SAB1MUS
Je ne te comprends plus.
LEPIDUS
Moi ! que je me hasarde A courir à travers les plaines et les bois, Chassé par des soldats comme un cerf aux abois, Ou, comme Marius, en mes terreurs nocturnes, A m'enterrer vivant aux marais de Minturnes! Moi! que j'aille, d'un jour pour retarder malin, Subir le froid, le chaud, et la soif et la faim , Oh! non pas!
ANNIUS
Cependant la torture ou la fuite...
LEPIDUS
N'est-il pas un moyen de tromper leur poursuite, Dis?
SABINCS.
Je n'en connais pas.
Sabinus, sur mon sort Ton amitié t'aveugle; il en est un.
ANNIUS
La mo. ', N'est-ce pas?
LEPIDUS
Allons donc!
SABINUS
Toi, mourir à ton âge?
Impossible.
LEPIDUS
Et pourquoi vivrais-jc davantage?
L'homme ne compte pas par les temps accomplis, Frères, mais par les jours lumineux et remplis : J'ai vu dans les plaisirs ma jeunesse ravie, Si bien que j'ai vécu toute une. longue vie. Laissez-moi donc mourir, mes frères, il est temps; C'est un bienfait des Dieux de mourir à vingt ans,
Et de ne pas sentir de nos jeunes années Se sécher à nos fronts les couronnes fanées. Aujourd'hui pour jamais si je ferme les yeux , Je meurs candide et pur, croyant encore aux Dieux, Au bonheur du foyer, à la douce patrie, A l'amour consolant, à l'amitié chérie ; Tandis qu'en attendant, dépouillé de tout bien, Peut-être je mourrais ne croyant plus à rien. Puis, fidèle auditeur des paroles du maître, D'avance, à ce moment, j'avais du me soumettre, Et c'est bien! car plus tôt que je ne l'espérai La mort, qui vient à moi, me trouve préparé. D'ailleurs, qu'est cette mort tant crainte par les
[hommes?
Un voile entre Phœbus et la terre où nous sommes. Si le mal et le bien naissent du sentiment, Le sentiment éteint, l'homme, au même moment, Cesse de distinguer le plaisir delà peine, Il est libre, que d'or ou de fer fût sa chaîne, La mort n'a point de prise aux esprits résolus, Je suis, elle n'est pas; elle est, je ne suis plus.
ANNIUS
Lepidus?
SABINUS
Frère?
LEPIDUS
Assez.
Faisant signe à l'esclave des bains.
Esclave!
l'esclave.
Maître ?
LEPIDUS
Avance.
Dans une chambre, enfant, prépare-moi d'avani*- Un bain voluptueux, tiède et parfumé, Où l'on puisse dormir d'un sommeil embaumé. Va.
L'esclave rentre.
SABINCS.
Tu veux donc toujours?
lepidus, lui passant au cou son collier d'or.
Cette chaîne est la tienne, C'est le don d'une jeune et belle Athénienne;
A Annius
Ce poignard est à toi ; quand tout te manquera, C'est un ami fidèle et qui te secourra. Maintenant, quittons-nous, car mon destin s'achève. Le maître a dit : La mort estun sommeil sans rêve ; Adieu, je vais mourir!
ANNIUS
0 Lepidus! un Dieu Bientôt le vengera.
lepidus, sur le seuil des bains.
J'en ai l'espoir, adieu!
Il entre. Les deux amis se confondent dans la foule.
LE PEUPLE
Un courrier! un courrier!
afranius, le regardant.
Criant.
L'oncle de César. Place.
CALIGTJLA.