‹ Magasin théâtralChapitre 341 sur 1377 · BELLEAU, LE VICOMTE DE SAINT-ANDRÉ, COQUENET · texte numérisé non relu

BELLEAU, LE VICOMTE DE SAINT-ANDRÉ, COQUENET

COQUENET, allant à lui et lui donnant la main. Bravo ! jeune homme, bravo ! une noble conduite qui vous fera honneur près des dames... toutes celles de la ville raU'ollent déjà de vous, à ce que m'a dit Mme Coquenet, et vous aurez encore plus de succès ici qu'à Paris

LE VICOMTE

Encore un à qui on ne l'ôtera pas de l'idée.

COQUENET.

Voyez-vous , ce qu'on estime le plus en province, c'est la discrétion!., peut-être, parce qu'elle y est plus rare qu'ailleurs.

LE VICOMTE

Mais, Monsieur...

Et puis, non-seulement c'est généreux... mais c'est adroit... Aussi, vous y gagnerez... car on gagne toujours à se bien conduire... et si vous étiez convenu de la moindre chose... vous étiez perdu.

LE VICOMTE

Comment cela, s'il vous plaît?..

COQUENET.

A cause du Ministre !.. qui eût été furieux... On ne se laisse pas impunément enlever une si jolie maîtresse.

LE VICOMTE , étonné et regardant Belleau , qui, de la tète , lui fait signe que oui.

C'est la maîtresse du Ministre?..

COQUENET.

Qui n'eût jamais accordé , à un rival , la place qu'à vous a promise... tandis que maintenant, et en récompense...

LE VICOMTE

Quoi, Monsieur... vous pourriez croire...

COQUENET.

Ce n'est pas moi qui le dis.... ce sont ces messieurs, vos amis intimes... qui prétendent que, d'ordinaire , vous ne défendez pas la réputation des dames... au contraire... mais que, dans cette occasion... et pour faire son chemin , on peut déroger , une fois , par hasard , à ses principes.

LE VICOMTE

Mais c'est une infamie... Moi, capable d'un mensonge, d'une bassesse, pour flatter un mi-t^s

»nistre, pour obtenir une place... Je suis donc* à leurs yeux, un indigne, un misérable... Ces1 pour cela que, tout à l'heure, Dervière a dé" tourné la tète et ne m'a pas salué...

COQUENET.

Allons donc , vous vous trompez.

LE VICOMTE

Non, non... et je lui en demanderai raison... Mais apprenez-moi tout... racontez-moi ce qu'ils ont dit?..

COQUENET.

Rien que d'inofl'ensif et de tout naturel... ils prétendent que, maintenant, vous voilà ministériel, et qu'avant trois mus, vous serez secrétaire d'ambassade... grâce à ce désaveu...

LE VICOMTE

Que je regrette maintenant... Oui, j'ai eu tort... c'est ma faute... et pour un rien, je dirais que c'est vrai...

BELLEAU

Dame !.. si c'est vrai , dites-le?..

LE VICOMTE

Eh non ! morbleu ! cela n'est pas !.. COQUENET, froidement.

Alors, ne le dites pas, et ça reviendra au même ! car maintenant , que vous le disiez ou non , ce sera exactement la même chose.

LE VICOMTE

Eh ! Monsieur, vous me feriez damner, et si vous n'étiez pas un homme respectable... c'est à vous d'abord que je m'adresserais...

COQUENET, effrayé.

Par exemple!..

LE VICOMTE , le rassurant.

Eh non !.. je sais bien que ce n'est pas votre faute, que vous êtes innocent de tout ceci... Mais enfin , je ne sais plus que dire , ni que faire... je n'oserai plus défendre cette jeune personne... Et d'un autre côté, cependant, et de peur de paraître ministériel , je ne peux pas trahir ma conscience et la vérité...

COQUENET.

Silence! voici le Ministre...

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