‹ Magasin théâtralChapitre 170 sur 1377 · MARION, LE COMMANDEUR · texte numérisé non relu

MARION, LE COMMANDEUR

le commandeur, parlant à la cantonnade.

Prenez garde de vous refroidir... je reviens dans la minute.

marion, l'arrêtant.

Où allez-vous donc, commandeur?

le commandeur, avec empressement.

Chercher un verre d'eau sucrée pour MmC de Failly...

marion, choquée.

Encoro Mmc de Failly!...

LE COMMANDEUR

Elle vient de chanter'.... ah! tout le monde est dans le ravissement; une petite voix si douce, si pénétrante!... {foulant sortir.) Elle m'a demandé un verre d'eau.

marion, impatientée.

Restez donc.

LE COMMANDEUR

Etoile a dansé la sarabande... Ah! vous dan <■/. bien, Marion; mais, c'est à mille piques au-des sus! une grâce! une légèreté!... et avec cela un air de modestie, de réserve, auquel nous ne sommes pas habitués!... Je sautais malgré moi, comme au siège de Fontarabie où les biscaïens pieu vaient. . . (Foulant sortir.) Mais elle attend son verre d'eau. marion, avec colère.

Voulez-vous bien rester!... C'est horrible," c'est inouï!... Elle a donc tourné toutes les têtes! le commandeur, avec complaisance.

C'est exact! Villarceaux en est comme un fou, Grammont lient ses gants, Brissac son éventail, Buckingham lui a donné u n bouquet qu'il portait à la reine... un embrasement général!...

MARION

Et vous-même, commandeur, vous n'êtes pas sans reproche, je vous ai vu...

le commandeur, ètourdimenl Vous m'avez vu?... à ses pieds!...

marion, se récriant.

Comment! à ses pieds?...

le commandeur, la main sur sa bouche.

Oh! j'ai donné dans l'embuscade... je n'y manque jamais.

marion, les bras croisés.

Vous aussi, Gaucher?... (A elle-même.) Jusqu'à mon épouvantail qui se laisse séduire!

LE COMMANDEUR, COtlfllS.

Je ne sais comment cela s'est fait... Je vous jure, elle ensorcelle tout le monde! un moment de démence, de folie... rien de plus!... mais je déteste mon égarement, Marion, je reviens à vous... et vous me pardonnerez...

MARION

A condition que vous me direz tout ce que vous savez, car il y a quelque chose d'extraordinaire... Que fait Cinq-Mars?

LE COMMANDEUR

Oh! il n'est pas à craindre; il n'agit plus que d'après les inspirations de M»1' de Failly... Il vc , vient, sort dix fois en cinq minutes ! . il parait fort occupé d'un grand projet.

marion, attentive

D'un projet?...

LE COMMANDEUR

Oui, j'ai saisi à la volée quelques mots... de chapelle des Jésuites... à la nuit tombante... de mariage secret...

marion, frappée.

De mariage secret?...

LE COMMANDEUR

M"'c de Failly lui disait : « Ne perdez pas une minute, ou elle vous échappe. »

LA MARQUISE DE SENNETETIRE

Onelle vous échappe?... (A part.) Ci ol ! ce mariage... c'est pour moi!... etc'est elle quilepoussc! LE commandeur, </' un air fin.

J'ai compris qu'il éf ail question du mariage avec la nièce du cardinal, et je lui ai soufflé à l'oreille: «Vous ne pouvez mieux faire; épousez-la, mon cher.»

MARION, haussant les ('paulcs.

Vous lui avez dit cela ?

LE COMMANDEUR

Parbleu! ça l'a décidé... il est sorti sur-le-champ; mais, dix minutes après, un de ses pages s'est approché de M""-- de Failly et lui a glissé un billet en lui disant à mi-voix : « C'est pour ce soir. »

MARION

Pour ce soir!... Et ce billet?

LE COMMANDEUR

Papier rose, parfumé... elle a tout quitté pour le lire, et sa figure s'épanouissait de joie. (Se frottant les mains.) Je crois que d'un côté ou de l'autre l'affaire est en bon train!... j'ai mené cela chaudement.

marion, furieuse

Maladroit!...

LE COMMANDEUR, étOWlé.

Comment?

MARION

Vous ne voyez pas que je suis trahie!. .<

le commandeur, de même.

Par qui?

Par cette femme !

LE COMMANDEUR

Mmede Failly?

MARION

Eh! ce n'est pas madame de Failly!..

LE COMMANDEUR, étourdi.

Qu'est-ce que vous me dites là ?

MARION

Une inconnue!... une coquette fieffée!... qui en sait plus que moi.

LE COMMANDEUR

Pas possible!

