‹ Magasin théâtralChapitre 151 sur 1377 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

HENRIETTE, puis SENNETERRE.

Henriette, entrant et regardant autour d'elle- Je les ai perdus au milieu delà foule, et dans mon inquiétude, j'ai voulu voir si Marion... non, elle n'est pas rentrée... Mais mon mari... (Le voyant.) Ah! c'est lui... le voilà !... il m'a suivie. senneterre, paraissant au fond.

Vous ici, madame?

Henriette, avec embarras.

Oui, j'avais oublié... je voulais... reprendre ma mante pour m'éloigner. Ah ! mon ami, que jesuis heurcusede vous revoir!

senneterre, froidement 11 n'est pas question de moi, madame!... Vous ici... dans celle maison!...

hbnriette, timidement.

Eh mais ! vous y ctes bien.

M vr, LSIJN THEAT

SENNETERnE, vii'C.lUrllt .

LamarquisedeSennelorresousiin nom supposé !

HENRIETTE, (IcniClltC.

J'ai cru devoir suivre votre exemple.

SENNETERRE, plus vivement.

Encore une fois, madame, il n'est pas question de moi!... Ma présence en ces lieux tient à des intérêts... politiques... parce que... tout le monde sait... que Mlu Delorme... se trouve, à cause du cardinal... Bref, c'est un secret d'état que je ne puis vous confier. Mais vous, madame, quitter votre château deliretagnc à mon insu, malgré mes ordres, pour me suivre, m'épicr, me rendre la fable de tout Paris!...

Henriette, tremblante

Ah ! ne le croyez pas !

senneterke, avec emporlemcn'..

Alors, que vouliez-vousdonc?

HENRIETTE

Hélas! le sais-je moi-même? quand votre voix menaçante... Écoutez-moi, Léon, et surtout ne vous fâchez pas, car cela me trouble ! Mon Dieu, je ne vous accuse pas, j'ai assez d'amour dans le cœur pour tout pardonner... Mais pourquoi me fuir ? Je sais bien que je n'ai pas l'esprit, les grâces qui peuvent vous charmer dans une autre, que vous ne serez jamais fier de mes succès... mais moi, Léon, je n'ai jamais aimé que vous... et je vous aime tant!...

senneterre , à lui-même

Encore des reproches !

K'ENRIETTE, àparl

Voilà quejel'ennuiedéjà... Si je pouvais me rappeler la leçon, essayer un peu de coquetterie... c'est bien légitime. {Haut.) D'ailleurs, des succès ! qui vous dit que je n'en aurais pas, si jevoulaism'en donner la peine. .. Je suis jeune, pas plus mal qu'une autre.

SENNETERRE, à part

Des prétentions, à présent, il ne lui manquait plus que cela.

Henriette, même jeu Si c'est là ce qui vous plaît, eh bien ! nous recevrons grand monde; on me fera la cour, ça vous flattera.

senneterre, offensé, Par exemple!

HENRIETTE

Mais je n'aimerai que vous.

senneterre, avec impatience.

Eh! monDieu !

Henriette, se dépitant.

Eh bien, non! je ne vous aimerai pas.

senneterre, piqué Comment, madame?

Henriette , vivement Non, monsieur, non, je ne vous aimerai plus... Croyez-vous doneque ce soit si difficile? senneterre, piqué.

Oh! vous me l'avezasscz prouvé

HENRll 'M., i ir, ■m, :it.

Et comment cela, monsictn :

En me contrariant sans fesse; eu me rendant mon château insupportable... moi qui aime la retraite!...

Henriette, avec ironie C'est pour cela que vous n'y étiez jamais.

senneterre, n'animant.

Parccque vous m'avez forcé de le fuir!

Henriette, de même.

Parce que vous avez lecaràctèrclc plus léger!...

senneterre.

Et vous le plus injuste!

HENRIETTE

Qui m'a rendue si malheureuse ! ... El si j'avais pu me soustraire à cette tyrannie...

SENNETERRE

Vous en aviez les moyens. . cet acte de séparation que vous m'avez renvoyé..

Henriette, avec amertume.

Et que vous aviez signé d'avance..

senneterre.

Eh bien! madame, il fallait en faire autant!

HENRIETTE

Oui ! j'ai eu tort... et après une pareille conduite; si cetacte, qui doit nous rendre la liberté, élaillà... oui, s'il était là, monsieur... je le signerais sur-lechamp !

SENNETERRE

Le voici, madame !

Henriette, stupéfaite et à part.

Ciel!...

Et puisque nous sommes d'accord et qu'il y a là tout ce qu'il faut...

Henriette, àparl.

Qu'ai-je fait?... 0 mon Dieu! je n'y suis plus! ma tête se perd... et personne pour me conseiller! Ah ! elle dit que lorsqu'on veut s'en aller, il faut ouvrir les deux battans!... c'est peut-être le seul moyen.

senneterre, lui montrant le papier.

Eh bien! madame?

Henriette, vivement et courant à la table. Eh bien! monsieur... je signe!... je signe avec joie!... (Écrivant tout en parlant.) Et je regarde ce jour comme le plus beau de ma vie.

senneterre, étonné.

Ah! je ne m'attendais pas à tant de sympathie!

Henriette, écrivant.

Tout ce que je demande, c'est qu'on ne perde pa une minute, pas un instant, pour m'affranchird'un lien qui m'est odieux!

senneterre, pendant qu' elle cacheté le paquet. Vous serez servie à souhait. Le cardinal est toutpuissant; entre gens de notre condition, il ne veut pas d'éclat... il suffit d'un consentement mutuel, et dès qu'il aura cet acte entre les mains, nous sommes libres! C'est absolument comme si nous a'a- »ions jamais été mariés.

Henriette,, achevant d'écrire l'adresse.

C'e^t bien, c'est bien, monsieur! (A-part.) Mais comment faire?... à qui !e confier?...

LA AI \?.(){ [SE DE SENNETERRE

le COMMANDEUR, en dehors.

Tien nette! Comtois I...

uenriette, à part.

Ali ! le commandeur!

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