SCÈNE XV
PAOLO, ELCI.
PAOLO
Toi , ma fille !
ELCI.
A la bonne heure : au moins Vous me donnez mon nom.
PAOLO
Oui , ton nom.
Par mes soins Je veux vous retenir en cherchant à vous plaire ; Je veux vous enchaîner.
PAOLO
Je me laisserai faire.
ELCI.
Pour toujours !
PAOLO
Son regard , ses traits, ses blonds cheveux, Rappellent la Madone à qui j'offrais mes vœux.
ELCI.
Dont vos mains sur l'ivoire ont reproduit l'image ?
PAOLO
Que je te destinais.
ELCI.
Admirant votre ouvrage , Pour vous, soir et matin , je priais.
PAOLO
Comme moi , J'admirais le modèle et je priais pour toi.
ELCI.
Je disais : Qu'il revienne et me chérisse en père !
PAOLO
Moi : Qu'elle soit heureuse autant qu'elle m'est chère, belle, pure, adorable!
ELCI.
Et j'obtiens...
PAOLO
J'ai trouvé.
ELCI.
Plus que je n'espérais.
PAOLO
Mieux que je n'ai rêvé.
( Il s'assied en l'attirant vers lui. )
Quoi ! tu ne craignais p;is ma piété sévère ,
Qui peut blesser ici quelqu'un que je révère?
ELCI, tantôt debout près de son oncle, tantôt assise gui le
bra de son fauteuil.
Non, car je comptais bien mettre la paix ici Entre vous et quelqu'un que je révère aussi
PAOLO
Sois donc par ta douceur l'ange qui nous rapproi hi Sois mon conseil.
ELCI.
Comment?
PAOLO
Veux-tu?
Jusqu'au reproche Vous écouterez tout?
PAOLO
Avec humilité :
Des lèvres d'un enfant descend la vérité.
ELCI.
Alors je vais remplir mon grave ministère.
PAOLO
Déjà !
ELCI.
Vous avez peur ?
PAOLO
Moins que toi.
ELCI.
Si ma mère Traite certain sujet avec un peu d'aigreur, Vous serez indulgent?
PAOLO
Comme on l'est pour l'erreur.
ELCI.
Sans répondre ?
PAOLO
Pourtant...
ELCI , d'un air suppliant.
Sans répondre.
Sa grâce Me désarme d'avance.
ELCI.
Et c'est convenu ?
PAOLO
Passe :
Je saurai me contraindre.
ELCI.
En cercle, quand le soir Tous quatre autour du feu nous viendrons nous asseoir , Ne vous offensez pas si je prends soin moi-même De placer sous ses yeux le seul livre qu'elle aime. ■
PAOLO
Lequel ?
ELCI.
La Bible.
PAOLO
Elci, c'est un livre sacré.
ELCI.
La bible... de Luther.
UNE FAMILLE AU TEMPS DE LUTHEK
l'AOLO, se levant à demi.
Qu'entends-je ? Et je verrai , Sans le mettre en lambeaux!...
ELCI, i(ui le fait rasscoii en lui passant ses bras autour du cou.
Pendant cette lecture Vous me regarderez.
l'AOLO.
Charmante créature!
ELCI.
Nous causerons de Rome.
PAOLO
Oui.
ELCI.
Nous lirons tous deux.
PAOLO
Saintement.
ELCI.
Mais bien bas, sans nous occuper d'eux.
PAOLO
D'eux!... Comment? Que clis-tu?
ELCI.
C'est chose naturelle Qu'il ait sa liberté, s'il veut lire avec elle.
Qui donc, Elci?
ELCI.
Mon père.
PAOLO
Eh quoi !...
ELCI.
Ne craignez rien :
Il respecte mon culte en pratiquant le sien.
PAOLO
Le sien!
ELCI.
Bon comme lui , vous suivrez son exemple, Et, le jour du Seigneur, quand ils iront au temple...
PAOLO, se levant.
Au temple !
ELCI.
Qu'avez-vous ?
PAOLO
Aurait-il abjuré?
ELCI.
Pas encor.
PAOLO
Mais cet acte, il n'est que différé?
De quelques jours.
PAOLO
Mon frère !... Au temple !... Est-il possible?
ELCI.
Ne me regardez pas avec cet œil terrible.
PAOLO
Affirmer qu'il abjure, et c'est vous qui l'osez!
ELCI.
Je tremble.
PAOLO
Savez-vous de quoi vous l'accusez?
Moi
D'un crime.
Qui? moi !
PAOLO
C'est (aux : j'en ai pour gage Sa voix, ses traits émus et son touchant langage, Ses pleurs que sur mon front je crois encor sentir: C'est faux , c'est un mensonge.
ELCI.
Aurais-je pu mentir?
TAOLO.
Ah ! cet accent si vrai , qui m'éclaire et me tue, Anéantit l'espoir dans mon ame abattue.
Malheureux !
ELCI.
Et par moi !
PAOLO, avec violence.
Mais il ne le peut pas ; Mais je me jetterais au-devant de ses pas; Mais je mettrais ma main sur sa bouche infidèle; Mais, non ; mais de ces bras l'étreinte fraternelle, Lui comprimant le cœur dans un dernier adieu, Étoufferait sa voix prête à blasphémer Dieu : Il ne le peut pas, non; renier sa croyance, Non , renier son Dieu n'est pas en sa puissance.
BeBeeaeaeeaeeeeeaeeaeaaeeeaeaeeeaeaeeaeeeoaeeeeeaeaûeeaeoe s&oeeo