MARION

Qui, sous prétexte de me demander conseil pour ramener un infidèle, s'est introduite avec un air d'innocence, d'ingénuité... Moi, qui suis toujours dupe de mon bon cœur, car je ne me corrigerai jamais , je l'ai accueillie, jelui ai donné tousmes secrets!

LE COMMANDEUR

Oh! quelle imprudence ! Est-ce que l'on confie jamais ces choses-là ?

MARION

Et elle en abuse pour jeter le désordre dans ma maison... pour m'enlever toutes mes conquêtes !

Quelle horreur, qu'il y ait des femmes pareilles!

MARION

Et que ce soit la province qui nous les envoie!... Mais je ne me laisserai pas jouer ainsi; <" "3qu'elleose s'attaquer à moi...

LE COMMANDEUR

Vous ferez bien; il ne faut pas souffrir...

li elle est,, je ne puis deviner son

projet.

LE CÇ .1 INDEUR

Voilà la tête qui part!

marion, se jetant dans un fauteuil

Ah! que je suis malheureuse !

LE COMMANDEUR, (i lll' a / r tir Compassion.

Pauvre femme!

marion, comme frappée d'une idée subite. Ce mariage avec Cinq-Mars, qui lui tient tant au cœur, cache un dessein séN et ; c'est pour m'occuper et m'empécher de voir... Oui, elle est venue ici pour quelqu'un, je saurai qui ! (Allant à Gaucher.) Voyons, mon bon Gaucher, vous êtes mon ami, vous, mon véritable ami; aidez-moi donc un peu: Comment accueillc-t-ellc Villarceaux?

le commandeur.

Elle lui sourit très-agréablement.

marion, â elle-même.

Ce n'est pas pour lui.

Cane peut pas être pour moi!

MARION

Ah! commandeur!

le commandeur, d'un ton (iffirmatif.

Non; je dis, cane peut pas être pour moi, c'est clair.

marion.

Brissac? Gondy? Saint-Évremont?

le commandeur.

Elle leur fait des mines.

marion, après un temps.

Et Léonard ?

LE COMMANDEUR

Oh ! elle ne le regarde pas, elle n'y fait pas at tention.

marion, à part.

C'est pour lui, j'en suis sûre! Oui, ce qu'elle me disait ce matin d'un ancien amant, et tout-à-l'heure le trouble, l'inquiétude de Léonard... Mais celui-là, on ne me l'enlèvera pas ! Qu'elle.prenne tous les autres, j'y consens; mais Léonard que j'aime, que j'aime mille fois plus depuis que je suis menacée de le perdre... jamais ! je ressaisirai mon empirt sur lui, je renverserai tous les obstacles.

Elle passe à droite.

le commandeur, cherchant à comprendre

Je n'y suis plus du tout.

marion, à pari

Et Cinq-Marsqui a ma parole; impossible de refuser un mariage que jjai demandé moi-même: ce serait m'exposera sa vengeance. Pour Léonard, la Bastille, pour moi les persécutions, les rigueurs de la cour, l'exil; que sais-je? Ah! comment conjurer... (Avec résolution.) En fuyant avec Léonard... à l'instant... Oui, d'un seul mot je l'y déciderai, et une fuite avec lui, devant elle, sous ses yeux, c'est encore la victoire! (Haut.) Commandeur!

LE COMMANDEUR

Nous voilà dans le coup de feu!

MA1UON.

Vous m'êtes dévoué?

LE COMMANDEUR

Comme au cardinal.

MARION

Je suis dégoûtée du monde, de toutes ses intrigues... je veux m'en éloignera l'instant, en secret!...

LE COMMANDEUR

Une retraite! c'est mon fort.

MARION

Avec un seul ami.

LE COMMANDEUR

Un seul ami! (À part.) Je devine, elle n'a plus que moi. (Haut.) Ah! Marion! je vous comprends. (A pari.) J'étais bien sûr que je finirais par arriver. Je recueille enfin le -fruit de ma patience, j

MARION

Puis-je compter sur vous?

LE COMMANDEUR

Toujours, et croyez que ma reconnaissance ..

MARION

Pas un mot de plus.

LE COMMANDEUR

Tout ce que vous voudrez.

MARION

Du silence ; une voiture simple, sans armes, surle-champ, dans le jardin, par la rue des Tournelles. {Montrant la droite et poussant un ressort rjui ouvre lapelile porte.) Cet escalier dérobé y conduit.

LE COMMANDEUR

Bien vu !

MARION

Attendez mes ordres, et... (douant venir Henriette.) Mmc de Failly ! Sauvez-vous!

LE COMMANDEUR

Tout le mystère d'une bonne fortune ; me voilà monté de dix crans!

11 disparait par la petite porte, (fui se referme sur lui. u\wvvv\uvw\\u\xx\vv\v\\\\\v\vv\\u\vun\u>vuv\\u\v\n

SCÈ\TE V.

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