I.UIGI
Eh bien !
Admets que je l'ai dit.
PAOLO , après un silence.
Je m'y devais attendre.
Luther te saura gré d'une amitié si tendre.
LUIGI
Ejfrcor!
PAOLO
Mon Dieu ! je pars ; mais j'ai la liberté De reprendre chez toi ce peu que j'apportai ? Tu m'en laisses le temps?
LUIGI , avec embarras , en arrêtant son frère au bord de l'escalier.
Voici la nuit.
Qu'importe?
LUIGI
Le ciel est orageux.
PAOLO
En refermant ta porte , Sous ce toit fraternel, où je n'ai pas dormi, Tu te riras dos vents; et qui sait? un ami, Ton moine, s'il survient, prendra ma place vide; Mais que ton frère absent dehors marche sans guide, Trouve un gîte dans l'ombre ou doive s'en passer, Le bienvenu Luther t'en voudrait d'y penser.
LUIGI
Toujours !
PAOLO
De l'eau du ciel , des coups de la tempête, Quelque portail d'église abritera ma tête, Et sur la froide couche où tu m'auras jeté, Par celui qui voit tout je serai visité. ]Nul ne viendra du moins me disputer la pierre Où cet hôte divin fermera ma paupière :
On est sur de l'abri qu'on cherche dans ses bras ; Lui vous recuit toujours et ne vous chasse pas.
Tu peux jusqu'à demain retarder ton voyage.
paolo. [courage.
Comment! le cœur te manque? Allons, reprends Au reste, près d'ici prolongeant mon séjour, Je veux de ton triomphe attendre le grand jour : Il est fixé, sans doute, et la veille... Pardonne; Car j'abuse du temps que ta pitié me donne. Adieu , parjure !
LUIGI
Adieu.
(Paolo monte les degrés qui conduisent à sa chambre.)