CHARLES II, LADY BEDFORT
Charles h, tenant son masque à la main. Vous conviendrez, madame, que tout conspire contre moi : je jouais tout à l'heure aux échecs en buvant du Xérès, lorsqu'un message, m'annonçant qu'une révolte venait d'éclater à Windsor m'a forcé d'interrompre une partie à demi gagnée: et je venais à peine de me joindre au plus délicieux quadrille, que vous m'en avez bien cruellement arraché.
LADY BEDFORT
Il y a des heures, sire, où les rois se doivent à leurs sujets.
CHARLES U
Oui ; mais ces heures ne sont pas celles d'un bal.
LADY BEDFORT
Cependant si c'est alors que les sujets souffrent. charles h , avec intérêt.
Vous souffrez?... oh! madame, Charles Stuart se doit à toute heure à lady Clary, son amie d'enfance... Que puis-je pour vous, dites, madame ?
LADY BEDFORT
Sire... un prisonnier vient de mourir à la tour de Londres.
CHARLES II
Le sonneur de Saint-Paul.
LADY BEDFORT
Oui, sire.
CHAULES II.
Malheureusement.
LADY BEDFORT
Sire, s'il avait été conduit demain au tribunal, une voix se serait élevée pour sa défense, et cette vqïx , c'eût été mienne.
Charles u, surpris.
La vôtre... madame?
LADY BEDFORT
S'il avait été condamné... je vous aurais crié : Grâce!... et maintenant qu'ilestmort, je viens vous demander ce que l'on peut demander pour un mort; sire, je vous en prie à genoux... pour lui la sépulture...
Charles ii , la relevant.
Relevez-vous, madame, et dites-moi la cause du grand intérêt que vous inspirait cet homme.
LADY BEDFORT
■ vous l'apprendre , sire, je vais vous con-
MAGASIN THËATKAL.
fier à la fois mon honneur et la destinée de mon (ils; mais vous serez généreux, vous... car vous avez souffert.... vous avez été proscrit aussi.... et vous avez trouvé des dévouemens que le temps ne vous a point fait oublier.
Charles n , avec tristesse.
Ilélas !
LADY BEDFORT
Tenez, sire, voici une lettre que j'écrivais, il y a dix-huit ans, au sonneur de Saint-Paul, et qu'il m'a fait remettre par Albinus, le médecin, le jour de son arrestation; lisez-la, sire, et vous y verrez jusqu'où peut aller le malheur, le courage, et peut-être aussi l'amour d'une femme.
ciiarles il, ouvre la lettre avec étonnement et lit.
« Une année s'est écoulée, et John n'est point » venu retrouver Clary. Que Dieu, qui nous a » donné un fils , conduise cette lettre. John , » l'absence ressemble à la mort. Clary
LADY BEDFORT
Le reste fut écrit par mon père Charles n, continuant
« La proscription me tuera... Venez épouser ma » fille et reconnaître votre fils; je ne peux lui » donner sur cette terre d'exil un protecteur plus » sûr que celui qui a si bien su la défendre, la » cacher, et nous sauver enfin tous deux de la fu- » reur de Cromwoll. » (Parlant.) C'est par cet homme que lord Richmond fut sauve?
Oui , sire.
CHAULES II
Et pourquoi John n'est-il pas allé vous retrouver ?
LADY BEDFORT
Parce qu'il avait été frappé du coup qui le rendit aveugle.
CHAULES II.
Dans un combat?
LADY BEDFOHT.
Non, par William Smith, dont il avait découvert l'affreux secret en s'emparant du sauf-conduit qui nous sauva.
Charles n , arec commisération.
Le malheureux!
lady bedfort, V observant.
Vous êtes ému , sire.
CHARLES II
Oui, son malheur me rappelle celui de la fille du fermier Pindrell, qui jadis vint tant de fois m'apporter la subsistance dans les bois où je me cachais en fugitif, et qui est morte plus tard pour avoir sauvé son prince. Pauvre Jane , mes bourreaux sont devenus les siens.
I! essuie UHe larme : Mois heures sonnent. LADY BEDFORT.
Trois heures! lord Bedfort a ordonné, sire, qu'à trois heures le corps du sonneur de Saint- Paul serait emporté.
Charles n , montant la scène.
Je vais donner contre-ordre, madame. {Apercevant trois hommes qui passent.) Qui
SAMUEL
Le roi! (Il se décor c'esf le geôlier
Samuel oui conduit les i orteurs dans les pri de la Tour pour l'enlèvement du prisonnier mort.
CHARLES II
Attendez tuei ordres, {fiait tut cl les porteurs se retirent. A Lady Bedfort.) Vous, madame, reniiez dans les salons ; que lord Bedfort ne puiste pas soupçonnerque vous pleurez le malheureux John : comme a moi, vous ne pourriez lui en confier la cause... Allez, et je vous jure que vous sei< . tisfaite.
lady bedfort, lui embrassant la main.
Soyez béni, roi d'Angleterre.
Charles n, la conduisant.
Je vous reverrai bientôt au bal... allez.
.lift.