‹ Magasin théâtralChapitre 59 sur 1377 · DON PÈDRE, MARIA · texte numérisé non relu

DON PÈDRE, MARIA

don pèdre, entrant ému.

Maria, te voilà donc 1

MARIA

Pourquoi Dans vos traits, monseigneur, ce trouble et cet effroi?

DON PÈDRE

Oh! rienl à tes côtés le calme va renaître.

MARIA

Un important secret, disies-vous...

DON PEDRE.

Oui, peut-être.

J'ai besoin d'une amie et je voulais te voir.

MARIA

Adoucir vos chagrins est mon premier devoir, Vous le savez?

Sans doute !... Il faut que mon sort change! Eux aussi, quelque jour je les tuerai.

MARIA

Qu'entends-je?

De qui donc parlez -vous?

DON PÈDRE

Comme ils m'ont offensé!

Ma vengeance par lui du moins a commencé. Je ne le verrai plus, debout sur mon passage, D'un sourire insolent démentir son hommage.

maria, avec inquiétude.

Serait-ce l'écuyer de la reine ?

DON PÈDRE

C'est lui.

MARIA

Eh bien ?

DON PÈDRE

Je l'ai tué !

MARIA

Quand, don Pedro?

DON PÈDRE

Aujourd'hui;

MARIA

Son crime?

Il m'a bravé jusque dans ma demeure.

MARIA

Malheureux! que fera votre mère?

DON PÈDRE

Elle pleure.

MARIA

Et que dira don Pèdre, alors qu'au nom du roi, Le grand justicier fera parler la loi?

Du vieux Bénavidès l'austérité rigide Doit sur tous vos sujets étendre son égide; Sa voix vous flétrira.

DON PÈDRE

Je peux le défier.

MARIA

Il connaîtra le meurtre.

DON PÈDRE

Et non le meurtrier.

MARIA

Le favori Gomès fut donc frappé dans l'ombre?

DON PÈDRE

Nul ne m'a vu passer dans le corridor sombre Où j'ai puni l'infâme et vengé mon affront.

MARIA

Hélas! malheur sur moi, car ils m'accuseront.

Ils n'oseraient.

MARIA

En -proie à des maux qu'on irrite, Le peuple à ses douleurs mêle la favorites, Je le plains, lui pardonne; on le trompe et je veux

MARIA PADILLA

Vaincre son injustice en le rendant heureux. Don Pèdre, écoute-moi! Ta colère fatale A fait jaillir du sang sur la pourpre royale; Dieu t'a vu ; près de lui Gomès va t'accuserl Par le bonheur d'un peuple il le faut apaiser. La guerre a trop long-temps désolé tes provinces; Un parti suit encor la fortune des princes; Tolède peut demain leur ouvrir ses remparts, Et, fils d'Alfonse; ils sont tes frères.

DON PÈDRE

Des bâtards!

MARIA

Souviens-toi de ton père et songea leur puissance.

DON rÈDRE.

Biais moi, n'ai-je pas droit à leur obéissance?

MARIA

S'ils désiraient la paix?

DON PÈDRE

Point de paix avec eux Tant qu'ils seront armés.

Ton peuple est malheureux, Et moi, qu'aux yeux de tous ton amour a flétrie, Moi qui souffre, tu dois m'écouter quand je prie. Me repousseras-tu, don Pèdre? Souviens-toi Des sermens que tu fis en me donnant ta foi : Jusqu'au jour où mon front ceindra le diadème, Je devais, disais-tu, régner plus que toi-même. Je ne t'accuse point de mes chagrins passés; Mêle donc quelque joie aux pleurs que j'ai versés; Il faut cacher mon titre, et mon cœur s'y résigne; Quand tumele rendras, qu'on dise: Elle en est digne! Permets qu'enfin ton peuple en moi trouve un soutien Qu'on bénisse ton nom sans maudire le mien.

DON PÈDRE

Qu'exiges-tu?

MARIA

Je sais que ton cœur est fidèle, Que Blanche de Bourbon ne verra point pour elle Se décorer le trône offert à son orgueil; Elle n'y peut monter qu'en foulant mon cercueil.

DON PÈDRE

Le crains-tu?

