LORD BEDFORT, LUDLOW
ludlow, entrant.
A nous deux, en effet; j'ai bien besoin de savoir où nous en sommes.
BEDFORT
Tu n'as rien deviné T
LUDLOW
Rien ; tu m'as chargé de conduire secrètement John l'aveugle dans les caveaux de la Tour, je l'ai fait ; tu m'as commandé de dérober un cadavre à l'hospice Saint-James et de le coucher dans la prison de John, je l'ai fait aussi.
BEDFORT
Et tu n'as rien appris ?
LUDLOW
J'ai seulement appris que le procès doit commencer demain, que tu donnes bal cette nuit, et je voudrais savoir où tout cela doit nous conduire.
BEDFORT
Écoute-moi doue: la continuelle présence d'Albinus avait fait échouer toutes nos tentatives de meurtre, et John, étant à la veille de recouvrer la vue, était à la veille aussi de pouvoir me reconnaître , nous étions perdus sans ressources ; et déjà je songeais à la fuite, quand il me vint une idée qui nous sauvera tous deux.
LUDLOW
Laquelle ?
BEDFORT
Comme rien ne se pouvait faire sans qu'Albinus en fût instruit, je conçus le projet de le forcer à prendre aussi sa part dans la perte de John !
Et comment donc?
BEDFORT
En le trompant : je lui ai fait croire que le roi d'Angleterre avait sagement prévu que la nouvelle du rétablissement de John éloignerait à jamais le faux William Smith, et qu'il voulait, pour endormir la prudence de ce coupable, que John passât pour mort, que sa mort fût publiquement «t ©ffi-
ciollcmcnt déclarée, afin que Smith, tranquille et rassuré, vint demain B'asseoir confiant <'t calme
parmi les nobles juges ; tandis que John, vivant, clairvoyant et caché, le désignerait à sa royale vengeance. Cette combinaison paraissait si logique et devoir si facilement justifier et délivrer John, qu'Albinus, abusé, l'accueillit avec joie, et, croyant toujours servir le roi d'Angleterre, il s'est hàtô de défigurer le cadavre secrètement apporté p:ir toi. 11 a déclaré la mort du sonneur de Saint- Paul; si bien qu'à cette heure le roi d'Angleterre, lndy Bedfort, lord Henri , tout le monde enfin croit John mort, excepté trois hommes pourtant, nous deux et le médecin allemand.
LUDLOW
C'est un de trop...
BEDFOKT.
Aussi faut-il que celui-là se hâte de mourir.
J'allais te le dire... mais comment?
BEDFORT
Arme-toi d'un pistolet, et va l'attendre au jardin de Kinsington.
LUDLOW
A cette heure de la nuit... qui l'y enverra?
BEDFORT
Dans une heure il ira jusqu'à la statue de Henri VIII, c'est là qu'il faut le tuer.
LUDLOW
Mais demain sa mort .. ?
BEDFORT
Tu laisseras l'arme à ses côtés, et demain l'on supposera facilement, et Henri tout le premier, qu'Albinus, honteux d'avoir échoué dans sa hasardeuse opération , se sera tué lui-même , et sa mort viendra confirmer encore celle de John.
LUDLOW
En effet... et John?
BEDFORT
Les caveaux dans lesquels il est enfermé sont sourds, obscurs, et donnent sur la Tamise.
LUDLOW
C'est vrai... Tu ne redoutes pas que Henri revienne cette nuit ?
BEDFORT
Il n'oserait s'éloigner de Marie ! et, pour plus de sûreté, j'ai fait faire à Windsor une émeute qui doit donner trop d'occupation à la garnison pour que Henri puisse prendre la route de Londres.
LUDLOW
Toutes tes mesures sont bien prises ; et pourquoi ce bal?
BEDFORT
Pour occuper le roi d'Angleterre ? j'ai cru prudent de tuer la réflexion.
LUDLOW
Et maintenant que vas-tu faire?
bedfort , voyant paraître Richard.
Aller au bal, car on m'apporte ma pelisse et mon masque. (Richard, qui portait la pelisse et le masque, aide Bedfort à s'affubler. Bedfort se rapproche de LudloWf à demi-ioix.) Va, Ludlow. ..
vite à Kinsington... San?, h mort d'Albinus. . . la oute.. .
ludi.ow , allant vers la porte.
Qu'il vienne à Kinsington et...
bedfort , près de la sortie.
Il ira... [Il referme la porte sur Ludlow ; revenant en scène en ajustant son costume.) Et maintenant, William Smith, va gaiement faire ta cour au roi Charles II d'Angleterre.
!! ort au I roite; 1' domestique ferme la fenêtre,
])i'iiil la lumière sur la laide, et, se disposant à sorlir par le fond, il rencontre Alhinus qui entre par la portedu fond à gauche.