SCENE III
Les Mêmes, RICHARD, LADY BEDFORT.
richakd, annonçant.
Lady comtesse de Bedfort.
BEDFORT
Elle vient me trouver, c'est bon signe. (A Ludlow.) Laisse-nous.
Ludlow sort.
lady bedfort, entrant précipitamment.
De grâce, écoutez-moi, mylord I
bedfort.
M'apportez-vous, madame , la réponse de lord
Je n'ai pu me décider encore à le voir, et je venais vous supplier, mylord...
bedfort, impérieusement.
Je neveux rien entendre, madame, que la réponse de votre fils, et je ne puis l'attendre longtemps. (Au domestique, qui n'est pas sorti.) Dites à lord Henri que la comtesse, sa mère, l'attend ici sur l'heure.
LADY BEDFORT
Mais cependant, mylord, lord Henri est mon fils,
à moi...
bedfort, l'interrompant.
Et n'est pas le mien, allez-vous dire. Vous avez raison, madame ; mais mon sacrifice a été plus grand que le vôtre ; lord Henri ne m'est rien, et je l'ai adopté, je lui ai donné mon nom, mon mom, qu'il veut à sa majorité déshonorer par une mésalliance, et je ne veux pas lui en laisser le pouvoir.
LADY BEDFORTi
Mais il n'aime pas la fille du lord chambellan.
BEDFORT
Eh 1 madame, ne nous sommes-nous pas mariés sans amour ?
LADY BEDFORT
Oui, mylord, sans amour; mais alors tous deux, moi du moins, vous le savez, mylord, je ne pouvais plus aimer ; notre mariage ne fut pas et ne pouvait pas être une union, parce que ce n'était point une épouse qu'il vous fallait, à vous, qui épousiez une femme mourante, mais le partage d'une fortune. En vous donnant votre part de la mienne, j'ai accompli ma promesse; ce n'était pas un époux qu'il me fallait, à moi, souffrante, condamnée... mais un nom pour mon enfant, et quand vous lui donnâtes le vôtre, je n'exigeai de vous qu'un serment, celui de rendre heureux mon fils; et maintenant vous vouiez son malheur.
BEDFORT
Je veux son bonheur.
LADY BEDFORT
Non, mylord.
BEDFORT
Eu un mot, madame, il faut que je sache au plus tôt si.l'on veut m'obéir ou si nous devons divorcer. lady bedfort, avec fierté.
Encore le divorce ! Mais qu'y perdrai- je moi, Biylordi la fortune est â moi.
bedfort.
Vous y gagneriez, madame, que tout le monde apprendrait que, lorsque j'épousai lady Clary Richinond, déjà mère, elle n'était point veuve d'un premier mari, mais...
lady bedfort, épouvantée.
Déshonorée, n'est-ce pas?
BEDFORT
Lord Henri va venir, madame, et je vous laisse avec lui.
Il sort par le fond.
avv\v\vvvvvvvvxvvvvvvvvv\vvvvwvvvwvwvwvvvvwvwvvww\wv
LADY BEDFORT, puis HENRI.
LADY BEDFORT, Seule.
Le divorce! c'est le déshonneur !... mais je ne pourrai jamais l'aider à sacrifier peut-être le bonheur d'Henri, je ne le pourrai jamais, mon Dieu t iienri , entrant par la porte qui donne dans son appartement.
Vous me faites appeler, ma mère?
LADY BEDFORT, à part.
Le voici !
HENRI
Que me voulez-vous donc, madame?
LADY BEDFORT
Te prier, mon enfant, te supplier de faire ce mariage avec lady "Weston.
HENRI
Et vous aussi, ma mère, vous, à qui j'ai dit que j'aimais Marie, à qui j'ai confié que miss Anna Weston avait un secret amour dans l'ame, vous voulez...! Je comprend que lord Bedfort, l'homme au cœur sec, croie qu'on puisse éteindre deux amours comme deux mauvaises pensées... mais vous, ma mère... vous, qui avez tant aimé... mon pauvre père... et qui avez fait depuis un culte, uue religion de son souvenir !...
lady bedfort, se contraignant.
