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SCÈNE XXVIII

PAOLO, ELCI, THÉCLA, puis LUIGI.

THÉCLA , du dehors.

Sanglant! frappé dans l'ombre!... Un meurtre!... (En entrant.) [Des secours!

Des secours !... Non ! mort, mort !

ELCI.

Mon père!

THÉCLA

Elei, viens, cours.

Viens, mon fils, courons tous; qu'il rouvre sa pau-

[pière Sous les embrassements de sa famille entière !

ELCI, apercevant Luigi.

Ah ! que vois-je? c'est lui !

THECLA , qui s'élance pour le soutenir.

Ton père assassiné !

LUIGI

Paolo! ton ami jusqu'à toi s'est traîné.

paolo, à part.

Mon ami !

ELCI , à son père.

Mes baisers vous rendront à la vie; Ils vont vous ranimer.

LUIGI , se laissant tomber sur un siège. La force m'est ravie.

THÉCLA, à Paolo.

Vois mes pleurs, vois le sang qui coule de son sein ! Cours, Paolo; poursuis, punis son assassin ; Venge-nous tous.

luigi , à Paolo.

Demeure; un mourant te l'ordonne.

Pardonne à l'assassin, comme je lui pardonne.

PAOLO

Ah! Luigi!...

luigi.

Dans tes bras, presse-moi , mon EIci !

(Écartant ses cheveux et couvrant son front de larmes.) Des ombres du tombeau mon regard obscurci, Sur ces traits adorés que la douleur altère, Cherche encore un rayon du bonheur de la terre. Enfant, je vais dormir de mon dernier sommeil, Je ne te verrai plus me sourire au réveil...

THÉCLA

Pense au ciel et renie un culte abominable!

PAOI.O.

Crains ton Juge et reviens à la foi véritable!

UNE FAMILLE A V TEMPS DE LUTHER

THÉCLA

Al)jure, et sois chrétien !

l'AOI.O.

( ,'i ni-, e( sois enfanté Par une mort chrétienne à l'immortalité !

ELCI.

Non , ne me quitte/, pas !

Ll ICI.

La peur de ta colère N'affaiblit point, Seigneur, la raison qui m'éclaire; Et ce que j'aurais fait pour vivre sous ta loi, Je le fais en mourant pour me rejoindre à toi : (Se levant soutenu par Elci et Thécla.) J'abjure.

THÉCLA

II est sauvé!

Perdu !

ELCI.

Votre croyance, Je l'embrasse, ô mon père ! elle est mon espérance : Je vous suivrai du moins.

PAOLO, à lui-même.

Dieu, tu m'as donc trompé:

LUIGI, d'une voix éteinte.

Nous devons nous revoir : le coup qui m'a frappé

N'a pu rompre les nœuds d'une amitié ^i tendre... Je vous quitte ici-bas... mais... je vais vous attendre '

ELCI.

Il expire!

THECLA , relevant avec une morne douleur [a létt de Luigi et lui donnant un baiser sur le front. \ i • explosion.) Mon fils!... Ah ! que le meurtrier, Rebut îles siens, horreur de sou propre foyer, Fuyant sa solitude et par-tout solitaire, Privé de l'eau, du feu, sans abri sur la terre Où s'arrêter le jour, nu s'étendre le soir, Iù sans repos, s'il vit, el ^ il mi urt, sans espoir, Soit maudit par le prêtre à son heure suprême, Maudit par tons, maudit par son peu- lui-même, Maudit parcelle enfin dont !<■> 11. uns ont porté Ci i exécrable fruit «le leur fécondité! Cieux , entendez ce cri de ma douleur profonde; Vengez-moi, justes cieux, moi , qui suis seule au Moi, qui n'ai plus defils!... [monde,

(Se retournant vers Paolo, en lui tendant les

Ali ! pardon ! qu'ai-je dit?

Il m'en reste un encor.

l'AOI.O, qui la repousse et s'enfuit épouvanté.

Non , vous l'avez maudit !

FIN DUNE FAMILLE AU TEMPS DE LUTHER

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