POLICASTRO, LE MARQUIS DE POLLA
POLICASTRO
Ce que c'est qu'un reflet du souverain pouvoir !... Mais voici le marquis; sur son front sans couronne D'un monarque en espoir la majesté rayonne.
(A Polla, qui sort des appartenions d'Aurélie.) La princesse a, je crois, confirmé mon rapport ?
POLLA.
Sans me parler de rien ; mais nous sommes d'accord. En dépit des témoins , les regards, le sourire, Me disaient hautement ce qu'on n'osait pas dire.
( Regardant autour de lui. ) Tout est prêt?
POLICASTRO
Vous voyez cet appareil pompeux Et ce fauteuil royal.
POLLA.
Un seul !
Et demain deux.
Nous verrons Votre Altesse...
POLLA , se retourant.
Hein?
POLICASTRO
J'ai dit Votre Altesse, Mais pardon...
POLLA.
Non , docteur, de vous rien ne me blesse.
( S'appuyant sur l'épaule de Policastro. ) Parlez encor, mon cher, sur le ton familier; C'est un dernier moment où je peux m'oublier. Vous êtes bien heureux, vous autres; votre sphère Aux lois de l'étiquette est du moins étrangère. POLICASTRO.
Tout n'est pas du bonheur dans votre auguste rang.
POLLA.
A la longue, on s'y fait; mais un malheur plus grand,
Ces! de dire à des gens gonflés de leur mérite ,
Et par qui cependant tout ici périclite,
A des gens qu'on aimait malgré leur nullité :
«Votre pouvoir passait votre capacité,
u Allez-vous-en!...» Voilà le malheur véritable;
Mais pour bien gouverner il faut, être équitable :
Ils s'en iront; c'est triste.
POLICASTRO
Événement fatal.
Qui fera, monseigneur, un plaisir général.
POLLA , avec hauteur.
Il m'importe fort peu qu'on m'approuve ou me blâme; Un soldat couronné dit ce qu'il a dans l'âme.
POLICASTKO.
Noble orgueil ! loin de vous les détours imposteurs ! Le talent sur le tronc est l'effroi des flatteurs.
POLLA.
Je vous nomme baron.
TOLICASTRO.
Et j'accepte d'avance.
(A part.^
Ce titre fera bien au bas d'une ordonnance.
POLLA.
Soyez toujours sincère et franc comme aujourd'hui , Et votre souverain vous promet son appui.
u sort)