ALPHONSE , POLICASTRO
( Ils se regardent un moment sans parler. )
ALPHONSE
Qu'en dites- vous, docteur ?
POLICASTRO
Muet, déconcerté, Je suis comme étourdi du coup qu'on m'a porté. Je ne me sens pas bien.
ALPHONSE
Je perdais tout pour elle , Je ne m'en plaignais pas ; mais qu'on traite en rebelle, Qu'on chasse de la cour, sans égard, sans pitié, Celui dont j'exposai l'héroïque amitié, Ah! docteur!
POLICASTRO, se ranimant.
C'est ma faute. Après tout que m'importe? ALPHONSE , lui serrant la main.
Noble cœur !
POLICASTRO
J'aurai dit quelque vérité forte, Sans m'en apercevoir.
ALPHONSE
L'ami qui me vengea Lui devient odieux !
POLICASTRO
Elle règne, et déjà L'aspect d'un homme libre importune sa vue.
ALPHONSE
Hélas! je l'aimais trop : je l'avais mal connue.
POLICASTRO, avec mystère.
Dieu ! quel règne effrayant semble se préparer !
ALPHONSE
Oui ; ce n'est pas sur nous, docteur, qu'il faut pleurer, C'est sur l'État : les lois, la liberté bannie, Tous les droits méconnus !
POLICASTRO
Enfin la tyrannie!
Si d'échapper tous deux nous avons le bonheur, Car j'en doute, fuyons, en conservant l'honneur... ALPIIONSE.
Cette injuste beauté...
POLICASTRO
Cette cour mensongère.
ALPHONSE
Cherchons, pour y mourir, quelque rive étrangère!
POLICASTRO
Pour y vivre.
ALPHONSE
Oû l'on trouve une ombre d'équité.
POLICASTRO
Sans doute ; où le pouvoir aime la vérité.
Nous irons loin, très loin; mais je dis, je proclame,
(A voix basse.) Ici j'ose en partant crier... que c'est infâme, Que c'est une injustice, un despotisme affreux... Chut ! on vient : taisons-nous !
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