ARNOLD, ANDERSON
ARNOLD, à part.
Anderson!.. déjà!., que lui dire?., et quelles nouvelles m'apporte-t-il ? (Haut.) Eh bien , M. Anderson?
ANDERSON
Vous êtes condamné à la restitution des sommes illégalement perçues et vous serez réprimandé publiquement par l'organe du général Washington.
ARNOLD
Réprimandé par Washington ! ruiné par lui... perdu par lui!., oh! c'en est trop! cl je ne pourrai lui rendre tout ce que je lui dois de souffrances et d'humiliations.
ANDERSON
Vous le pourrez si vous le voulez, Général. Je vous apporte pi us que des consolations stériles, je vous apporte la vengeance.
ARNOLD
Oh ! parlez , parlez , que faut-il faire ?
ANDERSON
Peu de chose. Vous entendre avec le créancier qui vous a prêté les sommes dont vous avez eu besoin jusqu'à ce jour, qui vous en prêtera d'autres s'il le faut, et qui, dans le cas où vous ne pourriez entrer en négociation avec lui , réclamerait les sommes dues et vous fermerait sa bourse.
ARNOLD
Mais ce créancier, c'est vous.
ANDERSON
Vous vous trompez; dans toute cette affaire je n'ai été qu'un prête-nom , mais le créancier qui ligure au titre, et dont je viens de recevoir les instructions, est assez riche et assez puissant pour vous faire encore puissant et riche à votre tour , et pour écraser ce Washington, votre ennemi et votre rival triomphant.
ARNOLD
Quel est donc cet homme?
ANDERSON
Vous pouvez lire son nom sur toutes les lettres de change que vous m'avez signées en blanc, et que j'ai été forcé de remplir. Voyez...
(Il lui montre ses papier.) ARNOLD, lisant.
Georges 111 , Georges III , le roi d'Angleterre ? et qui ètes-vous donc, vous?
ANDERSON
Son agent le plus fidèle et le plus dévoué; celui qui n'a pas craint de pénétrer jusqu'auprès du plus brave général de l'année, pour réparer
dit-il! que faire d'ici là? que dire à Anderson en- ^ toutes les injustices dont il a été la victime; ce
lui que l'Amérique recherche opiniâtrement..»
le major André, enfin.
ARNOLD
Le major André?
ANDRÉ
Sir Arnold, la mère patrie, qui vous rappelle , vous promet , pour les services que vous lui rendrez, le litre de brigadier-général des armées du roi, mon maître, et une dotation magnifique! songez-y... fortune, honneurs, vengeance , je vous offre tout, et vous ne trahissez même pas votre pays... vous n'êtes fatal qu'aux projets ambitieux de Washington, et pour être généreux envers cet ho, mue, le brave Arnold ne choisira pas sans doute le moment où il se voit obligé de tendre la joue au souillel que c< i insolent lui donne.
ARNOLD, à part.
Quoi ! de l'or, des honneurs, le châtiment de Washington!..
ANDRÉ
Général, le temps presse... de nouveaux ordres ont été donnés contre moi... d'un moment à l'autre je puis être reconnu!., il me faut une réponse... il faut que demain... ectie nuit...
ARNOLD
Demain?
On peut à chaque instant deviner mon véritable rôle, ce rôle que je n'ai pu cacher qu'en feignant d'aspirer à la main de votre lille.
ARNOLD
Quoi! cette alliance que vous vouliez contracter avec miss Clara...
ANDRÉ
N'était qu'un prétexte pour m'introduirc dans votre maison... aussi, loin de -jn 'offenser des refus obstinés de votre lille...
ARNOLD
Il serait possible? sachez donc tout, major André, miss Clara n'est ras ma fille.
ANDRÉ
Que dites-vous ?
ARNOLD
Enfant d'une Indienne et du général Hower...
ANDRÉ
La fille du général Hower? du général Hower, mort il y a vingt ans, dans les plaines du Canada?
ARNOLD
Lui-même !
ANDRÉ
Ah! s'il existe des preuves de sa naissance, ce sera notre fortune à tous deux ! la magnifique succession du général Hower, qui est passée à des collatéraux, revient à sa lille. Miss Clara est pairesse d'Angleterre et règne sur un comté.... oh ! vous ne trouveriez pas de plus belle offrande à faire au roi Georges que la fille du brave général qu'il a pleuré si long-temps; vous ne pourriez-vous faire précéder en Angleterre plus dignement que par elle ; et moi , pour tous les services que je rends , je ne veux d'autre récompense que de devenir son époux, et celle nuit nous l'emmènerons dans le camp des Anglais...
ARNOLD
Celte nuit?... quoi, si tôt?... c'est peut-être imprudent.
LA GUERRE DE L'INDÉPENDANCE, •Ai
ANDRÉ
Je vous l'ai dit, Général, les momens sont chers, et vous-même ne devez-vous pas être pressé de vous vonger ?
ARNOLD
Me venger! (On entend un l>mii de tambonr au dehors.) Écoutez, Général, c'est un ordre du jour.
VOIX, au dehors.
Le général Washington, commandant en chef des troupes des États-I nis, porte à la connaissance de l'armée l'arrêt rendu par le conseil de guerre ; ontre le général Arnold.
ARNOLD
Grand Dieu !
voix, au-dehors.
Le général Arnold es) condamné à la restitution des sommes arbitrairement perçues, et blâmé publiquement par l'organe du conseil. Toutefois, en mémoire d'anciens service*', le commandement de West-point est conservé au générai Arnold , qui avait dû s'en démettre le jour où il fut mis en jugement.
«Signé "Washington. »
( Nouveau roulement. ) lNDRÉi.
Eh bien , Général.
ARNOLD
Ah! je n'hésite plus maintenant, tout au roi Georges, au roi Georges qui est juste et qui récompense. Le commandement de West-point, qu'on me laisse par pitié , je n'en veux plus ! ces honneurs sous caution, cette gloire en surveillance , je les refuse hautement !
ANDRÉ
Que dites-vous... mais, ce commandement, il faut le conserver à tout prix... car, ce commandement, pour vous c'est la vengeance... c'est en votre main le châtiment de Washington et de l'Amérique. C'est du commandant de Westpoint, plus encore que du général Arnold, que l'Angleterre attend son triomphe.
ARNOLD, vivement
Non, vous dis-je? je ne veux pas me contraindre plus long-temps , je cours trouver Washington...
ANDRÉ
Silence !.. ou vient.