SCÈNE
Les Mêmes, UN ANCIEN MILITAIRE.
le militaire. Voulez-vous me donner un numéro, s'il vous plaît?
l'huissier, à son camarade. Veux-tu voir s'il reste des numéros?
DEUXIÈME HUISSIER. Voici le n" 18.
le militaire. Mon tour sera bien long à venir... Mon ami , n'en auriez-vous pas de plus rapprochés? Vous le voyez, nous ne sommes encore que sept ou huit...
l'huissier. Non.
LE militaire. Voilà déjà deux fois que l'heure de l'audience publique se passe avant que mon numéro n'arrive. Et peutêtre qu'aujourd'hui encore son excellence. .. l'huissier Eh bien! vous reviendrez mardi prochain.
le militaire, s'asseyant. Si d'ici là je ne suis pas mort de faim.
LABREDÈcnE, h l' huissier. J'ai déjà vu cette figure-là ici.
l'huissier. C'est un solliciteur.
LABREDÈcnE. Les antichambres sont en- • ombrées de ces gens-là... Eh! qu'y a-t-il 3ur le journal?
l'huissier, lisant. « Le roi a entendu » la messe dans ses appartemens... »
labredèche. Ah ! tant mieux ! tant mieux !
l'huissier.
» a travaillé avec Sa Majesté . . .
lubredèCHE. Peut-être aura-t-il niis ma pétition sous les yeux du fils de Saint- Louis... (Elevant la voix.) C'est un grand homme que votre ministre ! et je dis cela
parce qu'il ne peut pas m'entendre Je
ne suis pas flatteur.
l'huissier, lisant. •< Le marquis de La- » feuillade vient d'être nommé colonel du s. 3e régiment de chasseurs à cheval. » le militaire. Colonel... un enfant!
lakredèche. C'est un homme dévoué.. .
un royaliste pur , sans doute , qui a des droits acquis , et qui , comme moi aura été victime...
MAGAil.V TIlLATUAî.
. . . Le ministre de la guerre
L'HUISSIER. Oui , oui. Son père avaif un poste élevé dans la maison de Louis \\ I 11 était du gobelet ou de la g irde-robc ne sais pas trop.
LABREDÈCHE. C'est juste. El dit-on qui
son régiment prendra le nom des chasseurs Lafeuillade?
LE vin.: : URE , n part, d'une p nx sow Sous l'empereur, il s'appelait Vlntrépide.
DEUXIÈME HUISSIER , appelant. N° G.
LABREDÈcnE. Il a dit n" G , n'est-ce p Mou tour approche. Y a-t-il autre ch
l'huissier , lisant. « Sa majesté a nom- » mé chevaliers de la Légion-d'Honneui » M. le (ouite de Formont, capitaine des >• chasses de S. A. R. Monsieur; M. le » marquis de Lariigues, troisième valet- » de-chambre de S. A. R. monseigneur le
» duc de Berry ; M. de » (Le militaire
arrache sou ruban.) Ma foi, il y en a trop long... vingt-sept ou vingt-huit nominations « Son éminence l'archevêque de
» Toulouse a été reçu en audience particu- » lièrede sa majesté... »
deuxième huissier , appelant. Numéro 7.
l'huissier. Pardon, il faut (pie je vou: quitte. ..
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SCÈ~NE III.
Les Mêmes, excepté L'HUISSIER .
LABREDÈCHE. iSe vous gênez pas, mon ami , ne vous gênez pas. (Allant a l'ancien militaire) Monsieur sollicite une place, une pension?...
le militaire. Ni l'une, ni l'autre ; je demande de l'activité.
labredèche. C'est difficile , c'est difficile dans ce moment.
LE militaire. J'ai vingt ans de service.
LABREDÈCHE. Voilà pourquoi : c'est le tour à d'autres... et vous étiez?...
LE militaire. Capitaine.
labredèche. Capitaine... Vous concevez C'est un grade qui convient à des
fils de famille. Nous n'avons plus de guerre; il nous faut des jeunes gens qui sachent soutenir notre ancienne réputation de galanterie et de légèreté dans les salons qui puissent ouvrir un bal, chanter une romance, broder au tambour... D'ailleurs, vou? serviez le tyran.
le militaire. Le tyran !
labredèche. Ecoutez, l'ancien gouvernement m'a fait assez de mal , pour que j'aie le droit... D'ailleurs je ne l'ai jamais flatté, moi ! Lorsque l'ogre de Corse était
sur le trône , je l'appelais toujours Biionnfitirlr.