‹ Magasin théâtralChapitre 525 sur 1377 · EMMA · texte numérisé non relu

EMMA

On n'est pas plus joli.

ELISABETH

Venez , qu'on vous adore , Qu'on vous baise cent fois, et puis cent fois encore' Sous l'appareil du sacre et l'auguste bandeau , Luci , crois-tu toujours qu'Edouard soit plus beau . Vous charmerez tous deux ce peuple qui vous aime.

A Luci.

Levez vos grands yeux noirs ! — C'est son père lui-

[mème.

luci . appuyée sur le dos du fauteuil de la reine.

Il a de son regard.

Elisabeth.

Mais beaucoup ! mais , Luci , C'est sa vivante image : il souriait ainsi ; Cette grâce , il l'avait , quand sa main souveraine Releva lady Gray pour en faire une reine.

lb duc d'tork.

Lady Gray, c'était vous.

ELISABETH

Qui , pauvre et sans appui , Redemandais mes biens en pleurant devant lui. Dieu ! comme je tremblais ! Luci se le rappelle.

A Luci.

Il fut bien généreux ; — mais moi , j'étais bien belle ; N'est-ce pas?

LE DUC D'TORK.

Je le crois ; belle comme à présent.

Elisabeth, qui l'embrasse.

Je vous punis , flatteur !

LUCI

Sans doute; en le baisant.

Voilà vos chàtimens : caresses sur caresses , Et votre fils aîné n'a rien de vos tendresses.

le duc d'ïork , à la reine.

Je lui rendrai sa part en l'embrassant pour vous.

Elisabeth.

Savez-vous qu'à Radnor il souffrait loin de nous

luci.

Quoi ! toujours?

ELISABETH

Pauvre fleur , le chagrin l'a fanée Que de pleurs nous coûta cette triste journée , Où le noble Edouard de ses bras défaillans , De ses yeux affaiblis vous cherchait , mes enfans , Rapprochait , unissait vos deux tètes charmantes Sous les derniers baisers de ses lèvres mourantes . Aimez-vous, a-t-il dit, et, regardant les cieux , Pour ne les plus rouvrir , il a fermé les yeux.

le duc d'tork , d'une voix altérée.

Un beau soir , à Windsor, nous irons, ô ma mère!

LES ENFANS D EDOUARD

Lui demandant tous trois la santé de mon frère , Déposer sur le marbre, <>îi .souvent nous pleurons,

Deux ronronnes de fleurs que nous enlacerons ; Et puis vous lui direz. : A ton désir fidèles, Tes tils jusqu'au tombeau seront unis comme elles. Le voulez. -vous?

Elisabeth , essuyant tes yeux du duc d'York.

Demain.

LE DUC ^D'YORK

Dès qu'il nous reverra , An bonheur , a la vie Edouard renaîtra. De lni donner des soins qu'on me laisse le maître. Mon remède est si bon !

ÉLISABETn.

Pourrait-on le connaître?

C'est le jeu.

le duc d'york.

Trouve mieux pour guérir ses douleurs.

Elisabeth, à part.

Comme chez les enfans le rire est près des pleurs !

le duc d'york.

Lord Rivers avec lui reviendra-t-il à Londre ?

ELISABETH

Sans doute.

LUCI

Noble cœur, et dont je puis repondre ! Parent loyal et sûr ; ami vrai , celui-là ; Votre oncle maternel.

Qu'entendez-vous par là?

Rien ; je dis seulement que c'est leur second père , Et qu'ils n'en ont pas d'autre.

le duc d'york .

Il est parfois se'vère ; Mon oncle Glocester est bien plus indulgent , Et je l'aime bien moins.

Parlez mieux da re'gent.

Quoi qu'en dise Luci , dont le discours me blesse , Vous pouvez, chers enfans, compter sur sa tendresse. II a de votre père et le zèle et les soins j Il lui ressemble en tout.

LB duc d'york.

Pas de figure au moins.

ELISABETH

Richard, vous me fâchez.

LE DUC DYORK.

Eh bien ! je me ravise, Et dirai, si l'on veut, que sa taille est bien prise.

ELISABETH

Quand vous aurez son âge, ayez sa dignité; Vous serez bien , milord.

LE DUC D'YORK

Oui , très-bien d'un côte' ; Montrant son épaule.

Mais de l'autre !

Elisabeth, sévèr cmen t .

Richard !

LUCI

Que milady pardonne.

Elisabeth , au duc d'York.

C est un méchant esprit que celui qu'on vous donne» Vous m'entendez , Luci !

LUCI

Mais, madame..

ELISABETH

En effet , Le re'gent est coupable ; et de quoi ? Qu'a-t-il fait Depuis qu'à sa tutelle on remit leur enfance , A-t-il un seul instant trompe ma confiance ?

Non , jusqu'à pre'sent ; mais. ..

ELISABETH

Mais il vous est snspect.

C'est fâcheux ; cependant il a droit au respect , Au vôtre , au sien surtout.

Au duc d'York.

Les vertus , le courage , Valent mieux que la grâce et qu'un joli visage. Il est mal et très-mal de prendre un ton moqueur; Je ne vous aime plus : vous avez mauvais cœur.

LUCI

Le voilà tout confus.

Pardon !

ELISABETH

Je suis trop bonne.

Paix ! quelqu'un vient : c'est lui.

ELISABETH

Le re'gent?

LE DUC D'YORK

En personne.

Imitant la démarche de son oncle.

Le reconnaissez-vous ?

ÉLISABBTH , ÙU <i** d'York.

Je vois qu'il faut sévir.

Bas à Luci.

Vous m'y forcez ; c'est bien. — Il l'imite à ravir.

PANNY.

Sortirons-nons ?

ELISABETH

Pourquoi ? Reprenez votre ouvrage.

Page 1