EDOUARD, LE DUC D'YORK, ELISABETH
L» reine tombe sur un siège , et «e met à fondre en larmes sans parler.
le duc d'york , à son frère.
Elle pleure , Edouard.
EDOUARD
Sa douleur me déchire.
le duc d'york.
Ma mère , à vos enfans n'avez-vous rien à dire ?
ELISABETH
Malheureuse !
EDOUARD
Ah ! parlez.
LE DUC D'YORK
L'un d'eux n'est-il pas roi ?
Elisabeth , lui mettant la main sur >,a bouche. Ce titre , c'est la mort : tais-toi , Eichard , tais-toi 1
EDOUARD
Qu'cntends-je ?
LE DUC D'YORK
L'Angleterre a-t-elle un nouveau maître ? Elisabeth.
Qu'on proclame aujourd'hui, qu'on vient de reconnaî-
AÈdo.,.lr,l . .
Et c'est sous le bandeau pour ton front prépare Htc; Qu'à la face du ciel il doit être sacré.
f.ES KISFANS I) |{ DOUA Kl).
ftOOOABO.
Quel «t-îl donc ?
Celui qu'à son heure suprême Votre père choisit comme un mitre lui-même, Qu'il pressa dans ses bras, qu'il entoura des miens, En disant : Glocester, que mes fils soient les liens !
EDOUARD
Glocester I
le duc d'york.
Lui régner !
EDOUARD
Et du fond de sa tombe Edouard ne peut rien pour sa race qui tombe ; Rien pour ses deux entans!
LE DUC d'yORK.
N'avons-nous plus d'amis?
ELISABETH
Parlons bas; un espoir nous est encor permis, xver nu peu d'égarement.
L'archevêque d'York... ce protecteur vons reste ; Mais que peut un vieillard qui pour vos droits pro- II est •■ -iai qu'à sa voix nos pontiles divins... [teste? Sans doute ils l'oseront., mais leurs projets sont vains, Si iluckingham... mais lui .. quel cliaos dans ma tète! Pour chercher ma pensée, il tant que je m'arrête. le duc d Yor.K. . après une pause.
A.cllCVCZ.
ELISABETH
J- disais... quoi?... qu'ai-jc dit, Richard?
Viv.ment.
Qu'ils forceront la Tour.
Vous l'espérez !
ELISABETH
Trop tard ; [dre ; Me comprends-tu? trop tard. Attendre , encore atten- Tout unjour, chez Tyrrcl, languir sans rien apprendre! Vous-mêmes, n'ave/.-vous aucun avis secret?
EDOUARD
Aucun.
ELISABETH
Que font-ils donc? quoi , rien ! pas un billet ! Visitez avec soin tout ce qu'on vous adresse. Grand Dieu ! si jusqu'à vous par force ou par adresse, Au moment où je parle , ils s'ouvraient des chemins ; Si... quecHs-jç? à toute heure, à chaque instant, ses mains, Ses deux mains pour frapper sur vous peuvent s'âlenftie!
Les saisissant avec transport dans ses liras. Ecoutez !
LE DUC DYORK.
Qu'avez-vous ?
ELISABETH
Hélas ! j'ai cru l'entendre; J'ai cru vous embrasser pour la dernière fois; Et j'en bénissais Dieu: nous serions morts tous trois.
EDOUARD
Non pas vous !
ELISABETH
Il faudra que je vous abandonne ; Mon devoir m'y contraint. Votre danger m'ordonne De revoir vos amis, d'attendrir, de pousser, D'enflammer ces coeurs froids que la peur vient glacer. Oui , je le dois. D'ailleurs, pour peu que je balance, Tyrrcl aura recours même à la violence;
Prenant le duc d'YorV à paît.
Et que deviendrez-vous si j'ose l'irriter? Ricbard, que je te parle, avant de te quitter!
A voix-basse.
Tu ne veux pas, mon fils , que ton frère périsse ; Dis-lui donc, toi qu'il aime, offi dis-lui qu'il fléchisse...
LE DUC D'YORK
Quoi ! devant Glocester !
i.î.oi aru , qui a prêté l'oreille.
Moi, fléchir! moi, céder!
ÛLJSABE1 II.
Mais, malheureux enfant, s'il veut te poignarder 11 le peut.
EDOUARD
Je l'attends.
LE DUC D'YORK
Qu'il ose l'entreprendre :
J'ai du coeur, de la force , et j'irai te défendre , Te couvrir de mon corps...
EDOUARD
Ricliard!
Mourir pour toi.
ELISABETH
Mais vous mourrez tous deux !
LR DUC D'YORK.
El) bien! tous deux.
Elisabeth , avec désespoir en tombant assise.
Et moi !...
Les deux princes s'élancent ver- elle; Edouard À ses genoux , et
Richard snrson sein.
Moi, je resterai donc seule dans la nature, Ignorant jusqu'au lieu de votre sépulture; Sans que même à voix basse on ose le nommer ; Sans avoir, après vous , rien que je puisse aimer ; Non rien ; pas un tombeau, pas une froide' pierre, Où portant, chaque soir, mon deuil et ma prière , Fidèle au rendez-vous, je dise : Les voila! Quand Dieu voudra de moi, je les rejoindrai là.
EDOUARD
Mourir et vons quitter !... hélas ! j'aimais la vie. Avec quel dévoûment je vous aurais servie ! Sans rougir, dans l'exil , j'aurais de mes sueurs Gagné pour vous nourrir un pain mouillé de pleurs; Mais fléchir Glocester par une ignominie , Faire avec lui marché des droits que je renie , Devenir son sujet , et le plus vil de tous ,
En se relevant.
Veuve et mère de rois , me le conseillez-vous !
ELISABETH
Jamais ce sang d'York, n'a pu demander grâce! Restez, nobles enfans, dignes de votre race ; Gardez cette vertu que je dois admirer;
£„ entendant la porte s'ouvrir.
Je pleure et j'en suis fière ! — On vient nous séparer j C'est Tyrrcl!