‹ Magasin théâtralChapitre 440 sur 1377 · ALPHONSE , POLICASTRO · texte numérisé non relu

ALPHONSE , POLICASTRO

( Ils se regardent un moment sans parler. )

ALPHONSE

Qu'en dites- vous, docteur ?

POLICASTRO

Muet, déconcerté, Je suis comme étourdi du coup qu'on m'a porté. Je ne me sens pas bien.

ALPHONSE

Je perdais tout pour elle , Je ne m'en plaignais pas ; mais qu'on traite en rebelle, Qu'on chasse de la cour, sans égard, sans pitié, Celui dont j'exposai l'héroïque amitié, Ah! docteur!

POLICASTRO, se ranimant.

C'est ma faute. Après tout que m'importe? ALPHONSE , lui serrant la main.

Noble cœur !

POLICASTRO

J'aurai dit quelque vérité forte, Sans m'en apercevoir.

ALPHONSE

L'ami qui me vengea Lui devient odieux !

POLICASTRO

Elle règne, et déjà L'aspect d'un homme libre importune sa vue.

ALPHONSE

Hélas! je l'aimais trop : je l'avais mal connue.

POLICASTRO, avec mystère.

Dieu ! quel règne effrayant semble se préparer !

ALPHONSE

Oui ; ce n'est pas sur nous, docteur, qu'il faut pleurer, C'est sur l'État : les lois, la liberté bannie, Tous les droits méconnus !

POLICASTRO

Enfin la tyrannie!

Si d'échapper tous deux nous avons le bonheur, Car j'en doute, fuyons, en conservant l'honneur... ALPIIONSE.

Cette injuste beauté...

POLICASTRO

Cette cour mensongère.

ALPHONSE

Cherchons, pour y mourir, quelque rive étrangère!

POLICASTRO

Pour y vivre.

ALPHONSE

Oû l'on trouve une ombre d'équité.

POLICASTRO

Sans doute ; où le pouvoir aime la vérité.

Nous irons loin, très loin; mais je dis, je proclame,

(A voix basse.) Ici j'ose en partant crier... que c'est infâme, Que c'est une injustice, un despotisme affreux... Chut ! on vient : taisons-nous !

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