SCENE III
FELIPA, accourant de la deuxième porte à droite, MARIA.
C'est toi, Felipa, que veux-tu?
felipa, émue.
Je vous trouve !...
MARIA
Pourquoi ce regard abattu?
D'où vient cette terreur sur ton visage empreinte?
FELIPA.
La surprise en mon cœur le dispute à la crainte.
MARIA
Qu'est-ce donc?
FBLIPA.
Oh I comment prévoir un tel danger
<Qje la Vierge et les saints daignent nous protéger!
MARI'A
.Je ne te comprends pas! achève, je t'en prie.
FELIPA.
Je venais de quitter la vieille galerie, J'étais seule, et j'entrais dans la cour du château -, Un homme, enveloppé dans un sombre manteau, Assis auprès d'un autre et parlant à voix basse, D'un air mystérieuxlui montrait la terrasse : « C'est par là, disan^il; on n'a point de soupçon, » Tout ira bien ! .. .» J'écoute et j'entends votre nom ; Je ne sais quel effroi me saisit, je m'arrête, Et je retiens mon souffle en avançant la tête. Alors, sans être vue, et sans perdre un seul mot, J'ai surpris les détails de l'horrible complot.
Mais quel complot?
FELIPA.
« Au piège il faudra qu'elle tombe, » Disaient-Ils ; c'en est fait, et la blanche colombe » Dans le nid du vautour reposera demain : 3> De l'heureux ravisseur c'est ici le chemin; » Tous les gens sont à vous, l'échelle est préparée, » Et nos mains du château lui rouvriront rentrée » Quand le seigneur don Luis le croira déjà loin ; » Puis de nous, pour le reste , il n'aura pas besoin , » Car, si l'amour trouvait la vertu trop rebelle, » Un seul nom dit tout bas adoucirait la belle. »
MARIA
Un nom?. .. ah! réponds-moi ; tel'ont-il révélé? Le sais-tu, Fclipa?...
FELIPA.
Sans doute, et j'ai tremblé !
MARIA
Eh bien ?
felipa. [prendre
Dieu de bonté! quel cœur pourrait com- Tant de vices cachés sous un regard si tendre? Ce jeune don Mendez, dont l'aspect me charmait, Et que j'aimais déjà, croyant qu'il vous aimait, Il vous environnait de pièges, de mensonges : C'est le roi!
maria.
Lui?
FELIPA.
Don Pèdrel maria, à elle-même avec exaltation.
O mes songes ! mes songes!
FELIPA.
Durant votre sommeil, en ces lieux introduit,
11 pense jusqu'à vous pénétrer cette nuit,
Et c'est don Diego, votre parent, l'infâme!
Qui lui vend l'avenir et l'honneur d'une femme,
Un hidalgo! .. . Mais Dieu, qui veille et nous défend,
Voulut sans doute au piège arracher mon enfant;
La vieille Felipa ne verra point flétrie
Celle qu'elle éleva, que son lait a nourrie;
Jo cours... De vos périls don Luis instruit par moi
Saura vous garantir et...
MARIA
Demeure, et tais-to!
FELIPA.
Qu'cntends-ie ?
MARIA
Tas un mot à don Luis!
FELIPA.
Quel langage!
maria.
Il n'appartient qu'à moi de venger mon outrage
FELIPA.
A vous?... 0 Maria, qu'avez-vous dit?...
MARIA
Allons , Encor quelques instans!... qu'ils vont me sembler
[.longs!
FELIPA.
Chère enfant!
MARIA
Oui, je suis ta fille bien aimée!
FELIPA.
C'est ainsi qu'au berceau mon coeur vous a nommée
MARIA
Eh bien ! j'en veux la preuve et je vais l'exiger.
FELIPA.
Parlez donc.
MARIA
Sans retard et sans m'interroger, Surtout sans que don Luis ou ma sœur le soup- Tu vas exécuter l'ordre que je te donne, [ronne.
FELIPA.
Un ordre? expliquez-vous.
MARIA
Je veux... mais non... attends!
On vient de ce côté; c'est ma sœur que j'entends.
Elle va se placer a la table, et trace quelques lignes à la
liâle.
De mes desseins secrets ces lignes vont t'instruire, Et tu m'obéiras.
felipa, à elle-même.
Mon Dieu ! que vais-je lire ?
maria , lui remettant le papier.
Prends ; de toi désormais va dépendre mon sort Et songes-y , tu tiens ou ma vie ou ma mort.
FELIPA.
Se peut-il, juste ciel?
maria.
Ta fille t'en conjure, Felipa; jure-moi d'obéir.
felipa, avec émotion et inquiétude.
Je le jure.
MARIA
Merci, merci... l'on vient; sois-moi fidèle; adieu; Va, pars... Et maintenant, le reste aux mains de
[Dieu !
Felipa sort par la deuxième porte de droite et emporte. l'écrit.
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