Mais quand tu auras vingt -cinq ans... . mon enfant, tu seras pair d'Angleterre... et Marie... henri, se rapprochant de lady Bedfort, et à demi' voix.
N'est qu'un enfant du peuple, n'est-ce pas? Et ne suis-je pas le fils d'un homme du peuple, moi, d'un pauvre, qui avait à lui seul autant de générosité que toute la noblesse a d'intrigue? Ne m'avez-vous pas cent fois conté son histoire? Ne l'avez-vous pas aimé, vous, ma mère?... Si j'ai cherché une femme dans le peuple, c'est parce que je crois qu'il est de mon devoir de faire une heureuse dans ce monde où vivait mon père... où il vit peut-être encore, mon Dieu!
LADY BEDFORT
Non, mon enfant, il n'y est plus.
HENRI
Hélas! ma mère, nous n'avons pas encore vu son nom écrit sur une pierre tumulaire.
LADY BEDFORT
Non, mais, depuis notre retour, je l'ai faiî chercher sans cesse, et j'ai cruellemcut appri» que
tous ses amis sont morts, que lui-même a depuis quinze, ans disparu de l'Ecosse... Or, mon enfant, s'il a quitté l'Angleterre, c'était pour venir auprès de nous; s'il n'y est pas arrivé, c'est qu'entre nous et l'Angleterre il y avait des mers à traverser; c'est que souvent les bàtimens font naufrage, (pleurant) et que les malheureux naufragés n'ont pas de pierres tumulaires...
HENRI
Vous le pleurez encore, et vous voulez que moi j'oublie!... Que je souffre!...
lady bedfort , précipitamment.
Non, mon enfant, non.
HENRI
Mais alors pourquoi me parlez-vous ainsi?
LADY BEDFORT
Parce que je suis menacée, lord Henri.
HENRI
Et de quoi donc, ma mère?
LADY BEDFORT
D'un divorce.
HENRI
D'un divorce 1
LADY BEDFORT
Oui, dans lequel lord Bedfort rendrait publique une partie de notre secret, et dévoilcraitque ton père n'était pas mon époux, car, tu le sais, à l'heure du mariage il n'est point revenu.
HENRI
Et lord Bedfort a osé vous dire .. .! mais il n'oserait accomplir sa menace, lui, qui ne brille que parce qu'il est votre époux. Lord Bedfort! fils de pères ruinés par la débauche, et qui a je ne sais omment fait revivre les restes d'une fortune engloutie.. . Mais ces restes ne suffiraient pas à payer aujourd'hui la moitié de ses dettes... un divorce le ruinerait, lui qui n'a qu'une seule passion... l'orgueil!... Oh! ne tremblez pas, ma mère; mais, pour éviter les tourmens d'une lutte, ayez l'air d'approuver toutes ses actions; dites-lui que je me suis révolté contre vous-même; Henri s'étani révolté contre sa mère, lord Bedfort le croira difficilement, mais soutenez-le ; montrons-nous comme de grands ennemis en sa présence, et dans le secret je vous ferai voir Marie si bonne , si intéressante, celui qui lui a servi de père... vieillard aveugle... si généreux, si noble et si malheureux!... Oh! consentez, ma mère, consentez... et si lord Bedfort parle encore de divorce... alors, ce ne sera pas vous, ce sera moi qui l'en défierai.
LADY BEDFORT
Toi!
HENRI
Mais avec sagesse et prudence. Oh! consentez, ma mère!
LADY BEDFORT, SOUriant.
Tu veux donc que je passe pour ton ennemie?
HENRI
Je vous en supplie. Et maintenant séparonsbous; allez vous plaindre à lord Bedfort.