I.0UIS
Non, mon père.
Vous êtes demeuré bien long-temps à la guerre; 11 n'y faut plus aller, vous resterez ici; .Virai pour vous ; mon frère ira pour vous aussi. Il se bat bien.
Philippe, au jeune enfant.
Comment! ma belle tête blonde...
LOUIS
Quand il trouve une épée , il frappe tout le monde, lit tout le monde fuit.
riiu.ippE.
O vrai Dieu ! quelque jour Tu seras le plus beau chevalier de la cour Et le plus redouté. Nous verrons ta bannière Aux combats d'Orient s'élancer la première. Tu feras, mon bel ange, un vaillant paladin , Et malheur aux soldats du roi Sala-Eddin! En attendant, il faut écouler ta nourrice, Etre docile et bon, afin qu'on te chérisse; A frapper sur nos gens ne pas trop l'enhardir, Et prier le bon Dieu qu'il te fasse grandir.
Il le Laise au front.
]\1ais toi, Louis, d'où vient cette tristesse empreinte Sur ton front? aurais-tu quelque sujet de plainte?
louis, avec effusion.
Mon père, embrassez-moi.
PHILIPPE
Tu m'aimesdonc, Louis?
LOUIS
Si je vous aime!
PHILIPPE
Eh bien ! tu vas juger, mon fils, Si je t'aime à mon tour. Vois-tu sur mon visage Ces rides que je dois plus au chagrin qu'à l'âge ? Et ce front jeune encor, dépouillé de cheveux? .le n'ai pas quarante ans et je suis déjà vieux. Tout cela m'avertit que mon heure est venue. Ce château dont les tours se perdent dans la nue, Ces troupes de soldats qui tremblent à ma voix, Ces barons mes vassaux, ce Paris que tu vois, Qui s'agite là-bas de joie et de souffrance, Ce sceptre redouté, ce beau trône de France, Demain je quitte tout, demain tout est à toi, Je serai ton sujet et tu seras mon roi.
LOUIS
Demain!
PHILIPPE
Oui, c'est demain que ton règne coin menée.
LOUIS
C'est un immense honneur.
PHILIPPE
C'est une charge immense LOI is.
Qu'aurai -je à faire ?
PHILIPPE
Un peuple entier à rendre heureux.
LOUIS
Et cela se peut-il?
PHILIPPE
Le soleil généreux Avec profusion verse sur tout le monde L'éclat de sa lumière et sa chaleur féconde; La terre où Dieu nous mil, monarques et sujets, Couverte de moissons, de (leurs, et de forêts, [mes, La terre est rich.e assez pour nourrir tous les boin- Tous ont droit au banquel, et nous, rois, nous ne
[sommes Que les distributeurs des biens donnés par Dieu.'
LOUIS
C'est un noble devoir.
PHILIPPE
Oui, mon fils; mais bien peu Le savent accomplir; car souvent il arrive Que sous les yeux du maitre, insoucieux convive. Quelques-uns prenant trop, d'autres n'ont point De là haine et discorde. [assez;
louis, ressentant les atteintes du poison. Hélas! et vou» pensez Que je pourrai...
PHILIPPE
Ta main se glace dans la mienne.
louis, poussant un cri étouffé.
Ah ! mon père !
pniLippE.
Bon Dieu ! quelle pâleur soudaine!
Qu'as-tu donc, mon Louis?
LOUIS
Rien, mon père, plus rien.
PHILIPPE
Tu souffres, cher enfant?
LOUIS
Je suis mieux, je suis bien.
J'ai senti dans mon cœur comme une froide épée, La douleur à présent est toute dissipée, Rassurez-vous.
PHILIPPE
D'où vient tout cela, mon ami?
LOUIS
Je me suis couché tard et j'ai bien mal dormi ; Dans la nuit j'ai vingt fois éprouvé même chose.
Philippe, à la gouvernante.
Remmenez cet enfant, et faites qu'il repose.
Il lui touclie les mains.
Il a froid. Dans sa chambre allumez un grand feu. Veux-tu que je te suive?
LOUIS
Oh! non,monpère, adieu!
Il emhrasse son prère avec énergie.
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PHILIPPE, LABROSSE, dans un étal d'anxiété continuelle.
