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SCÈNE VII

LE VICOMTE, toujours à gauche, près delà table, lisant et tournant le dos aux autres interlocuteurs; DE GUIBE-RT, COQUENET, HEP1- MIN1E, entrant par une des portes à droite, et s'arrètant un instant devant une des glaces qui sont près de la porte.

COQUENET.

Ah! mon Dieu! c'est-là ta femme?..

DE GUIBERT

M1" de Guibert!..

COQUENET.

La sœur du ministre ?

DE GUIBERT, allant au-devant d'elle.

Elle-même... je vais le présenter*.

FIERUINIE.

Enfin , Monsieur, vous voilà! et ce n'est pas sans peine ! prendre le bateau à vapeur jusqu'au Havre pour arriver plus vite...

DE GUIBERT

Nous allions comme le vent... Mais que veuxtu!., trois cent cinquante passagers... au lieu de quatre-vingt... le tout par égard pour l'ordonnance de police... Nous touchions fond à chaque instant... de sorte que mon voyage maritime... s'est fait... par terre... (Riant.) Je suis destiné aux aventures... Voici, chère amie... j'ai l'honneur de te présenter...

(11 remonte le théâtre pour chercher Coquenet , et Herminie aperçoit, en l'ace d'elle, le Vicomte, qui vient de se lever; elle passe près de lui.**) HERMINIE.

Monsieur de Saint-André!..

DE GUIBERT, riant et lâchant la main de Coquenet.

Le petit Vicomte*., ici... à Dieppe... Qui diable l'amène?.. Il vient me demander sa revanche... le billet de mille francs... les dix fiches que je lui ai gagnées , avant hier, au whist !.. Ça va... je ne demande pas mieux.

LE VICOMTE

Non, vraiment, je ne m'y exposerai pas... vous eles trop heureux... M. de Guibert... tout vousréusit... Après cela , ce n'est pas votre bonheur au jeu que j'envierais le plus... ici, surtout.

BERMINIE.

Savez-vous qu'on a raison de venir à Dieppe , ne lùi-ce, Monsieur, que pour vous apercevoir... car, à Paris, ou ne vous voit plus... c'est indigne...

, Coquenet, qui a lemonté

• Le Vicomte, ■!'■ Guibert, II ■ 1 du théâtre.

1 Le V Uerniiute ; de Guibert, Coquenet.

la rc-

'aflïr-

1 E ul'iU. HT.

Je trois bien... il ne sort pas d<s coulisses de l'Opéra.

HERMINJE, ;'i son mari.

Où , sans doute , Monsieur le rencontrait ?

DE GUI «EUT

Du tout!., je le sais par ouï dire... j a: Dominée...

HERMINIE , à son mari.

Avec qui, en effet, vous êtes Tes bien. Vkomie.) Et \ ous venez à Dieppe.'..

LE vicomte, gravement.

Par régime, Madame... par sagesse.

HERMINIE

En vérité!..

le vicomte, (ie même.

C'est comme j'ai l'honneur de vous mer!..

DE GUIBERT

Allons donc... faites donc le discret... comme si on ne le connaisait pas... Il a des intentions... il va tous les ans faire des passions dans les départemens.

LE VICOMTE

Moi...

DE GUIBERT

Conquérir (Inique année de nouvelles provinces... l'as plus tard qu'il y a six mois... celte fameuse aventure, dont j'ai été témoin le vicomte, virement.

Une histoire impayable... invraisemblable... de quoi faire un drame romantique!., et si je vous la disais...

LE VICOMTE, avec colère.

Monsieur... vous m'avez donné votre parole de n'en jamais parler... ni à moi , ni à personne au monde...

DE GUIBERT, de même.

Aussi je n'en parie pas... je ne dis rien... 11 n'est pas moins vrai... que si je voulais...

LE VICOMTE, de mène-

Encore, morbleu!..

DE guibert, de même.

Mais je ne veux pas... je suis connu pour ma discrétion... et ma fidélité. .. à mes amis... A propos de ça... j'en ai un que j'oubliais... où donc CSt-il?.. (Se retournant vers Coqucnet, qui se tient à l'écart.) Avance donc!.. Voici, Madame, un de mes anciens camarades... que je vous présente...

HERMINIE

Monsieur...

DE GUIBERT

Monsieur Coqucnet, père de famille, propriétaire notable de la ville de Dieppe.

COQUENET.

Moi-même.

Nomme paisible et sans ambition, qui désire une place de quinze mille francs, ici, à Dieppe, pour servir sa patrie et être utile à ses concitoyens.

C0QLF.NET.

Moi-même...

DE GUIBERT

I \ càlomMh,

"-&*> .u bas de >a pétition... ACoquenet.j As-tu iu pétition?

COQUENET, cherchant dans sa poche.

J'en ai toujours!

DE GUIBERT

Ma femme se chargera de la présenter à mon beau-frère le minisire... N'cst-jl pas vrai? HERMINIE, froidement.