MARIA

Non ! pourtant, on t'obsède sans cesse; Aux frontières d'Espagne, une jeune princesse Attend le sceptre; elle a des sujets, une cour; Pour en faire une reine il suffirait d'un jour : Moi, je n'ai que ton cœur.

DON PÈDRE

Il est à toi ! Pardonne Si de nombreux périls, menaçant ma couronne, Me condamnent à feindre, et ne m'ont pas permis De mettre encor le pied sur tous nos ennemis ; J'essaie à les briser, j'y parviendrai sans doute; Vers mon trône pour toi j'aplanirai la route; Mais la France, mon peuple et ma mère à la fois, C'est trop I De cet écrit qui consacre tes droits Jamais, sans mon aveu, nul n'aura connaissance, Ma mort seule pourrait t' affranchir du silence; Tu ne l'oublieras point, Maria? Quand le roi Par tm nen sacré voulut e'unir a toi,

Tu juras le secret sur la divine hostie.

MARIA

Ma foi, jusqu'à ce jour, s'cst-elle démentie?

DON PÈDRE

Non, et l'instant viendra qui doit tout révéler. Songez-y cependant, si vous osiez parler, Vous savez, Maria, quel sort serait le vôtre! [tre. C'est la mort dans ce monde etc'est l'enfer dans l'au-

MARIA

Je m'y soumets, don Pèdre, et le fais sans effort; Car si tu me trahis, puis-je craindre la mort?

DON PÈDRE

Jamais.

MARIA

Eli bien ! il faut céder à ma prière. Dans le palais du riche et dans l'humble chaumière, Que la paix pour don Pèdre éveille un cri d'amour, Et que sa Maiia compte au moins un beau jour! Tu consens, n'est-ce pas? car tu m'aimes.

DON PÈDRE

Que faire?

Désarmer Transtamare !

DON PÈDRE

Un rebelle?

MARIA

Ton frère !

DON PÈDRE

Il dicterait la paix? je l'aurais imploré?

MARIA

Non, il la recevra.

DON PÈDRE

Lui?

MARIA

J'ai tout préparé.

DON TÈDRE.

Comment?

MARIA

Depuislong-temps, don Pèdre, un demes Mystérieux agent, par de secrets messages, [pages. L'instruit de mes projets et m'apporte ses vœux. Regarde ! vos combats sont finis, si tu veux.

Elle lui remet un parchemin.

DON PÈDRE

Qu'est-ce donc?

Un traité qu'il a signé d'avance, Il respecte tes droits, ton titre et ta puissance. Que le nom de son roi brille à côté du sien, La paix et le bonheur nous sont rendus. don pèdre, se disposant à signer.

Eh bien!

Tu le veux, Maria?

On entend un bruit confus au dehors.

Quel est ce bruit ? écoute !

MARIA

Nos fêtes et nos jeux qui commencent sans doute.

Elle prête l'oreille.

Grand Dieu!

don pèdre, écoulant.

Les cris du peuple J

MAIUA.

Ah! je l'avais prédit.

DON PÈDRE

Ton nom sous la fenêtre!

maria, avec désespoir.

Et c'est moi qu'il maudit!

voix dans la coulisse.

Vengeance à Gonzalo !

MARIA

Tu vois, je suis proscrite, voix, dans la coulisse.

Meure la Padilla ! meure la favorite !

MARIA

AU ! quel sort tu m'as fait, don Pèdret

DON PÈDRE

Que crains-tu?

MARIA

Moi craindre? rien! Braver la honte est ma vertu.

DON PÈDRE

La honte, Maria?

MARIA

Ce peuple qu'on abuse Prête une oreille avide à la voix qui m'accuse; Il n'est point de forfait qu'il n'attache à mon nom, Eh bien! cède à mes vœux, il le bénira.

DON PÈDRE

Non, Guerre à mes ennemis ! aux mutins des tortures!

MARIA

Un mo t en cris j oyeux peut changer leurs murmures.

DON PÈDRE

C'est mon peuple : en silence il doit subir ma loi.

Mais c'est mon peuple aussi, je suis femme du roi.

DON PÈDRE

11 ose t'outrager... point de lâche indulgence!

MARIA

Donne-lui donc la paix et signe ma vengeance.

DON PÈDRE

Il nous en faut une autre, et nous l'aurons.

Il va vers le fond.

A moil

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