SCENE VI
STROZZI, seul un instant; SCOROUCOULO.
STROZZI
Avant peu, lui disais-je !
D'inspiration,
Oh! oui, car mon offense, Juana, son tendreamour, toutaidcàma vengeance. Qu'il vienne, l'imprudentque ce bras doit punir! Lorsqu'on est tant aimé, l'on ne peut pas mourir.
Comme il achève, entre Scoroucoulo, qui se dirige vers la portière qui conduit aux appartenons de la duchesse; Stn i7.\ se retourne; à son aspect Scoroucoulo s'arrête. scoroucoulo, lamainsur son poignard.
Strozzi !
Il va pour continuer sa route.
strozzi, allant à lui.
Mon brave, un mot.
lis avancent lous deux en scène.
Quel est ici ton maître?
Personne, et tout le monde.
strozzi.
Ah!., tu te vends?
scoroucoulo.
Peut-être ?
STROZZI, tirant sa bourse.
Eh bien! tiens, prends ceci...
SCOROUCOULO.
Je ne prends rien de toi...
Ton argent n'a pas cours...
STROZZI
Tu plaisantes ; pourquoi?
scoroucoulo.
Parce qu'au poids de l'or paîrais-tu mes services, Je ne t'en rendrais pas: chacun a ses caprices.
]I va pour s'éloigner.
STROZZI
Tu t'en vas ?
SCOROUCOULO, montrant la porte des uppartemens. On m'attend.
STROZZI
Encore un mot, l'ami :
Qui donc es-tu ?
SCOROUCOULO.
Je suis ton mortel ennemi!
STROZZI
A la bonne heure au moins... Ton humeur est fan-
[tasque; Mais ici, dans ces lieux, où chacun porte un masque, Où chaque bouche s'ouvre à quelque trahison, Tu fais par ta franchise honneur à la maison! Le motif de ta haine à mon égard, mon brave, Quel est-il î
SCOROUCOULO.
Que t'importe?
STROZZI
Est-il juste, est-il grave?
SCOROUCOULO.
Assez grave, entre nous, pour que, bravant ton
[rang, Je t'eusse offert, sans lui, d'échanger notre sang!
STROZZI
Ah! mon rang te fit peur? Sache qu'émancipée Des Strozzi la noblesse est au bout d'une épée.
SCOROUCOULO, ironiquement.
Oui, quand à son secours, la main sur le pom-
[meau, Elle n'appelle pas les valets du bourreau.
STROZZI
Parla, que veux-tu dire, et quelle est cette injure?
SCOROUCOULO.
Tu ne me remets pas?
STROZZI
Nullement, je te jure.
Je suis Scoroucoulo.
STROZZI
C'est un fort joli nom; Mais pas plus que tes traits.
SCOROUCOULO.
Il ne te revient?
STROZZI
Non.
Attends donc cependant... à Naples un chef de
[bandes...
SCOROUCOULO.
Enfin!
STROZZI
Un vieux coquin, vivant de contrebandes, Ne quittant le tripot que pour le grand chemin, D'un des miens... de Sténo... jadis fut l'assassin.
scoroucoulo, se posant.
Dis l'adversaire heureux, et tu reconnais l'homme.
strozzi.
Comment! tu vis encor?
sconoucouLo.
Oh! de mon dernier somme Déjà depuis long-temps je dormirais, je croi, Si l'on n'eût là-dessus pris conseil que de toi ? Pour un duel en règle oser me faire pendre! Ah ! par ton sang !
Tiens-tu tant à le voir répandre?
SCOROUCOULO.
Sur ma part aux enfers, c'est mon plus vif désir.
STROZZI
Eh bien ! je puis, l'ami, te donner ce plaisir.
SCOROUCOULO.
Vraiment?
STROZZI
Écoute : ici j'ai moi-même une affaire. Ce n'est point, il s'en faut, un combat ordinaire, Une rencontre à froid, où chaque champion, Sur une égratignurc, arrête l'action :
C'est une question jusqu'à la fin suivie, Dans laquelle il s'agit ou de mort ou de vie; Un duel où l'on vient la haine dans le cœur, Et duquel on ne sort qu'expirant ou vainqueur.
Toi, qui hantes la cour, tu n'es pas sans connaître Laurent de Médicis?
SCOROUCOULO.
Mais on s'en flatte.
STROZZI
Au traître, Sans plus tarder, remets de ma part cet écrit.
Ah! bah! c'est donc Laurent?
STROZZI
C'est de lui qu'il s'agit.
SCOROUCOULO.
Vous vous battez ensemble?
STROZZI
Ensemble, et je t'invite A nous venir aider, pour que chacun soit quitte. Seul ici de mon bord, d'un second j'ai besoin... Je te prendrai.
SCOROUCOULO.
Qui, moi? te servir de témoin?
STROZZI
Pourquoi non? De nous deux il faut que l'un succombe.
Si je meurs, sois vengé !... Si c'est Laurent qui
[tombe,
Je t'engage ma foi, qu'en dépit du blason,
Reprenant le combat, je te rendrai raison!
Cela te convient-il?
SCOROUCOULO.
Avec orgueil j'accepte.
strozzi, lui donnant le billet.
Ce mot sera remis?
Sans qu'aucun l'intercepte.
Strozzi sort.
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