• :i Monsi ur!

I E GUIBERT

Comment, non?

iivnvjMK, froidement.

Je craindrais qu'on ne m'accusât de vouloir accaparer toutes les pjaces...

DE GUIBERT

Allons donc !

HERMINIE, de même.

C'est déjà trop d'avoir parlé pour mon mari... si j'osais demander plus, on me taxerait d'ambition... d'intrigues, peut-être.

DE guibert, à Coqucnet.

Et qui donc?., des sots et des imhécillcs... n'est-il pas vrai ?..

c.ooi enet, balbutiant.

Certainement... mais (Regardant Ilermlnie.) Quand on ne connaît pas les personnes...

DE GUIBERT

Tu as raison... des que ma femme!»1 connaîtra mieux, elle se décidera à parler pour toi.

COQUENET.

Je crains que non...

de guibErt, à demi-voix , avec importance. Je m'en charge... j'en fais mon affaire!., s'il le faut même... je dirai : Je le vcu\ '.. COQUENET, vivement.

Dis-le !

DE GUIBERT

Pas devant le momie?..

COQUENET.

C'est juste!

DE GUIBERT, lui prenant !e papier.

Laisse-moi ta pétition , et reviens.

UERMIME , qui pendant ce temps a causé bas avec ie Vicomte.

Oui, Monsieur, nous allons, avant le dîner, faire une promenade en mer, et je compte sur vous...

(Le vicomte s'incline et sort , par la porte à gauclie , pendant que Coqucnet sort par le fond.)

HERMINIE, s'assevant près de la table, à gauche; DE GUIBERT,

DE GUIBERT

Maintenant que nous sommes seuls... je te demande pourquoi tu n'as pas mieux accueilli mon ami Coquenet?

HERM1ME, toujours assise.

Votre ami ?

DE GUIBERT

Que je n'ai pas vu depuis quinze ans, j'en conviens... et nue amitié qui a eu quinze ans d'intérim n'est pas des plus violentes... mais c'est égal , je me suis mis en avant... on n'aime pas à ; voir l'air d'un zéro... et si ce n'est pour lui...

Et un mot de toi, chère amie... nn<> apostille ••"■■ ;'u moins pour moi; et pour ma considération

ktt'É 1 , aCÈKK VU!.

persouielleje te prie d>voïr i^gartl a cette pé-^pas à vérifier, et on vous croit un grand homme

tition

HERMIME, la prenant et !a jetant sur la table, et frappant dessus, de la main, avec impatience. Je vous prie, moi , île ne pl;ts m'en parler!..

DE GllRERT , avec vivacité.

Et moi. je veux!..

UI.UMIMF. , se levant.

Qu'est-ce «pic c'est?,.

de giirert, baissant le ton. Je veux savoir pour quelle raison?..

HERMIME.

La raison c'est que M. Coquenet est un sot ; c'est que votre ami est un ennemi, qui, ce matin encore et sans me connaître, a répété ici des calomnies sur moi et sur le Ministre.

DE GllRERT.

11 aurait répété de même des éloges, car de sa nature, il est de l'avis de tout le monde, ne contrarie jamais personne ; et si tu savais combien il est bon enfant.

HERMIME, scellement.

C'est assez, c'est trop nous occuper de lui... Quelles nouvelles de Paris ?.. avez vous vu mon frère? est-il venu avec vous?..

DE GUIBER.T.

Il n'arrivera que ce soir, il y avait conseil des ministres... il parait, comme tu me l'as dit, qu'il est question de remanier... de modifier le cabinet.

HERMIME.

Oui... un changement aux finances... lui avez- vous parlé ?

DE Ct IRERT.

J'ai hasardé qu(>Tques mots... qu'il n'a pas eu l'air de comprendre.

HERMIME.

C'est votre faute, il fallait aborder franchement la question ; il croit avoir fait beaucoup, en vous faisant obtenir cet emprunt... il vous croit enchanté.

Le fait est que je suis très content... HERMIME , avec vivacité.

Ce n'est pas vrai , vous ne l'êtes pas... et avec le haut rang que vous occupez dans la banque il vous faut plus que cela... il le faut... pour moi... sinon pour vous... oui, Monsieur, je ne porte envie à personne, mais je veux que personne ne l'emporte sur moi... je suis malheureuse, vous le savez, quand je vois une plus belle voiture, une parure plus brillante que la mienne... Eh bien! s'il faut vous le dire... j'ai une amie de pension , une amie intime dont le mari est ministre... je veux que le mien le soit aussi... ou tout au moins sous-secrétaire d'état... pourquoi ne le seriez-vous pas?

DE GUIBERT

Mais ma femme...

HERMIME, vivement.

A tout autre ministère, je ne dis pas... il faut des talens qui se voient!., mais aux finances, on en a sans que cela paraisse... des comptes, des calculs... c'est un mérite de chiffres, et vous serez placé là à merveille, je pose zéro... et re

sur parole.

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