SCENE XII
DON PÈDRE, DON JUAN DE PRADO, DON RUY DE PADILLA, DON JOSÉ, DON BALTHAZARD,
foule de Courtisans.
don ruy , à lui-même, au fond.
Vais-je enfin parvenir jusqu'à lui?
don josè, aux autres courtisans.
Ah 1 l'étrange vieillard qui tantôt s'est enfui I... Que veut-il?...
don ruy, aux courtisans, en avançant.
Dans ces lieux, où l'allégresse brille, Je voudrais arriver jusqu'au roi de Castille ; De l'y trouver, messieurs, on m'a donné l'espoir : Est-ce en vain?
DON PÈDRE
C'est le roi que vous désirez voir ?
DON RUY
Oui! jadis j'ai connu don Alfonsc, son père.
DON PÈDRE
Et vous cherchiez le fils?... pour vous que peut-il
[faire?
DON RUY
M'entendre.
Eh bien! le roi, vieillard, est devant vous. don ruy, avec une explosion de joie ironique. Ah !... voilà donc celui qui doit régner sur nous!... Je le rencontre enfin ce prince magnanime, Des droits de don Alfonse héritier légitime!... Vous, qu'à l'égal de Dieu nous devons honorer, Du bonheur de vous vo r laissez-moi m'enivrer.
DON PÈDRE
Que voulez-vous? Parlez, sans tarder davantage.
don ruy, avec une amère ironie.
Que j'aime à contempler, sur son noble visage, L'empreinte des vertus qui paraient ses aïeux ! Comme leur loyauté se peint bien dans ses yeux! Appui des opprimés, et gloire des Castilles, Si le crime jamais profane nos familles, Oh ! comme il punira l'infâme suborneur Qui nous viendrait ravir le repos et l'honneur ! Pour obtenir justice il suffit qu'on se plaigne! Puisque Dieu le fit roi, c'est la vertu qui règne! N'est-il pas vrai?
don PÈDRE.
Voilà bien des mots superflus !..; Achevez!... votre nom?...
don ruy , souriant amèrement.
Mon nom?... je n'en ai plus.
DON PEDRE.
Plus denom?... quel langage!... êtes-vous en délire?
DON RUY
Non !...maisje sais le votre, et je puis vous le dire.
Est-il un Castillan qui ne l'ait entendu?
DON RUY
On ne vous donne pas celui qui vous est dû.
DON PÈDRE
Ah 1 d'être mon pairain auriez-vous pris la lâche?
DON RUY
Peut-être.
DON PÈDRE
Eh bien, comment me nommez-vous?
DON RUY
Le lâche t
DON PÈDRE
Misérable!...
tous les courtisans, tirant leurs épies et s'êlançant vers lui.
Frappons !
don ruy, très-calme, elles arrêtant d'un geste. Tout beau, messieurs, tout beau!
Faut-il donc tant de mains pour creuser un tom- Modérez vos fureurs, et calmez vos alarmes ! [beau? On m'avait fait jurer que je viendrais sans armes, J'ai tenu mon serment, vous en êtes témoins!... Oui, jesuisdésarmé,donPèdre!... mais, dumoins, Pour venger un affront, que la mort seule efface, J'ai ce gant que je peux te jeter à la face.
Il jette son gant à la figure de don Pèdre.
don pèdre, au dernier degré de la fureur, et tirant
son épée. Une épée ! . . . une épée à cet homme !.. . don josè, don balthazard, et autres , le retenant.
Non, nonl Un échafaud !...