PHILIPPE, LE DUC, LE CORDEL1ER
Le duc en entrant donne 'a sa suite Tordre de rester dans la galerie du fond ; deux hommes avec des flambeaux restent à la porte.
Philippe, faisant des efforts pour se tenir debout.
Arrivez, beau cousin, vous serez de la fête!
On attaque mon Louvre. Ils se sont mis en tête
Un singulier dessein. Me détrôner! Pardieu!
Notre pavillon blanc vaut leur pavillon bleu!
Philippe-le-Hardi contre eux tous tiendra ferme. Il se laisse tomber sur un siège.
Sont-ce les Espagnols ou les gens de Palerme?
Sont-ce les assassins d'un peuple ou de mon fils? le duc.
Philippe, écoulez-moi; remettez vos esprits.
Ce peuple qui murmure et qui vous environne
N'accourt point avec moi vous ravir la couronne.
Nous venons à vos coups signaler le pervers
A qui la France doit sa honte et ses revers.
C'est votre chambellan.
Au cordelier
Approchez.
Quel abime!
LE CORDELIER
Sire, je viens sauver une auguste victime. 11 est temps, révoquez un arrêt insensé. A l'infant d'Aragon ce message adressé Vous marquera sur qui doit choir votre colère.
Philippe, se levant.
Le sceau royal !
[1 lit rapidement.
Amis, quel jour subit m'éclaire?
C'était lui! c'était lui! j'ai frappé l'innocent! Marie! ah ! qu'ai-je fait? elle est morte! — Du sang! Ah! du sang! courez tous; mort ou \if, qu'on Malheur s'il nous échappe! [l'amène !
le duc, au cordelier.
Il croit morte la reine.
Je cours la chercher. Vous, veillez bien sur le roi.
11 sort.
PHILIPPE
Je tombe à vos genoux, vieillard, priez sur moi 1 J'ai commis un grand crime : elle était belle, pure Et sainte, et sur la foi d'une lâche imposture, Cette main l'a poussée à la mort...
11 lui présente son épée.
Tuez- moi !
LE CORDELIER
Sire, vous n'êtes point coupable...
Philippe, apercevant Labrosse, pousse un cri et se dresse.
Ah! je le voi!
Éteignez ces flambeaux. . .
Les flambeaux s'éteignent, le roi brandit sou épée. C'estDieu qui me l'envoie.
Ouvre, ouvre-toi, mon cœur, à ta dernière joie!
SCEÎSE IX.
Les Mêmes, LABROSSE, dans le plus ijrand désordre.
La scène est dans une demi-obscurité, le cordelier sur la gauche s'agenouille et prie.
A moi, sire! au secours! Vernais est étendu, Là, dans son sang!...
Voyant le cordelier.
Cet homme ici! je suis perdu !
Philippe, le saisissant à la gorge.
Oui, sans miséricorde! — Empoisonneur infâme I
Si l'enfer d'où tu viens n'a pas repris ton ame,
Hâte-toi de l'offrir à Dieu, qui t'a jeté
Sous ce fer, dans mes mains par toi-même apporté.
Meurs donc !
labrosse.
Oh! grâce!
Philippe, élevant son épée, avec enthousiasme. A toi, ma femme bien-aimée!
Grâce !
A toi, mon (ils!
LABROSSE
Grâce !
PHILIPPE
A toi, ma brave armée !
Il le tue, Labrosse tombe, Philippe recule épouvanté, laisse tomber son épée, et demeure frappé de stupeur, la bouche béante et les yeux fixes, un genou en terre. Toute la course tient au fond. (La scène s'éclaire).
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