SCENE VII
M. DE LLYNES, COURTIN.
M. DE LUYSES.
Enfin !... Monsieur Courtin obéit lentement! Je vous fis appeler?
COURTIN
Monsieur, mon dévoûment Atteste...
M. DE LUYSES.
C'est assez ; je ne veux rien entendre. Tâchez une autre fois de vous moins faire attendre.
courtin, à part.
Voilà donc des grandeurs l'inévitable effet, L'ingratitude !
LA MARECHALE D'ANCRE.
M. DE LUYNES
Eh bien ! parlez : qu'avez-vous fait?
COURTIN
Vos ordres sont remplis, monsieur.
Je te rends grâce, Cher Courtinl
courtin, à part.
Et bientôt peut-être ma disgrâce 1
Haut.
J'ai mis aux mains du roi, sans qu'on me résistât, Les biens du maréchal, dont j'ai dressé l'état.
H. DE LUYNES
Après?
COURTIN
Ses serviteurs, ses amis et sa garde, Lui mort, tous avaient fui de son hôtel... M. DE luynes, montrant son ordre du Sainl- Esprit.
Regarde:
Pour m'enchaîner à lui, le roi me décora Du collier de son ordre.
COURTIN, à part.
Et moi, l'on m'oublîra!...
Haut.
J'en suis heureux pour vous, monseigneur...
M. DE LUYNES
Continue.
COURTIN
Je n'ai rien fait sceller avant votre venue. L'hôtel d'Acre, où le peuple allait tout dévaster, Renferme des trésors qu'on ne saurait compter En meubles précieux, glaces, tapisseries, Tableaux, vaisselle d'or et d'argent, pierreries...
M. DE LUYNES
Moi qui suis héritier de Concini, Courtin, Je te promets d'avance une part du butin.
COURTIN
Des jours de son épouse enfin vous êtes maître, Monseigneur!... Ce papier me reste à vous re-
[ mettre.
M. DE LUYNES, après avoir lu.
On m'exilait, Courtin!... Ce papier, d'où Yient-il? Dis!
COURTIN
Sur la maréchale on l'a saisi.
M. DE LUYNES
L'exil!
A moi l'exil!... L'arrêt fut signé par la reine! Toutes deux paîront cher!... La vengeance m'en-
[traîne...
Son nom remplacera lemien dans cet arrêt !
COURTIN
Si de la reine-mère aussi l'on s'assurait ? M. de luynes, sans l'écouter.
Non, ce n'est point assez punir la Maréchale: Du sang, pour acquitter cette dette fatale!
COURTIN
Avec justice au moins vous pouvez vous venger: Laissez au parlement le soin de la juger.
Mais quels crimes, Courtin î
COURTIN
On en créera sans peine ; C'est à vous seulement de nous fixer la peine.
M. DK LUYNES.
La mort!
COURTIN
Moi j'y pensais. Alors accusons-la De haute trahison, magie... oui, c'est cela: Elle aura le bûcher que les lois lui promettent.
M. DE LUYNES
Comment prouverons-nous?
COURTIN
Bon! les témoins s'achètent:
Je vous en trouverai nombre des mieux appris Qui, jusqu'aux faux sermens, vendent tout à bas
[ prix. ..
J'y songe, la Conchine en nos lacs s'entortille: Par son ordre on a mis hier à la Bastille La sibylle d'Arcueil, et le procès s'instruit: Nous pourrons employer Isabelle avec fruit; Pour cette misérable il n'est pas d'infamie, S'il faut gagner de l'or et perdre une ennemie.
M. DE LUYNES
La plus prompte vengeance est la meilleure enfin!
COURTIN
L'affaire dans deux mois peut tirer à sa fin.
Deux mois!
COURTIN
Encor doit-on agir sans paixni trêve:
Et nous la brûlerons vive en place de Grève.
Cris dans la rue.
M. DE LUVNES.
Quel tumulte, Courtin!
COURTIN
Eh quoi ! vous vous troublez ?
Il \a au balcon.
LE PEUPLE
Mort au Maréchal d'Ancre!
M. DE LUYNES
A ces cris redoublés, Tout Paris se soulève !
COURTIN
Oui, mais contre un cadavre.
Voyez...
M. DE LUYNES, au lalcon.
Ah! Concini!... Ce spectacle me navre!
Qui donc leur a livre ?...
COURTIN
Personne. Dépouillé De ses habits, sanglant, et de crachats souillé, Le corps du maréchal hier resta dans l'ombre Dupetitjeude paume ;etquandlanuitfutsotnbre, Sans croix ni luminaire et d'un prêtre escorté, Il fut à Saint Germain-l'Auxerrois transporté, Et jeté sans cercueil dans une fosse ouverte Que de plaire et de chaux on eut, bientôt couverte; Mais des laquais ayant exhumé Concini,
Le bas peuple, à ces gens maintenant réuni, Promène par la ville avec clameurs féroces Ce cadavre en lambeaux.
M. DE LUVNES.
Que leurs jeux sont atroces!
LE PEUPLE
Au gibet du Pont-Neuf !