SCÈNE IX
WASHINGTON, SAINT-VALLIER, Le Conseil.
THOMPSON, qui reste à la porte.
WASHINGTON
Messieurs, je dois vous rappeler que, le conseil étant composé de six membres, en cas de partage égal l'accusé est absous. Votre avis, Messieurs?
UN OFFICIER
Mon avis est que rien ne doit arrêter le cours de la justice ; le major André est un espion, il a mérité la mort... sur mon âme et conscience, c'est mon avis.
UN AUTRE
C'est le mien aussi.
HAMILTON
Le mien est que le major André n'est que prisonnier de guerre... on a usé d'indulgence envers le ,'ls de Francklin , convaincu d'avoir trempé dan.-, uuie conspiration de loyalistes contre le général en chef, et on lui a fait grâce; je crois que nous ne pouvons pas être moins généreux envers un Anglais, qui pour avoir un peu outre-passé les droits légitimes de la guerre , ne doit cependant pas être considéré comme traître; sur mon âme et conscience , c'est mon avis.
UN OFFICIER
e<$4 Je pense comme le major HamiMoiK
LA (.1 l.iilii: DE L'IflDÉPENDANCE ,
SAIS r-VALLIER.
Jusqu'à présent, les avis sont partagés; à vous de parler, Général.
WASHINGTON
Je ne crois pas que l'on ail jamais pu me reprocher de répandre le sang à plaisir... mais, si grave qu'il soil de disposer i e la vie d'un homme, il csl des occasions ou la clémence serait coupable ci l'humanité dérisoire. Je pourrais vous dire, au moment où les ennemis trouvent tous les moyens bons pour nous combattre, qu'il est dangereux de prolonger la vie d'un officier que la fatalité a rendu maître de tous nos secrets. Mais sans parler de celte raison, qui seule devrait nous déterminer, la justice des nations ne permet pas de laisser impuni un homme qui est venu sous un déguisement , sous un taux nom, vivre dans nos villes, épier nos projets , tenter les plus lâches et les plus perlides manœuvres, corrompre à prix d'or nos généraux, et qui, de complicité avec un traître, voulait se faire livrer la nuit, frauduleusement, rentrée du fleuve qui conduit au cœur des États- Unis. Messieurs, si le précédent d'une clémence dangereuse est une fois établi, l'impunité est assurée à toutes les trahisons et sans compensalion pour l'Amérique; car, dans son duel avec l'Angleterre , elle ne voudra jamais se servir des armes honteuses que celle-ci vient d'employer... John André doit être traité comme espion de l'ennemi, et conformément aux lois et aux usages des nations, il a mérité la mort; sur mon âme et conscience, c'est mon avis.
S VIN T-V AL LIER
C'est-là votre avis?., vous lavez mûrement pesé... et tout bien réfléchi, vous pensez que cet acte de sévérité est nécessaire au succès de notre cause?..
WASHINGTON
Jamais conviction n'a été en moi plus profonde et plus arrêtée; voici l'arrêt qui condamne le major André... je le signe, suivra mon exemple qui voudra. (il signe.)
UN OFFICIER
Je le signe aussi.
(Un autre officier signe ; Hamilton et un officier refusent.) WASHINGTON.
Trois signatures seulement... Messieurs, il y a partage , le major André vivra.
SAINT-VALLIER
Vous vous trompez, Général, puisqu'il est nécessaire que le major André meure pour assurer le triomphe de la liberté , le major André mourra, (il signe. ) Je signe son arrêt avec vous.
WASHINGTON
Bien, Colonel... je n'attendais pas moins de votre dévouement pour l'Amérique dans l'exécution d'un pénible devoir, (a Thompson. ) Faites ouvrir les portes. (Il présente de nouveau l'arrêt aux officiers qui n'ont pas signé, ceux-ci font encore un geste négatif. ) A la majorité de quatre voix contre deux , la commission militaire assemblée, pour juger John André, le déclare coupable d'espionnage et de trahison , le condamne à la peine de mort ; et , jugeant sans appel , ordonne que arrêt soit exécuté immédiaminent, Allez, ser«
«©•gcni Thompson... qu'a l'instant même justice soit faite.
(Il donne l'arrêt a Thompson qui sort. ) SAINT-1 w.i.iiii.
Et maintenant, Général, veuille/, me permettre de m'éloigner.
\ ISHINGTOlf.
Quoi déjà?., vous voulez nous quitter.
suvr-v w.i.ikh.
Il le faut, Général, c'est un devoir d'honneur que je vais acquitter, adieu !