‹ Magasin théâtralChapitre 157 sur 1377 · I.E COMMANDEUR · texte numérisé non relu

I.E COMMANDEUR

Très-bien!.. {En regardant Henriette.) Diable! tire toilette du meilleur goût!...

cinq-mars, à la droite de Gaucher.

C'est ce que je remarquais. Je parie que c'est pour moi qu'elle est revenue si vile

senneterre, à la droite de Cinq-Mars.

Pour nous ?

lb commandeur, à Cinq-Mars.

M ' r de Failly?... Ali! vous voilà déjà, monsieur le conquérant!

CINQ-MARS

Hum! hum!... elle me regardai) tantôt... Eli! tenez, encore...

senneterre, bas.

Vous croyez?

CINQ-MARS

Parbleu ' elle a regardé de ce côté. {A Senneterre.) Ce ne peut être que vous ou moi, et comme ce n'est pas vous, il est clair que c'est... le commandeur, piqué.

Eh bien ! et moi dune?

cinq-mars, haussantes épaules.

Ali ! commandeur, vous m'affligez!

kaiîion, bas a Henriette et comme lui répondant. Vous l'avez revu à la promenade?

HENRIETTE, bas.

Au bras de ma rivale!

marion.

Quelle esi-eîle donc?

HENRIETTE

Je n'ai pas osé m'informer!

marion , bas.

Et lui, vous a-t-il aperçue?

Henriette, de même.

Ah! il faisait une figure!...

marion, riant.

Je la vois d'ici !

senneterre, causant avec Cinq-Mars et Gaucher. Mais non, des manières provinciales!

LE COMMANDEUR

Des manières très-distinguées!

CINQ-MARS

Certainement!

Henriette, bas à Marinn.

Mais c'est maintenant surtout que j'ai besoin de vos conseils ! Je puis le rencontrer dans un salon...

MARION

C'est là le plus facile. 11 faut trancher dans le vif! Elles continuant à causera voix liasse.

cinq-mars, aux deux autres Je vous dis qu'elle n'a besoin que d'être fermée! J ai envi - de m'en charger.

SENNETERRE, étOUrdi ' |

Vous?

le commandeur, vivement à Cinq-Mars.

Je vous le conseille. (A part.) Cclam'en ferait un de moins.

senneterre, inquiet.

Oh ! vous ne réussirez pas !

CINQ-MARS

Bon ! ces vertus de province vont quelquefois plus vile que les autres! En une demi-heure je parie que j'obtiens un rendez-vous!

senneterre.

En une demi-heure?

le commandeur, prenant une prise de tabac. Il en est capable!

cinq-mars, gaîmenl.

Quand cenc serait que pour réveiller Marion, qui s endort singulièrement à mon égard.

senneterre, à part.

Eh bien! je joue un joli rôle! niais je puis d'un seul mot... Commandeur, cette demande que Milu de l'ailly vous a confiée, vous l'avez encore?

LE COMMANDEUR

Soyez tranquille, elle est remise. Oh ! c'est la première cho>e !

SENNETERRE, à part, avec dépit Que m'importe après tout! Elle n'est plus rien pour moi.

cinq-mars, aux dames.

Ah ça! ma chère Marion, vous accaparez M:nc de

Failly!

marion, se levant avec Henriette.

Comment! vous n'êtes pas encore parti, vous?

cinq-mars.

J'ai une grande heure devant moi.

Henriette, d' un air chagrin.

Vons alleznousquiller, monsieur de Cinq-Mais? Ah 1 c'est bien mail

cinq-mars, d'un air galant, Vous mettriez quelque prix à me retenir près de vous?

HENRIETTE

Mais sans doute!

marion, monirantun fauteuil à Henriette.

Commandeur, sonnez donc. Asseyez-vous !à! mon cœur, tandis qu'on va me coiffer. Et vous, monsieur Léonard, voyez ce que vous voulez placer dans mes cheveux. (Bas.) Vous pourrez rester près de moi.

SENNETERRE, bas

Non, je sors.

marion, bas.

Je vous le défends.

SENNETERRE, bas.

C'est que vous ne savez pas ce que je souffre ! marion, bas.

Mon Dieu, si ! je me mets bien à votre place ! C'est un moment à passer; je trouverai le moyen de les renvoyer.

Tiennclte est entrée et arrange les eue veux de Marion ;G a ucher est près de Marion , et semble donner son avis; tandis que Cinq-Mars cause avec Henriette , qu'il a fait asseoir à l'autre bout <!n llie.'ilre, près de la table. Senneterre est debout au milieu des deux groupes , et regarde du côte d'Henriette.

SENNETERRE, à part.

Je vois ce que c'est : elle veut m embarrasser, me mettre dans la position la plus fausse, la plus ridicule! Eh bien! morbleu, je brave tout, je ferai la cour à'Marion devant elle! {S' asseyant près de Marion.) Je ne veux pas même m'apercevoir qu'elle est là!

Henriette, riant et à Cinq-Mars.

