LE BOURG 01 GAND
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ISEULT
Cet homme?... Est-ce que vous connaissez... ?
DON LUIS
Si je le connais!... Que vient-il faire chei vous?
ISEULT
M'apprendre... qu'il est votre père.
DON LUIS
Il a osé le dire !
ISEULT
Et vous?...
DON LUIS
Ne me forcez pas à vous répondre, Iseult.
ISEULT
Mais... c'est que je suis sa fille , moi !
DON LUIS
Vous, la fille de... A votre tour, mademoiselle, connaissez-vous cet homme? savez-vous son nom?
ISEULT
C'est Albernot van Stad...
DON LUIS
Comte de Vargas.
ISEULT
Vargas! don Juan de Vargas!
DON LUIS
Lui-même.
ISEULT, à son père.
Mais dites donc que vous ne vous appelez pas de ce nom infâme !
VARGAS. Il est demeuré comme altéré pendant le dialogue précédent; il se penche sur le dos d'une chaise, en se cachant la tête dans les mains.
Ma fille! ô ma fille!
DON LUIS
C'est le président du tribunal de sang qui a condamné d'Egmont.
ISEULT
Et voilà donc pourquoi il me cachait son titre !
DON LUIS
Le secrétaire et l'espion du Duc, exerçant son odieux métier aux dépens des patriotes belges.
ISECLT.
Et je suis sa fille !
DON LUIS
Voulez-vous encore que je vous appelle ma sœur?
ISEULT, comme égarée.
Non, non; vous êtes mon fiancé, celui que mon père m'a destiné pour époux. — Pourquoi letairais-je? N'est-ce pas lui qui a livré mon cœur à votre amour? n'est-ce pas lui qui vient de m'apprendre que je vous aimais d'amour ?...
VARGAS, assis et tout ému.
Iseult ! Iseult!...
ISEULT
Mon père, — monsieur de Vargas!... Ah!
So
LE BOURGEOIS DE llANI).
oui, je commence à vous connaître. Savez-vous que depuis hier il me venait à l'espril d'étranges soupçons , que j'avais bien de la peine à repousseï ?.. Le mystère dorfl vous vous enveloppez, le rôle que vous mé faites jouer dans vos intrigues, jusqu'à l'or que vous me prodiguez, tout cela m'a f.iil croire...
VARGAS
Et toi aussi !... Ce respect que tu avais pour moi, cette confiance que tu m'accordais, un mot a su f li pour tout détruire !
ISEULT
Mais de'mentez-le donc, démentez-le!
VARGAS
J'aurais pu m' attendre à tout : — mais au mépris île ma fille, mais à son abandon, jamais !
ISEULT
Oh! vous, pleurer!... quai-jedonc dit! qu'aije donc fait? (Klle s agenouille sur le tabouret.) — Grâce, mon père! j'étais folle... N'allez pas croire , au moins, que j'aie pu vous soupçonner un instant. ( Elle se jette dans ses bras. ) Je vous respecte, je vous aime toujours. — Vous mépriser, vous abandonner, vous qui n'avez que moi ! Jamais! jamais! (A don Luis.) Quittez-nous, monsieur, ne troublez pas davantage l'union du père et de la tille!
DON LUIS
Ah ! ce n'est pas mon père, du moins. — Mon père à moi, celui dont j'ai appris le nom, cette nuit, savez-vous ce qu'il était, savez- vous ce qu'il a fait?
ISEULT, entraînant Vargas.
Viens, viens, mon père; seul, je te bénirai, je te chérirai.
VARGAS, retenant sa fille.
Restons encore , restons.
IlON lui s.
Le dernier d'une race de héros qui ont dépensé tout leur or et tout leur sang au service de leur patrie et de leur Dieu, mon père à moi n'a démenti ni leur gloire ni leur dévouement. Au lieu de servir lâchement et honteusement la cause de l'étranger...
ISEULT, à Vargas qu'elle cherche à entraîner. Ne l'écoutez pas; venez, venez.
VARGAS
Tais-toi , tais-toi.
DON LUIS
Au lieu de se faire l'instrument ,1e valet de la tyrannie, il en a été l'adversaire et la victime.
ISEULT , à Vargas.
Mais quel intérêt prenez-vous donc à ses insultes ?
VARGAS
Silence ! te dis-je.
DON LUIS
Il est tombé martyr , il y a vingt-deux ans, en combattant contre l'oppression espagnole, dans une guerre prématurée. Mais, Dieu mer-
C^li
ci! les temps soiii mûrs 5 el je me s» ris la
force de vengei sa '!■ faite el de rachi tei la
mémoire.
VARGAS, gui a quitté Iseull ■■( i'e»l approché di Luis.
La mémoire tle qui?... Tu n'ai pas dit son nom.
DOS m l£
Arrière , monsieui ! je ne veu> pas , je ne dois pas le prononci i devant \ ous.
VARGAS
Ce nom... < est... i esl Robert <l J>rtewelde.
Malheureux!.. Ne souille pas le nom de mon père avec, les lèvres 'I un n titre.
VARGAS, hors de lui-mi:me.
Duo Luis... Iseult... mes enfants! — grâce! — Merci , mon Dieu ! — Ecoutez-moi.
DON iris.
Maintenant, Iseult, adieu '