LA MARÉCHALE, LUDOVICO
LUDOVICO
Léonora!
LA MARÉiUALE.
Que je ressens de joie en vous voyant !
LUDOVICO
C'est vous l
Silence !
LA MARECHALE D'ANCRE.
Gardons-nous d'éveiller la sombre vigilance Des archers allemands qui rôdent sans soupçon, L'arquebuse allumée, autour de ta prison... Tu vas fuir avec moi.
LA MARÉCHALE
Que dites-vous, mon père?
LTJDOVICO.
Cette issue et la nuit te sauveront, j'espère.
LA MARÉCHALE
Comment avez-vous donc pénétré jusqu'à moi?
LUDOVICO
Avec de l'or.
LA MARÉCHALE
La reine ?...
LUDOVICO
Elle pleure sur toi.
LA MARÉCHALE
Ce n'estque par des pleurs qu'elle m'a défendue !
LUDOVICO
Elle n'est plus régente, hélas !
Je suis perdue!
LTJDOVICO.
Suis-moi sans plus tarder!
LA MARÉCHALE
Dans quelle intention?
LTJDOVICO.
On prépare déjà ta condamnation!
LA MARÉCHALE
Et qui donc vous a dit...?
LUDOVICO
Cette triste nouvelle A la haine du peuple en courant se révèle, Et par les carrefours une infâme chanson Accuse ton malheur de haute trahison.
Je n'ai que trop appris le sort qu'on te réserve ! Enfin le seul espoir qu'à présent je conserve, C'est la fuite...
LA MARÉCHALE
On croirait que j'ai peur de la mort!
Dans tous mes souvenirs je n'ai pas un remord : Qu'on hâte mon supplice ou bien qu'on le diffère , Ce que j'ai fait, je suis encor prête a le faire.
LTJDOVICO.
Oui, mais le parlement dans peu te jugera.
LA MARÉCHALE
Suis-je pas innocente ?
Il te condamnera!
Tantd'ennemis puissanssont nés de ta fortune ! L'occasion de fuir ce soir est opportune: Demain nous ne saurions sans doute retrouver Ces momens précieux qui te peuvent sauver! Le roi tevoudra-t-il faire grâce?...
LA MARÉCHALE
A quel titre Ma grâce?... De mon sort Luyne est le seul arbitre, Et s'il ose achever sa vengeance... il le peut: Je l'exilais hier! c'est ma perte qu'il veut... La honte si je fuis, et la mort si je reste!... Restons ! ce dernier choix est encor moins funeste . Et vous, mon père, adieu! hâtez-vous de partir !
LCDOVICO.
Seul!... Sans toi de ces lieux je ne veux pas sortir;
Ma destinée enfin se rattache à la tienne...
Dis : crois-tu que ta vie à présent t'appartienne?
Il étale des vêtemeris de femme qu'il avait apportés.
Tu consens, n'est-ce pas? Mets ce déguisement... A quoi bon hésiter? nous n'avons qu'un momentl Je connais le mot d'ordre, et sans qu'on nous dé-
[ couvre, Avec l'aide du Ciel, nous sommes hors du Louvre'. D'ailleurs, j'ai grande foi dans le secours divin De la Vierge, et jamais on ne la prie en vain... Ah! viens donc, viens chercher contre l'ingrate
[France Un refuge à la cour du grand-duc de Florence ; Comme il te recevra d'un accueil empressé! C'est l'oncle de la reine, il t'aime...
Je le sai; Et pourtant, par sa nièce oubliée ou trahie, Plus mon malheur est grand, plus je me vois haie'. Qu'on m'aille condamner, en France, je le vois, Personne en ma faveur n'élèvera la voix... Et je balancerais... Fatal orgueil, arrière! La maréchale d'Ancre essaie une prière !
Elle s'assied devant une table et écrit. LUDOVICO.
Chaque instant que tu perds estun danger de plus! Ma fille, quels projets as-tu donc résolus?
LA MARÉCHALE
Vous le voyez, j'écris.
LUDOVICO
Et pourquoi cette lettre?
LA MARÉCHALE
Au Grand-Duc de ma part vous la devez remettre.
LUDOVICO
Moi!
LA MARÉCHALE
Mes jours vous sont chers?
LUDOVICO
N'en doute pas.
LA MARÉCHALE
De les sauver c'est moi qui vous offre un moyen.
Tout me sera facile ! Ah ! parle, que ferai-je?
LA MARÉCHALE
Mon père, partez seul, et que Dieu vous protège! Si l'effort que je tente est suivi de succès, Jesuissans crainte, on peuteommencermon procès; Que la protection du Grand-Duc m'environne, On traitera pour moi de couronne à couronne. Peut-être, songez-y, ma vie est désormais Attachée à l'écrit qu'en vos mains je remets.
LUDOVICO
Ta résolution est-elle irrévocable?
Un noir souci s'élève en mon cœur et l'accable,
Commesinousallions nousquitler pourlong-temps
LA MARÉCHALE
Puissiez-Yous revenir, et qu'il soit encor temps î
LUDOVICO
Adieu donc !
LA maréchale, le retenant.
O mon père, une si longue route A besoin de secoursqui vousmani|ucnts;insdoute; Prenez ces bracelets, cet or, ces diamans... Enfin je sens le prix de ces vains ornemens !
Ah! reçois pour garant d'un destin plus prospère Les bénédictions d'un vieillard et d'un père! Un pouvoir invisible arrête encor mes pas, Et j'entends une voix qui me dit : Ne pars pas !
UNE SENTINELLE, au-dehOïS.
Qui vive?
LA MARÉCUALE.
Adieu! sortez! Que je suis alarmée !
LUDOVico, ne retrouvant plus la porte secrète par
laquelle il est entré.
La porte, en retombant sur moi, s'est refermée... Malheureux! qu'ai-je fait?
LA MARÉCHALE
Sortez! on vient icil
LUDOVICO
Ma fille!
LA MARÉCUALE.
Gardez-vous de m'appeler ainsi!
ludovico, courant ça et là.
Où vais je me cacher?
LA MARÉCHALE
Non, non, à cette place.
Elle le fait, asseoir devant la table.
Pas un mot, pas un geste !
A part.
Ah ! tout mon sang se glace!
\WV\\\\\\.V\V\\\.\\\\.\\\\V\\\