Ah! monsieur de Cinq-Mars, je ne crois pas un mot de ce que vous médites.

marion, à Senncterre.

Qu'est-ce que vous avez donc?

senneterre, embarrassé Rien. C'est qu'ils sont là à chuchoter!

marion, bas.

Qu'est-ce que cela vous fait? Est-ce que cela vous regarde?

Henriette, haut et minaudant Faire des conquêtes à Paris! moi, une pauvre petite provinciale, sans usage, sans expérience, qui n'a rien de ce qui peut séduire... Eh! bon Dieu! que deviendrai-je au milieu de toutes vos belles dames, si adroites, si coquettes, qu'elles peuvent se laisser adorer par dix amans à la fois sans en aimer un seul ; si spirituelles, qu'ils ne s'aperçoivent jamais qu'ils sont trompés; si sûres de leur beauté, que tous les matins elles se font-elles-mêmes leur visage.

cinq-mars, riant.

C'est parbleu bien celai

senneterre, à Marion gui se met du rouge. Tiens, vous mette*. Au rouge, Marion?

MASUON.

Oh! très-peu.

LE COMMANDEUR

Pour faire comme tout le monde.

cinq-mars, à Henriette.

Et comptez-vous pour rien ce naturel, cette simplicité louchante? (Baissant la voix.) Je vous suis garant, moi, que vous tournerez toutes les têtes. Il y en a déjà une de ma connaissance.

Henriette, souriant avec coquetterie.

C'est qu'elle n'est pas bien forte. (A Marion.) A propos, ma chère, je vais être votre voisine! j'ai arrêté l'hôtel qui touche le vôtre.

marion.

Vraiment?

Il ne manquait plus que cela!

CINQ-MARS

Vous vous fixez donc à Paris!

HENRIETTE

Tout-à-fait. Je veux m'entourer d'un petit cercle de gens aimables. (A Cinq-Mars.) Je compte sur vous, monsieur de Cinq-Mars?

cinq-mars, flatté.

Comment donc !...

HENRIETTE

Les poètes, les jolies femmes, dos militaires surtout! J'ai uni' passion pour les gensde guerre.

LE COMMANDE! R, passant de Ad/i CÔlé.

Vraiment, belle dame!

Henriette, à part, le voyant arriva pn\% d'elle. Eh bien! mais ça n'est pas si difficile, ça val ça va!

LE commandeur, flnltC cl bas a Senneterre. Elle est... elle est remplie dégoût, celte femme! (Haut à Henriette.) Il est certain que la profession militaire donne une grâce, une élégance, un je ne sais quoi...

Il va à elle et passe à la droite.

senneterre, à part avec impatience.

Et le vieux Gaucher aussi! (Haut en cherchant à se contraindre.) On peut s'étonner cependant que la famille de M"" dcFailly l'abandonne ainsi à ellemême, et la laisse se fixer dans une ville, où seule, exposée à mille pièges...

CINQ-MARS

Il n'y aurait qu'un mari qui pourrait s'en fâcher.

HENRIETTE

Et je n'en ai pas! je suis veuve.

senneterre, la regardant.

Veuve! vous, madame?

Henriette, de même.

Oui, monsieur. Cela vous étonne!

senneterre , interdit.

Non! non! (A part.) Au fait, c'est à peu près la même chose.

marion, à Senneterre.

Pas mal! veuve, ça ne décourage personne! elle ira très-bien.

CINQ-MARS

Veuve! pauvre petite femme!

le commandeur.

Un mari jaloux?

CINQ-MAKS.

Brutal ?

HENRIETTE

Hum!... il avait des qualités, pas beaucoup I mais enfin...

CINQ-MARS

Un monstre?

LE COMMANDEUR

Comme ils sont tous.

Henriette, gravement. N'importe, messieurs, je veux honorer sa mémoire. N'en parlons plus.

marion, riant.

C'est ce qu'on peut faire de mieux pour les maris! (A Senneterre qui va et vient.) Mais qu'avezvous donc? vous ne tenez pas en place! senneterre.

Rien!... rien!... (A part.) Et je ne puis me défendre! je ne puis dire uumot!

marion, haut.

Regard ezdonc, Léonard, trouvez-vous ces perles?.

senneterre, sans regarder.

Très-bien! très-bien!

cinq-mars, à Henriette.

Heureux celui qui pourra vous consoler!

LE COMMANDEUR

Car vous ne resterez pas insensible,

HENRIETTE

Oh! il faudra bien se faire une raison.

LA YIARQUISE DE SENNETERRE

CINQ-MARS, bas.

-.\i\- doute, el si je pouvais vous parles un mument sans témoins...

SENNETERRB, s' approchant.

Qu'enlends-je?

cinq-mars, se retournant.

Htii)!... quoi?...

m. muette, à mi-voix, montrant Senneterre . Quel est ce. monsieur?

CINQ-MARS

.M. Léonard... un jeuue peintre.

LE COMMANDEUR

Qui doit aller à Rome.

Henriette, froidement.

Je ne connais pas.

