SCÈNE IX
Don LUIS, LE DUC.
DON LUIS
Que viens-je d'entendre? O mon père! c'est donc un piège que vous allez tendre à d'Egmont ! Rival de François Ier et de Bayard , vous voulez donc parjurer votre foi de gentilhomme!
LE DUC
Vous êtes un enfant, don Luis ; je pardonne à votre inexpérience un langage sans mesure et sans raison. Vous oubliez que je ne suis plus sur un champ de bataille. Ici le guerrier disparaît derrière l'homme politique, et le capitaine fait place au gouverneur.
DON LUIS
Duc d'Albe, ne vous laissez pas abuser par des mots. Vous êtes sur une terre de franchise et de loyauté. Rappelez-vous un de ces proverbes qui sont comme la monnaie courante de l'esprit des Flamands : « Un homme et une parole! » Général inflexible, gouverneur sévère, juge impitoyable, ce sont des qualités — ou des défauts — qu'on vous reproche. Mais la perfidie est plus que cela. Je vous en conjure, ne léguez pas une tache à votre nom !
le nue.
Si les hommes me condamnent, mon roi et mon Dieu m'absoudront. Je veux qu'avant deux jours la faction des mécontents rentre dans son silence et moi dans mon repos.
DON LUIS
Votre repos et son silence!... Vous ne devinez donc pas que demain sur la tombe de d'Egmont mille voix viendront crier...
le nue.
C'est un rebelle de moins.
DON LUIS
C'est un martyr de plus.
'Le Duc, Vargas, don Luis.
LK BOURG tu G A NU.
LE DUC
On voit bien que lu as été l'ami (Je don Carlos. Enfant, écris au roi Ce que tu viens de me dire, et comme à moi il te répondra :« Obéissez, n lion LUIS.
Je n'obéirai pas.
LE DUC
Alors il te présentera poignard et poison en te disant : h Choisissez, m
don LUIS.
Ah! je les prendrais tous deux pour mourir plus sûrement et plus vite, car la mort est aussi la liberté. Mais si j'étais le duc d'Albe...
LE DUC
Que ferais-tu?
DON LUIS
Je me souviendrais que, ministres de Dieu pour le bien, les rois ne doivent être que les pères ou les tuteurs des peuples, et que si ce titre donne des droits, il impose aussi des devoirs.
LE DUC
Parle plus bas, imprudent; n'entends-tu pas les membres du conseil des troubles qui prennent place derrière ce rideau?
DON LUIS , élevant la voix.
Si j'étais le duc d'Albe, je me lasserais enfin d'être le valet de bourreau, l'épée vivante de Philippe II, l'ange exterminateur de ce Moloeh implacable, qui, roi ou père, n'embrasse ses enfants que sur un bûcher...
LE DUC, avec anxiété.
Silence, tedis-je! ses espions nous environnent.
DON LUIS, plus haut encore.
Si j'étais le duc d'Albe, après avoir été le complice des rois, je rachèterais mon crime eu devenant le vengeur des peuples. L'épée à la main , je m'élancerais dans la lice en criant aux Nassau, aux d'Egmont de me suivre. Plus grand qu'eux tous et plus grand que moi-même, avant un mois j'aurais fait deux choses: une Belgique indépendante et un duc de Brabant. Et si le roi d'Espagne murmurait, je lui présenterais l'olivier et le glaive, en lui disant à mon tour : « Choisissez! »
LE DUC, se levant.
Malheureux ! tais-toi donc ! tu vas me perdre avec toi. Ailleurs je t'écouterai... va-t'en, oh! je t'en prie , va-t'en.
DON LUIS
Un mot encore et je sors ; que décidez-vous de d'Egmont?
LE DUC
Que sais-je? ce que tu voudras... cours audevant de lui; empêche-le d'entrer. Dépêchetoi, mon cher don Luis, dépêche-toi.
O mon père, merci!...
(Il va pour sortir. )
LE BOURGEOIS DE GAND
LE DUC
Cet enfant rne perdra !
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se Exe x.
Les Précédents, VAB.GAS, or Huissier.