LE DUC D'ÉPERNON, THÉOPHILE
le duc d'épernon , se présentant à la porte des appartemens du roi, et repoussé par les gardesdu-corps de service.
Luynes depuis hier «st donc inaccessible ! Théophile, qui le suit par derrière.
Quand Python est vaincu, Phébus est invisible! Et moi, monsieur le duc, je brigue la faveur De rendre hommage en vers à notre dieu sauveur: Je viens de composer une ode à sa louange.
A part.
Elle était faite hier... C'estun nom quej'y change.
Haut.
Hier j'eusse voulu me pousser jusqu'à lui; Mais je serai, je crois, plus heureux aujourd'hui!
LE DOC D'ÉPERNON
Monsieur Luyne est encor chez le roi?
THÉOPHILE
Sur mon âme!
On vous trompe ; à cette heure, il est à Notre-Dame Avec Sa Majesté.
LE DUC D'ÉPERNON
J'attendrai son retour.
THÉOPHILE
Combien d'événemens réunis en un jour!
LE DUC D'ÉPERNON
Concini ne vit plus ; mais j'ignore le reste.
Théophile, en confidence.
Luynes l'a fait tuer, c'est un bruit manifeste.
LE DCC D'ÉPERNON
Depuis que mes amis du conseil sont exclus, Les intrigues de cour ne m'intéressent plus ; Mon grand âge s'endort dans cette indifférence... Pourvu que cette mort soit utile à la France...
THÉOPHILE
Je veux, monsieur le duc, fidèle narrateur, De cet événement vous faire spectateur.
Ce n'est pas de ces coups qu'un poète exécute; Mais, le tyran à bas, je célèbre sa chute. Le maréchal, qu'au Louvre hier le roi mandait, Semblait ne craindre pas le sort qui l'attendait, Quand, marchant escorté de valets et de gardes, Entre le peuple et lui brillaient cent hallebardes. On l'a vu toutefois, en proie à ses soucis, Au seuil de son hôtel s'arrêter indécis; Et lorsqu'il avisa, de cadavres chargée, La potence qui lut par son ordre érigée Sur le Pont-Neuf, devant l'image du feu roi, Il mesura la roule avec un œil d'effroi. Le peuple, dont la haine est un fatal présage, D'un silence insultant l'accueille à son passage. Or, d'un grand coup d'état s'achèvent les apprêts, Et, choisis par le roi, les conjurés sont prêts. Conchine se présente à la porte du Louvre ; Elle est ouverte: au fond, d'un regard il découvre Un long rang de canons et des soldats armés, Il hésite et pâlit... Ses amis alarmés Veulent loin du péril l'entraîner dans leur fuite Lui, cachant un soupçon," a devancé sa suite ; Mais avant qu'il arrive au bout du Pont-Dormant. Monsieur de Luynes dit tout haut : « C'est le mo-
[ment! »
Alors sortent du Louvre, avec maints cris sinistres, Des volontés du roi les dévoués ministres. Conchine contre tous est seul ; sa garde a fui : Vingt dagues, vingt mousquets, sont tournés contre lui.
Le chef des conjurés, Vitry soudain s'élance : « — Je vous arrête. — Moi ! » D'Ancre un instant
[balance ; La main sur son épée, il ne se rendra point : Un coup de pistolet part à brûle-pourpoint; Puis, d'autres à la fois... D'Ancre tombe... On
[l'outrage, Et sur son corps gisant insensibleà leur rage, Grands seigneurs et laquais se donnent le plaisir, Tout mort qu'il soit déjà, de frapper à loisir.
« Sus, sus au Florentin !...» Ce cri s'élèveet roule. D'un balcon du palais, aux yeux du peuple en
[ foule Le jeune roi se montre, et son nom répété Annonce un nouveau règne à Paris enchanté.
LE DUC D'ÉPERNON
Un poète, monsieur, dans les récits excelle.
THÉOPHILE
J'aime, monsieur le duc, à vous prouver mon zèle.
A part.
Je sais me ménager de puissans protecteurs.
LE DOC D'ÉPERNON
De ce hardi complot nomme-t-on les auteurs?
THÉOPHILE
Ils se nomment eux-même, et déjà le monarque A de sa gratitude offert plus d'une marque : Luynes sera créé duc et pair.
LE DUC D'ÉPERNON
On le dit.
THÉOPHILE
A ce choix glorieux tout Paris applaudit. Vitry sera bientôt fait maréchal de France Et chevalier de l'Ordre.
LE DUC D'ÉPERNON
Il en a l'espérance.
THÉOPUILE.
Duhallier, Dutravail, Persan, d'autres encor Ont reçu des présens, des titres et de l'or.
LE DUC D'ÉPERNON
Voilà ses assassins riches de sa dépouille! Le temps effacera tout le sang qui les souille.
THÉOPHILE, à part.
Ne regrette-t-il pas la mort d'un ennemi!
Haut.
Le roi, qui maintenant voit son trône affermi, Cherche des conseillers.
LE DUC D'ÉPERNON
Où les trouver?
THÉOPHILE
Il flotte Entre les noms divers que la faveur ballotte : Jeannin et Syllery, Duvair et Villeroi.
LE DUC D'ÉPERNON
La maréchale d'Ancre est, par ordre du roi, Dans une salle basse au Louvre prisonnière?...
THÉOPHILE
La Galigaï touche à son heure dernière : Sans forme de procès, de nuit, on la pendra!
le duc d'épernon.
Non : sur un échafaud son sang se répandra!
THÉOPHILE
On dit pourtant (la cour en faux bruits est prodigue, Et l'écho que j'en fais peut-être vous fatigue?) Que le roi, pénétré de sentimens chrétiens, La chasse du royaume en confisquant ses biens.
LE DUC D'ÉPERNON
Et la mère du roi?...
THÉOPHILE
La reine se retire Dans un cloître où, dit-on, sa piété l'attire.
LEDUC D'ÉPERNON, entendant venir M. de Luijnes. Mon ami, voilà tout ce que j'en veux savoir.
THÉOPHILE, a part.
II a dit : Mon ami !.. S'il remonte au pouvoir... Monsieur de Luyneâ vient: commençons en poète.
LE DUC d'ÉPKRSON, a part.
Puissé-je atteindre enlin le but que je souhaite!
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