille... Écoute-moi donc, John, et tache de m'éclairer. Depuis près d'un mois, je voyais dans le jeune ménage un fond de tristesse que Sara me dissimulait mal, quand je fus obligé de partir pour Galloway : je me mis en route le chagrin dans l'ame; bien des craintes et des soupçons me passèrent dans la tête pendant mon voyage ; l'inquiétude me ramena plutôt qu'on ne devait m'attendre; et cette nuit en arrivant chez moi, croyant tout le monde bien endormi, je trouvai Sara seule et dans les larmes : depuis plusieurs jours, plusieurs nuits, William l'abandonnait ainsi; et au milieu de tout cela, John... joiin.

La misère, n'est-ce pas?

YORICK

Non , pis que cela... l'opulence. William a de l'or... où le prend-il? il ne travaille point.

john.

Mais sa famille?

TOltlCK.

Il dit n'en plus avoir.

JOHN

Ses amis?

YOUICK.

Il n'en nomme aucun... Pourtant Sara, désespérée, m'a confié que chaque fois que je faisais mon voyage habituel à Galloway, je rapportais sans le savoir une lettre que quelqu'un glissait adroitement dans la selle d'un de mes mulets, que la lecture de ces lettres, qu'elle remettait secrètement à William, l'absorbait tout entier, et qu'il en attendait une à mon retour... Je courus aussitôt visiter moi-même, et je trouvai celle-ci, que l'on avait bien cachée, cette lettre, qui contient sans doute l'énigme de cet homme; et comme ni moi ni Sara ne savons lire, je lui ai dit : Fille, prends ta mante et suis-moi; dépêchons.

JOHN

Puis yous êtes accourus vers moi.

YORICK

Je t'ai fait ma confidence, ami, et tu sais maintenant quel service j'attends de toi. joiin.

Donne-moi cettel ettre, je vais la lire.

Il prend la lettre et hesite.

youick, reprenant lu lettre.

Je comprends ton hésitation... Donne, je ferai moi-même coupable d'en avoir brisé le cachet... il s'agit du repos de mon enfant, et de la part d'un père cela justifie tout.

Il donne la lettre décachetée â John.

joiin, ouvrant lu porte et entendant marcher. Mais qui vient?

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