‹ Magasin théâtralChapitre 552 sur 1377 · EDOUARD, LE DUC D'YORK, ELISABETH · texte numérisé non relu

EDOUARD, LE DUC D'YORK, ELISABETH

L» reine tombe sur un siège , et «e met à fondre en larmes sans parler.

le duc d'york , à son frère.

Elle pleure , Edouard.

EDOUARD

Sa douleur me déchire.

le duc d'york.

Ma mère , à vos enfans n'avez-vous rien à dire ?

ELISABETH

Malheureuse !

EDOUARD

Ah ! parlez.

LE DUC D'YORK

L'un d'eux n'est-il pas roi ?

Elisabeth , lui mettant la main sur >,a bouche. Ce titre , c'est la mort : tais-toi , Eichard , tais-toi 1

EDOUARD

Qu'cntends-je ?

LE DUC D'YORK

L'Angleterre a-t-elle un nouveau maître ? Elisabeth.

Qu'on proclame aujourd'hui, qu'on vient de reconnaî-

AÈdo.,.lr,l . .

Et c'est sous le bandeau pour ton front prépare Htc; Qu'à la face du ciel il doit être sacré.

f.ES KISFANS I) |{ DOUA Kl).

ftOOOABO.

Quel «t-îl donc ?

Celui qu'à son heure suprême Votre père choisit comme un mitre lui-même, Qu'il pressa dans ses bras, qu'il entoura des miens, En disant : Glocester, que mes fils soient les liens !

EDOUARD

Glocester I

le duc d'york.

Lui régner !

EDOUARD

Et du fond de sa tombe Edouard ne peut rien pour sa race qui tombe ; Rien pour ses deux entans!

LE DUC d'yORK.

N'avons-nous plus d'amis?

ELISABETH

Parlons bas; un espoir nous est encor permis, xver nu peu d'égarement.

L'archevêque d'York... ce protecteur vons reste ; Mais que peut un vieillard qui pour vos droits pro- II est •■ -iai qu'à sa voix nos pontiles divins... [teste? Sans doute ils l'oseront., mais leurs projets sont vains, Si iluckingham... mais lui .. quel cliaos dans ma tète! Pour chercher ma pensée, il tant que je m'arrête. le duc d Yor.K. . après une pause.

A.cllCVCZ.

ELISABETH

J- disais... quoi?... qu'ai-jc dit, Richard?

Viv.ment.

Qu'ils forceront la Tour.

Vous l'espérez !

ELISABETH

Trop tard ; [dre ; Me comprends-tu? trop tard. Attendre , encore atten- Tout unjour, chez Tyrrcl, languir sans rien apprendre! Vous-mêmes, n'ave/.-vous aucun avis secret?

EDOUARD

Aucun.

ELISABETH

Que font-ils donc? quoi , rien ! pas un billet ! Visitez avec soin tout ce qu'on vous adresse. Grand Dieu ! si jusqu'à vous par force ou par adresse, Au moment où je parle , ils s'ouvraient des chemins ; Si... quecHs-jç? à toute heure, à chaque instant, ses mains, Ses deux mains pour frapper sur vous peuvent s'âlenftie!

Les saisissant avec transport dans ses liras. Ecoutez !

LE DUC DYORK.

Qu'avez-vous ?

ELISABETH

Hélas ! j'ai cru l'entendre; J'ai cru vous embrasser pour la dernière fois; Et j'en bénissais Dieu: nous serions morts tous trois.

EDOUARD

Non pas vous !

ELISABETH

Il faudra que je vous abandonne ; Mon devoir m'y contraint. Votre danger m'ordonne De revoir vos amis, d'attendrir, de pousser, D'enflammer ces coeurs froids que la peur vient glacer. Oui , je le dois. D'ailleurs, pour peu que je balance, Tyrrcl aura recours même à la violence;

Prenant le duc d'YorV à paît.

Et que deviendrez-vous si j'ose l'irriter? Ricbard, que je te parle, avant de te quitter!

A voix-basse.

Tu ne veux pas, mon fils , que ton frère périsse ; Dis-lui donc, toi qu'il aime, offi dis-lui qu'il fléchisse...

LE DUC D'YORK

Quoi ! devant Glocester !

i.î.oi aru , qui a prêté l'oreille.

Moi, fléchir! moi, céder!

ÛLJSABE1 II.

Mais, malheureux enfant, s'il veut te poignarder 11 le peut.

EDOUARD

Je l'attends.

LE DUC D'YORK

Qu'il ose l'entreprendre :

J'ai du coeur, de la force , et j'irai te défendre , Te couvrir de mon corps...

EDOUARD

Ricliard!

Mourir pour toi.

ELISABETH

Mais vous mourrez tous deux !

LR DUC D'YORK.

El) bien! tous deux.

Elisabeth , avec désespoir en tombant assise.

Et moi !...

Les deux princes s'élancent ver- elle; Edouard À ses genoux , et

Richard snrson sein.

Moi, je resterai donc seule dans la nature, Ignorant jusqu'au lieu de votre sépulture; Sans que même à voix basse on ose le nommer ; Sans avoir, après vous , rien que je puisse aimer ; Non rien ; pas un tombeau, pas une froide' pierre, Où portant, chaque soir, mon deuil et ma prière , Fidèle au rendez-vous, je dise : Les voila! Quand Dieu voudra de moi, je les rejoindrai là.

EDOUARD

Mourir et vons quitter !... hélas ! j'aimais la vie. Avec quel dévoûment je vous aurais servie ! Sans rougir, dans l'exil , j'aurais de mes sueurs Gagné pour vous nourrir un pain mouillé de pleurs; Mais fléchir Glocester par une ignominie , Faire avec lui marché des droits que je renie , Devenir son sujet , et le plus vil de tous ,

En se relevant.

Veuve et mère de rois , me le conseillez-vous !

ELISABETH

Jamais ce sang d'York, n'a pu demander grâce! Restez, nobles enfans, dignes de votre race ; Gardez cette vertu que je dois admirer;

£„ entendant la porte s'ouvrir.

Je pleure et j'en suis fière ! — On vient nous séparer j C'est Tyrrcl!

Page 1