SCENE Iil
SERAPHINE , qui a fini la chambre , LEON , CLARA, entrant par la porte du fond à gauche.
LÉON, à Clara. C'est vous?..
CLARA, à Seraphinc. Séraphine, Mme la marquise a des ordres à vous donner.
séraphine. Est-ce qu'on part demain , madame?
Clara. C'est probable.
Séraphine sort.)
LÉON. Demain?
CLARA. Je l'espère.
LÉOx, avec repioche. Vous l'espérez?..
CL\RA. Oui, car tant que vous serez- en France, je ne serai pas tranquille. L'occasion est. favorable , on vous cherche dans le midi , et demain , vous quitterez Paris , pour passer en Allemagne.
LÉON. Partir ?. . seul ?.. déjà?..
CLARA. Non pas seul. Je vous ai fait des compagnons de voyage, et ce n'est pas sans peine. Depuis trois jours, je ne m'occupe que de cela
LÉON. Expliquez-vous.
CLAUA. D'abord, ces dames avaient décidé de vous faire partir seul , en poste; mais la dflicullé de se procurer un passeport, le danger de voyager seul... J'ai fait valoir ces motifs et bien d'autres , et j'ai proposé à ces dames , qui doivent partir pour Berlin , de vous emmener avec elles jusqu'à la frontière.
léon. Eh bien?
CLARA. Elles ont fait d'abord de grandes difficultés.
LÉON. Ah !
CLARA. Ma tante surtout, qui est dévote, avait des scrupules... Voyager avec un meurtrier!., oh.'., lui faire boire du Champagne , à la bonne heure!.. A la fin cependant, j'ai gagné ma sœur, et, par elle, les autres, dont toute la répugnance n'était qu'hypocrisie, et il a été décidé, à l'unanimité, que vous partirez demain , avec ces dames, dans la calèche du général, qui est leur seul cavalier.
LÉON. Le général est donc dans la confidence ?
Clara. Du tout. Vous passerez pour son, secrétaire. 11 a chargé sa femme de lui en trouver un.
LÉON. Ah ça! mais si le général...
CLARV. Rassurez -vous : il reçoit sans examen tout ce que lui présente sa femme.
LÉON. Et si, par hasard, il m'a déjà vu? S'il sait. .
CL\R\. Il est sourd et presqu'aveugle , et sa femme l'en aime davantage.
LÉON. Vous êtes sûre que sa vue...
CLARA. Oui , un coup de feu ..
LÉON. De canon?
Clara. D'artifice, le jour de la fête du roi. Il n'a jamais été blessé que dans des réjouissances publiques.
llon. Je vais donc partir, vous quitter?
Clara II le faut.
LÉON. S uis doute... le jour de votre nia riage approciie, il AI. de C lampenau..,
CLARA. \ oici deux joins tiue nous no l'avons vu.
LÉox. Kst-ce qu'il serait malade?
CLAR\. Non, grâce au ciel ! mais j'ai si\ qu'en secret, celte place d'ambassadeur d'Espagne qu'il nie citait vouloir refuser pour rester à Paris, près de moi, cette pi ace, il la demande ; il veut nie causer une surprise peiit-èue, il veut que je sois ambassadrice.
LÉON. Vous allez vous m trier, et il me faut pan ii ... Oh !
CLARA. Mon ami, vous m'en avez fait la promesse : vous serez généreux jusqu'au bout. Celui qui a voulu mourir déshonoré pour une femme, qui a respecté cette femme comme on respecte une sœur, cet homme saura partir, la quitter pour toujours, vivre loin d'elle, et trouver le bonheur dans le noble orgueil de ses souvenirs. (Mouvement de Léon.) Silence! Voici ma sœur qui vient vous donner vos dernières
instructions. Je n'avais jamais vu Diane si charitable.
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