PHILIPPE. [u'e
Ce» enfant n'est pas bien, chambellan; que voussem ■
PHILIPPE III
De ce sommeil trouble parla douleur? je tremble Quand je vois la pâleur sur ce beau front souffrant, Car ainsi m'apparut Isabelle en mourant. Mon enfant est malade, il se plaint, il soupire; El e'est dans ce moment que le poids de l'empire Choirait sur lui ! non, non, ce serait lâcheté... Mais peut-il long-temps fuir cette nécessité? Mais moi mort tout-à-fait et scellé dans la tombe, C'est sur lui, pauvrcenfant,quelefardcauretombe; Héritage fatal! il en mourra. — Souvent, Quand je vois du pays les malheurs s'aggravant, Il me vient à l'esprit de bizarres pensées : Ces charges de l'Etat sur un seul amassées, Ce grand pouvoir royal, il nie semble parfois Que c'est chose mauvaise aux peuples comme aux
[rois ; Que mieux vaudrait laissera nos libres communes Le souci 'le leurs lois, le soin de leurs fortunes, Et, comme aux temps anciens, que le peuple assemblé Se chargeât du travail dont je suis accablé. Ne vous semble-t-il pas que l'idée est féconde Et pourrait quelque jour rendre la vie au monde? Qu'en pensez-vous?
LABROSSE
Le mal qui corrompt à la fois Et le bonheur du peuple et le repos des rois N'est pas dans le pouvoir royal lui-même, sire, Ce n'est pas le pouvoir royal qu'il faut détruire; Ce sont vos grands vassaux, comtes, ducs et barons : Parleurs châteaux oisifs, repaires de larrons, Nos champs sont appauvris, nos villes désolées. Ces sauvages tyrans, dans leurs tours crénelées, N'ont de loi que la force et de maître que Dieu. C'est là qu'il faut porter et le fer et le feu. De leurs débris féconds que la France se couvre! Il faut qu'un seul château reste debout, le Louvre. Il faut qu'on ne distingue au-dessus de la loi, Dans nos vastes états, qu'un seul homme, le roi ! Alors la royauté , puissante et révérée, Sans peine accomplira sa mission sacrée, Libre de trahison, exempte de souci.
Philippe, avec exaltation.
Cette royauté-là, je l'ai rêvée aussi!
J'aime cette hardie et vaste politique.
Qui nous empêcherait de la mettre en pratique ? Quand tout sera tombé sous le fer et le feu , Nous referons les lois selon l'esprit de Dieu. Quel immense horizon à mes yeux se déploie! Je me sens inondé d'une ineffable joie! Mon avenir va donc réparer mon passé.
Je puis donc être utile aux hommes ! .. . Insensé ! Moi, pauvre roi vaincu, régénérer la terre! Que l'homme esta lui-même un étrange mystère!
Je suis comme la voile attachée à son mal Que tantôt le vent gonfle et que le calme abat; Quand le souffle d'en-haut pénètre dans mon ame, Je me crois emporté sur des ailes de flamme, Je domine l'espace et plane sur les temps; Alors, je me sens roi, je suis fort, j'ai vingt ans; Puis, tout-à-coup, ce feu sur lui-même retombe, Mon cœur faiblit, je souffre, et je pense à la tombe. — Voilà le mal cruel dont je suis travaillé. C'est que Dieu m'a trop tût sur la terre envoyé ; C'est qu'il est une marche imprimée aux empires Où le vouloir des rois, les meilleurs et les pires, Vient se briser. — Ami, regardez en effet, J'aime, je veux le bien, c'est le mal qui se fait; J'entends de tous côtés des cris dont mon cœur sai-
[gne.
0 tourmens! dans les pleurs voir s'éteindre mon
[règne 1 Et mourir méconnu, ne laissant après moi Peut-être que le nom haï d'un mauvais roi ! Pardon, mon Dieu, pardon; ta volonté soit faite. Mais j'espère du moins qu'en ma sainte retraite Je verrai mon enfant roi puissant et chéri. Déjà cet avenir m'a mille fois souri; De son règne adoré je bénirai l'aurore...
Sourde rumeur au dehors.
Allons, quelques beaux jours me sont permis encore Eh quoi, cher chambellan , vous ne m'écoutez pas I
Grand ]>ruil. Grand tumulte.
Quels cris?. ..vous pâlissez! — Qui porte ici ses pas? D'où viennent ces clameurs ? cette foule en délire ?
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