SCENE VI
MARIA, seule.
Dans le temple muet je suis seule et je pleure; De mon dernier combat j'y dois attendre l'heure; Encor quelques momens , des cris, des chants
[joyeux S'uniront aux accords de l'orgue harmonieux , Et, belle d'avenir, une orgueilleuse reine Marchera vers ce trône où le crime la traîne ! Ce trône, il est à moi ! ton titre, il m'appartient ! Don Pèdre l'oublia, mais le ciel s'en souvient; Et ma voix, ternissant l'éclat de ta victoire, A ton parjure époux peut rendre la mémoire!... Qu'ai-je dit? Ah! celui qui trahit ses sermens Repoussera sa femme et lui dira : Tu mens ! Il nîra tout!... Et moi je serai sans défense! Car mon père a brisé ma dernière espérance 1... Un malheureux de moins maudira donc le sort? De mes songes d'orgueil le réveil est la mort! Mourir avant vingt ans !... Et mourir crimelle!. ...
Tu l'as voulu, mon Dieu! Ta sagesse éternelle
Pense au dernier insecte , au brin d'herbe des
[champs ; Et tu livres le faible au pouvoir des méchansî Et l'honneur, tendre fleur qu'un léger souffle ef-
[face, Disparait sous le pied qui le foule et qui passe! Dieu puissant, devant toi, l'homme, œuvre de tes
[mains, Est-il moins que l'insecte et l'herbe des chemins? Par quels cris de douleur faut-il qu'il t'avertisse? Lève-toi donc, regarde, écoute, et fais justice!
voix, en dehors.
Vive le roi don Pèdre !
MARIA
Ah ! l'instant est v. nu :
Le peuple, dès long-temps aux portes retenu , A rompu la barrière, et va remplir ce temple En bénissant le roi que son amour contemple.
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