CINQ-MARS

II vous regarde avec une attention! un feu!... Ces artistes... Je suis sûr qu'il a envie de faire votre portrait.

SENNETERRE

Moi 7

HENRIETTE

Ali! je serais enchantée de l'avoir de la main de monsieur.

CINQ-MARS

Pourle donner?...

uenriette, souriant Peut-être.

LE COMMANDEUR

Et à qui?

HENRIETTE

C'est mon secret.

cinq-mars, àpart C'est pour moi!

le commandeur, à part.

Elle m'a lancé un coup d'oeil !

cinq-mars, courant àSenneterre.

Eh ! vite, mon cher Léonard, une petite esquisse.

LE COMMANDEUR

En deux minutes.

senneterre, bas à Ma r ion qui se lève aussi. Tirez- moi donc de là!

marion, bas.

Débanrassez-vous-en. . . deux coups de crayon.

SENNETERRE, bas.

Mais je ne sais pas le tenir; je ne m'en suis jamais servi.

marion, riant aux éclats.

C'était donc un prétexte? Ah! c'est délicieux!

cinq-mars.

Quoi donc ?

marion, passant à la droite de Senneterre. Ce pauvre Léonard, qui n'ose pas vous dire... nous lui avons fait perdre son temps; et il a une leçon à donnera l'autre bout de Paris.

CINQ-MARS

Ah ! c'est différent.

HENRIETTE

Il ne faut pas le retenir; allez à votre leçon, monsieur.

LE COMHANDBllR >t CINQ-MARS.

Oui, oui, allez à votre leçon, mon cher.

SENNETERRE, l>OS (l Marion.

Eh bien! il faut donc que je m'en aille?

marion, bas.

Pour quelques minutes seulement.

SENNETERRE, </<' même.

J'enrage!... Mais ce Cinq-Mars?

marion, de nu me.

Il va partir aussi. [Haut.) Poux le coup, monsieur d'Eftïat, vous manquerez la chasse ; vous n'avez plus qu'un moment.

cinq-mars.

C'est ma foi vrai! c'est désolant... Eh parbleu! j'y pense ; M™' de I ailly n'a jamais vu la cour réunie... Si vous m'accompagniez jusqu'au lancer, mesdames, c'est un coup d'œil superbe ! En une heure vous serez revenues

HENRIETTE

Ah ! ce serait charmant.

marion, d'un air contraint.

De toutmon cœur.

SENNETERRE, bas.

Eh bien ! vous partez à présent?

marion, de m e 'me.

Au contraire, c'est un moyen de les éloigner.

CINQ-MARS

Eh! vite, commandeur, les mantes de ces dames.

le commandeur, allant vers le fond.

Nous allons les prendre dans l'antichambre.

marion, portant sa main à sa tête.

TOUS

Qu'est-ce donc ?

marion, feignant de souffrir.

Je ne sais... une douleur subite... une migraine affreuse !

HENRIETTE, À part,

Elle veut rester... (Hau«.) Ah! mon Dieu!

tous, se tournant de son côté Eh bien?

benriette, même jeu.

Une palpitation horrible!... je ne peux pas me soutenir...

Elle loinljo sur un fauteuil à gaucho.

SENNETERRE, à part.

Toutes deux!

marion, àpart.

Qu'est-ce qu'elle fait donc?... elle ne comprend pas.

Henriette, bas à Cinq-Mars A votre place, je ne m'en irais pas.

cinq-mars , frappé.

J'entends!

le commandeur, regardant Henriette Pauvre petite femme!... c'est comme moi, je ne peux pas voir quelqu'un se trouver mal sans éprouver une émotion!...

cinq-mars, regardant Henriette Impossible de vous quitter maintenant!... Décidément, je vais envoyer dire à sa Majesté que je suis dans mon lit à trembler la fièvre.

Que ne l'a-t-il double, tierce!

HENRIETTE, basa Cinq-Mars.

Très-bien!

senneterre, à Marion.

C'est lui qui va rester?

maiuon, bas.

N'allez-vous pas me faire une scène? je suis déjà assez malheureuse!... Revenez sur-le-champ! je vousatlendraidans lepetit salon bleu, avant souper. CUSQ-MARS , au.r daines.

Voilà qui est arrangé; cela va déjà mieux... nous irons à ce bal masqué. Gaucher, il faudrait avoir des billets pour tout le monde.

LE COMMANDEUR

C'est facile! je vais passer à l'ambassade.

cinq-mars, bas à Senneterre.

C'est fait, mon cher; j'ai mon rendez-vous.

SENNETERRE, à part.

Et aucun moyen deleprovoquer!... pas pour elle, jenc l'aime plus... mais je ne puis oublier qu'elle a porté mon nom.

cinq-mars, à Henriette

Je cours renvoyer mes gens. (Bas.) Tâchez de vous débarrasser de Marion.

Ah ! à tout prix j'empêcherai... A nous deux, monseigneur, vous allez recevoir de mes nouvelles.

Senneterre sort par le fond.

cinq-mars, entraînant Gaucher.

Adieu, mes toutes belles! Allons, commandeur...

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