‹ Magasin théâtralChapitre 510 sur 1377 · LUIGI, PAOLO · texte numérisé non relu

LUIGI, PAOLO

LUIGI

Condamné dans ton cœur, j'ai droit de me défendre, Paolo.

PAOLO , voulant s'éloigner.

Laissez-moi.

LTJIGI.

Demeure; il faut m'entendre, Maintenant ou jamais.

PAOLO, faisant un pas pour sortir.

Jamais.

LriGi.

Séparons-nous.

PAOLO, qui revient et s'arrête sans le regarder. Qu'avez-vous à me dire et que me voulez-vous ?

LUIGI

Plaise au ciel que ma voix jusqu'à ton ame arrive ! Car pour notre amitié cette heure est décisive.

PAOLO

Parlez.

LUIGI

En ennemi tu détournes les yeux :

Regarde-moi , mon frère, et tu m'entendras mieux.

PAOLO, avec émotion , en le regardant.

Ah! Luigi ! ta croyance est-elle encorla mienne?

LUIGI

Je ne te répondrai que ma main dans la tienne.

PAOLO , lui serrant la main.

Réponds.

LUIGI

Instruit de tout , devrais-tu l'exiger,

UNE FAMILLE AU TEMPS DE LUTHER

lit

Ce! aveu qui me coûte et qui va t' affliger?

PAOl.O , qui s'éloigne Je lui.

Tu l'as donc résolu ? C'est vrai? Tu me déclares Que pour l'éternité de moi tu te sépares?

LUIGI

Calme-toi.

PAOLO

Je le veux : rien encor n'est perdu.

LUIGI

On supporte avec peine un coup inattendu.

PAOLO

Puis , l'espoir qui renaît nous le rend moins sensible.

Le temps adoucit tout.

PAOLO

A Dieu tout est possible.

LUIGI , (jui se rapproche de son frère.

Indulgents l'un pour l'autre, on s'apaise en sentant Que , sans penser de même , on peut s'aimer autant.

PAOLO, de même.

L'opinion de l'un, l'autre en tin la partage, Et l'on est étonné de s'aimer davantage. Un de nous doit errer.

LUIGI

Qu'importe?

PAOLO

Si j'ai tort, J'en conviendrai , Luigi.

LUIGI

Pour vivre en bon accord , N'est-il pas des sujets qu'il faut nous interdire?

PAOLO

Aucun.

LUIGI

Tu crois?

PAOLO

C'est sûr.

Quoi que nous puissions dire, Nous resterons amis.

PAOLO , avec tendresse.

Toujours !

LUIGI

De quel fardeau Tu soulages mon cœur !

PAOLO, l'embrassant.

Amis jusqu'au tombeau.

(Il se rassied et invite du {«este son frère à l'imiter.) Parlons donc franchement. Cher Luigi , je m'étonne, Mais sans m'en irriter, que mon frère abandonne L'humble paix du chrétien qui n'a jamais douté , Pour l'orgueilleux plaisir de l'incrédulité.

LUIGI

Moi , ce qui me surprend , sans que je m'en offense, C'est qu'un esprit si droit par habitude encense, Avec un vieux respect qui n'est plus de saison , Des abus avérés que proscrit la raison.

PAOLO

Triste fruit des discours, des livres d'un sectaire !

LUIGI

Les as-tu lus ?

PAOLO

Moi? non.

LUIGI

Fais-le donc.

Pour le faire Je les méprise trop.

LUIGI

Avant de condamner, Tu conviendras pourtant qu'il faut examiner.

PAOLO

Quoi ? les rêves d'un fou?

LUIGI

Que plus d'un sage écoute.

PAOLO

Le lire ou l'écouter, c'est admettre qu'on doute.

LUIGI

Douter c'est faire un pas.

PAOLO

Vers le mal.

LUIGI

Vers le bien.

PAOLO

Nous différons d'avis.

LUIGI

Tu crois tout.

PAOLO

Et toi , rien.

Je crois sans fanatisme.

PAOLO

On est donc fanatique En ne se traînant pas aux pieds d'un hérétique?

LUIGI

Voilà votre grand mot !

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